Une nouvelle rubrique dans Zut ! : la Z-U-Tape

Nouveautés compulsives, nuggets intemporelles, la bande-son de l’automne en 10 titres !

Dirty Beaches, Lord Knows Best
Comme bien d’autres avant lui, Brian Jones ou Bob Dylan, Alex Zhang Hungtai alias Dirty Beaches a succombé au charme de Françoise Hardy, au point de sampler le thème de Voilà pour construire ce magnifique Lord Knows Best. À découvrir le 31 octobre à la Galerie Stimultania.

Sharon Jones & The Dap-Kings, When I Come Home
Et si la vraie diva de la soul, c’était elle ? Les connaisseurs n’en ont jamais douté. Pour les autres, il suffit d’écouter ce titre taillé pour la scène pour s’en convaincre définitivement : groovy, sexy, voilà l’écrin langoureux pour nos prochaines soirées.

Baxter Dury, Claire
Difficile de choisir parmi les 10 titres du nouvel album de l’enfant prodige mais parmi les hits potentiels ce morceau se distingue nettement par son immédiateté plaintive. Il n’est pas étonnant qu’il ait été choisi comme le premier single extrait de Happy Soup.

Buddy Holly, Dearest
Un disque rend hommage à cette figure éternelle, mais rien ne vaut l’original. Dearest est l’une des plus belles déclarations d’amour pop qui soit : cette minute 53 secondes magnifie la force du désir. À faire tourner en boucle…

Anna Calvi, Jezebel
Oui, on reste sous le charme de la version française interprétée par la petite londonienne sur la scène de La Laiterie. Du coup, on ne cesse de parcourir toutes les versions de cette chanson populaire de Wayne Shanklin : Edith Piaf, Charles Aznavour, Gene Vincent, The Milkshakes crient un seul et même nom : JE-ZE-BEL !

Lene Lovich, Lucky Number
Doit-on remercier les publicitaires d’exhumer les perles du passé ? En tout cas, c’est bien grâce à la campagne de la nouvelle Nissan Micra DIG-S qu’on peut réécouter ce classique 80’s de Lene Lovich, une américaine délurée qui effrayait les petits en prime-time sur toutes les chaines de la télévision française.

Yello, I Love You
I LOVE YOU, HUM ! Une injustice à réparer au plus vite… Qui se souvient de Yello, sans doute le plus inventif des groupes suisses proto-electro ? À réclamer au plus vite auprès de tous les DJ’s de la Terre !

Anika, I Go To Sleep
Avec une voix d’outre-tombe qui rappelle la fragilité de Nico, la jeune Berlinoise Anika s’attaque à ce classique des Kinks : une rythmique réduite à sa plus simple expression dub, décharnée et fascinante. Une beauté blafarde à découvrir sur scène le 30 novembre au MAMCS.

The Vagrants, Oh Those Eyes
Ils n’ont pas enregistré un seul album, mais qu’importe ! On doit à ces petits gars de Long Island une pépite 60’s, le single imparable Oh Those Eyes. Une ritournelle pop qui puise sa source dans les sons garage.

Lana del Rey, Video Games
Elle risque fort d’illuminer notre automne. Cette petite blonde au physique improbable – quelle bouche ! –, soutenue par Vincent Gallo himself va cartonner, c’est sûr. Mais au-delà du buzz, il y a cette pop-song pleine de nostalgie 60’s qui nous renvoie au meilleur de Lee Hazlewood et Nancy Sinatra.

Mots&Sons_LanaDelRey

La Fiancée, artiste plurielle

Quand elle vous croise, La Fiancée vous fait la bise d’emblée. L’enthousiasme et la fraicheur de cette jeune artiste qui fait tout doucettement son trou parmi les artistes de la nouvelle vague française n’empêche une franche conviction et une grande maturité.

mots&sons_LaFiancée_StéphaneLouisVous renouez avec la pratique du EP tel qu’il était pratiqué dans les années 60. Pourquoi privilégier ce format ? Est-ce une manière de vous révéler petit à petit ?

Oui, c’est tout à fait cela, et en même temps, d’un point de vue personnel je n’avais pas la patience de publier un album directement. J’avais envie de faire des choses de manière assez spontanée. Et donc d’écrire la musique, de l’enregistrer et de la sortir la plus vite possible. Comme ce sont mes premières armes, j’avais envie d’exploiter ce nouveau format à un moment où l’on se pose la question de la vente de disques. À ce compte-là, autant s’amuser et faire les choses comme on les entend. En plus, j’ai eu la chance de trouver des gens qui m’ont soutenue dans cette démarche, en l’occurrence une major, ce qui est assez rare.

Pour ce troisième EP, vous optez pour des reprises. L’exercice ne présente rien d’innocent. Était-ce une manière pour vous de vous inscrire dans ce qui a nourri votre parcours musical ?

J’avais prévu quatre EP, et au final il n’y en aura que trois parce que j’ai accumulé assez de textes et de musiques pour l’album. Mais au départ, je savais que l’un des EPs serait constitué de reprises. Je souhaitais présenter mon univers et j’aimais l’idée de me lancer un nouveau défi : réinterpréter des chansons que j’aimais. Il s’agissait de savoir ce que je pouvais en faire au niveau des arrangements. C’était également l’occasion de me confronter à l’anglais dans la mesure où j’ai écouté principalement des artistes anglo-saxons dans ma jeunesse.

Il y a notamment cette reprise des Zombies, Smokey Day, une chanson qu’on connaît également dans une version interprétée en solo par Colin Blunstone…

C’est une chanson que nous adorons avec mon amoureux. Nous y associons quelques jolis souvenirs… C’est donc un petit clin d’œil à notre histoire, mais il y avait aussi l’idée d’en faire quelque chose. Les Zombies en avaient proposé une version folk douce, Colin Blunstone l’avait arrangée dans une version pop avec plein de cordes. Avec ma copine Mai [une chanteuse suédoise, ndlr], nous l’avons attaquée avec une touche plus électro.

Justement, est-ce une piste que vous souhaitez explorer par la suite ?

J’expérimente cette dimension électro, toute seule chez moi avec mon ordinateur. Ce qui est génial avec les EPs, c’est la possibilité de tenter des choses et de prendre des risques, quitte à se planter un peu. Et là, ce EP de reprises m’a permis d’aborder des genres un peu différent.

Pour les reprises en langue anglaise, vous vous êtes attachée à Driving Away From Home du groupe It’s Immaterial sous la forme d’un duo avec J.J. Campbell. Mais étrangement, la rencontre n’a pas eu lieu…

Au moment de l’enregistrement en studio, on s’est dit que c’était vraiment stupide de l’interpréter sans voix masculine et comme il fallait chercher une voix masculine autant prendre celle de John Campbell. Mais comme il est professeur d’architecture entre Liverpool et Manchester – il a quitté la chanson depuis longtemps –, ça n’était pas simple. Il était en pleine rentrée scolaire, et du coup nous n’avons pas pu nous rencontrer, et c’est bien dommage. Il n’avait plus entendu parler de sa chanson depuis vingt ans et du coup, il était très touché qu’on la déterre ainsi… Nous lui avons envoyé les pistes et au bout de quelques mails très amicaux, il nous a envoyé sa partie.

On espère que la rencontre aura lieu. Sur scène ?

Oh oui, j’espère ! Ça serait bien…

Vous reprenez Jil Caplan, Benjamin Biolay, Brigitte Bardot, mais vous vous attaquez à un monument, Ouverture d’Etienne Daho, autrement dit la face nord de la pop.

J’avais un peu peur. C’est la première chanson que j’avais choisie ; intrinsèquement, elle me bouleverse à chaque fois. Je me suis dit que les puristes allaient me tomber dessus, mais je l’ai faite quand même. Etienne Daho, que j’ai rencontré un peu plus tard, m’a dit qu’il avait lui-même été très touché. C’était donc une forme d’adoubement de sa part.

Pour la suite, l’album se profile… Il y a une collaboration avec Florent Marchet, quelles sont les pistes ?

Je ne sais pas encore ce qui va être fait, on va sans doute de nouvelles choses avec Florent, mais je travaille également avec JP Nataf. C’est quelqu’un que j’adore ! J’ai lancé des hameçons à droite et à gauche, avec mes musiciens, mais aussi avec Edgar Ficat, qui a composé les chansons sur les autres EPs. Moi-même, je me suis mise à la composition. J’attends de voir ce qui se passe…

L’un des autres aspects de votre créativité, c’est l’illustration. Vous signez les pochettes de vos disques.

De manière générale, je vois des liens entre le graphisme et la musique, mais aussi avec mon autre métier : la mode. [Claire est styliste pour des magazines comme Grazia, ndlr] Tout cela, je l’envisage de manière globale et en cohérence. Pour ces pochettes, je ne me voyais pas avec ma photo dessus. Par contre, j’avais ce dessin qui traînait dans un de mes carnets et comme c’était un autoportrait, j’y voyais une autre interprétation de moi.

Interview réalisée le 18 mars à La Laiterie ; article à paraître dans Zut #9 (printemps 2011)

Photo : Stéphane Louis

Ariel Wizman face au monde

Avec un sens inné du contre-pied, le chroniqueur télé, DJ, musicien et acteur Ariel Wizman mêle punk attitude et extrême rigueur du propos. Dans le cadre d’une interview restée inédite, il évoque son passé alsacien, Jean-Pierre Léaud et Emmanuel Levinas.

On ne le soupçonne guère, mais Ariel Wizman a un passé alsacien. Quand sa famille a quitté le Maroc en 1962, elle s’est installée à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Il a été de toutes les aventures, celle d’Actuel, de Radio Nova… À la télévision, à L’Édition Spéciale sur Canal+, chacune de ses interventions semble à la limite de l’irrévérence, et pourtant le personnage dégage une extrême courtoisie, une écoute comme on en rencontre peu. Très loin de l’idée généralement admise d’une forme de dandysme le concernant, il nous affirme ne pas soigner son image. Même si on n’est pas forcé de le croire complètement, à l’occasion d’un sujet pour Zut !, il nous exposait sa vision très personnelle de la relation qu’on peut entretenir au vêtement : « J’ai eu à un moment de ma vie cette passion-là, pas forcément glorieuse ni très intéressante, d’aimer être regardé, mais j’ai cherché à en faire quelque chose d’autre. C’était le moyen pour moi de fréquenter des milieux auxquels je ne pensais pas avoir accès et de me donner de l’assurance. Chaque matin, en mettant nos vêtements, on peut inventer quelqu’un d’autre et ça aussi c’est l’enseignement du punk. Le vêtement donne l’occasion de se trahir et de changer complètement ce qu’on est. C’est une forme de prière, on fabrique quelque chose. »

mots&sons_ArielWizman1mots&sons_ArielWizman2mots&sons_ArielWizman3Après son départ du Maroc, votre famille a rejoint l’Alsace. Où vous êtes-vous installés et avez-vous des souvenirs alsaciens ?
Nous étions installés à Wittelsheim, J’ai le souvenir d’un enfant qui venait des plages et d’une société pleine de joie et de soleil et qui arrivait dans un endroit très froid, très villageois, où les gens parlaient alsacien ou le français avec un accent allemand. C’était un certain traumatisme, mais c’était intéressant. Je pense ça fait partie des contrastes qui font qu’on est armé pour la vie ! Certaines choses étaient tout de même amusantes comme aller en luge à l’école !

Dans l’ouvrage Des Jeunes Gens Mödernes, j’ai découvert une photo où vous devez avoir 17 ou 18 ans. Que reste-t-il de vos amours punks dans ce que vous faites aujourd’hui ?
Il en reste une attitude décomplexée, le sentiment qu’on peut tout se permettre et une certaine inconséquence qui convient assez bien à ce que je fais, et à mon époque. Je n’ai jamais l’impression que je ne peux pas faire quelque chose. Ce n’est pas un sentiment de toute-puissance mais plutôt une dose bien raisonnée de « je m’enfoutisme » et qui, associée à une rigueur dans d’autres domaines, finit par bien fonctionner et me permet d’explorer des choses nouvelles sans avoir de complexes : s’il faut faire du théâtre, je fais du théâtre, s’il faut tourner dans un film, je le fais… Par exemple aujourd’hui, prévenu au dernier moment, je me suis mobilisé pour une fête juive où j’ai pu parler à des religieux. Le goût d’une vie où l’on se lâche, où l’on se dit, comme les groupes punks, qu’il n’est pas nécessaire de jouer de la  guitare pour faire du rock.

À vous voir quotidiennement sur Canal par exemple, on remarque que vous avez un ton particulier, une forme de cynisme ou du moins de détachement. Un personnage comme Jean-Pierre Léaud dans La Maman Et La Putain a-t-il pu vous inspirer dans votre approche des choses ?
J’aime beaucoup Jean-Pierre Léaud mais je n’ai pas son innocence, que j’envie pourtant. J’ai malheureusement été beaucoup plus dressé par la vie. Jean-Pierre Léaud est quelqu’un qui se sent étranger partout, moi mon étrangeté j’ai appris à la dompter, à la calculer et à l’utiliser d’une certaine manière. Je l’admire parce qu’il est unique, sans forcément avoir envie de m’en inspirer. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup touché quand j’étais jeune, je le vois de temps en temps autour d’un café à Paris, mais dans cette catégorie de gens je me sentirais plus proche de Charles Denner.

Emmanuel Levinas semble avoir été une figure qui a énormément compté pour vous. Pourrions-nous avoir un mot sur votre rencontre ?
Très jeune, je me suis détaché de mes parents. Non pas contre eux, mais parce que je ressentais le besoin d’être seul face au monde. J’ai pu intégré une école où j’étais interne, c’était une forme de communauté que dirigeait Emmanuel Levinas. J’ai eu la chance d’avoir une quotidienneté d’adolescent avec l’un des plus grands penseurs du XXe siècle. Après avoir connu l’homme, j’ai beaucoup étudié sa pensée. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de m’immerger dans sa pensée ou de la comparer à d’autres. Naturellement, j’en ai été imprégné et ça m’a apporté des sentiments très forts de responsabilité, mais peut-être aussi de facilité. Quand on a vu quelqu’un avec un si haut degré de concentration et d’accès à la pensée, écrire des articles, faire de la télévision ne semble pas si compliqué…

Propos recueillis avec Françoise Abela-Keller, le 10 mars 2009, au Palais des Congrès
Mes remerciements à Caroline Levy et à Sophie Ruch.
Photos : Christophe Urbain

Marilyn Monroe, une photographie de l’âme

mots&sons_MarilynMonroeTout est contenu dans une photo : Marilyn Monroe regarde attentivement une sculpture en bronze de Degas, la Petite danseuse de 14 ans, exposée à Los Angeles en 1956. La jeune femme semble bouleversée par le secret qu’elle est en train de découvrir, celui du lien intime qui unit l’œuvre d’art à celui qui contemple.

Quelques mois plus tard, à New York au cours de l’été 1957, Marcel Duchamp formule implicitement ce lien :

« Selon toutes apparences, l’artiste agit à la façon d’un être médiumnique qui, du labyrinthe, par-delà le temps et l’espace, cherche son chemin vers une clairière. »

Marilyn a emprunté bien des chemins, sans malheureusement entrevoir la moindre clairière, mais ce que la publication de Fragments révèle aujourd’hui, c’est qu’elle l’a fait avec une grande lucidité, loin des clichés, loin des fantasmes qu’on lui associe, se posant des questions essentielles, comme lors d’une séance photo avec André de Dienes à Long Island, en 1949.

La scène est relatée par Antonio Tabucchi en introduction à l’ouvrage : Marilyn parle “réincarnation” et se rêve en papillon, mais quand le photographe lui parle “évaporation”, “pluie” et “fertilité”, la jeune femme court vers lui en “nuage”, affirmant déjà sa volonté de se dés-incarner.

Seuls quelques fragments de nous
Toucheront un jour des fragments d’autrui –
La vérité de quelqu’un n’est
En réalité que ça – la vérité de quelqu’un.
On peut seulement le partager
le fragment acceptable pour le savoir de l’autre
ainsi on est
presque toujours seuls.

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Après son suicide, les affaires personnelles de Marilyn ont été léguées à Lee Strasberg, acteur et professeur d’art dramatique, avec qui elle entretenait une relation artistique soutenue, comme en témoignent certaines lettres qui lui étaient adressées. Des années après, Anna Strasberg, son épouse, tombe sur des boîtes remplies de documents écrits par Marilyn, des carnets notamment, dont sont extraits les notes et ébauches de poèmes qui figurent dans l’ouvrage.
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L’enfance de chacun se rejoue tout le temps.
Pas étonnant que personne ne connaisse l’autre ni ne puisse le comprendre
Entièrement. Je ne sais pas si j’en arrive avec cette conclusion à tout laisser
Tomber – ou si pour la première fois est peut-être je suis connectée avec la réalité –

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Ce bel ouvrage confirme une intuition initiale : Marilyn est une femme cultivée, intelligente, fragile mais rayonnante. Si on ne juge pas les personnes à la qualité de leur bibliothèque, celle de Marilyn nous révèle que derrière son extrême candeur se cache une femme curieuse de ce qui l’environne : la présence des classiques de la littérature mondiale côtoie les œuvres de Walt Whitman, James Joyce, Samuel Beckett ou Jack Kerouac…
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« Photographie mon âme », demande-t-elle à André de Dienes sur la plage de Long Island. Une tâche que le photographe juge alors techniquement impossible. Peut-être cette publication offre-t-elle, 42 ans après sa disparition, cette photographie au plus profond de l’âme que Marilyn Monroe appelait de ses vœux comme un témoignage de ce qu’elle était véritablement.

Fragments. Poèmes, écrits intimes, lettres, édité par Stanley Buchthal et Bernard Comment, Seuil

Chronique à paraître dans Zut ! #8 (hiver 2010-2011)

Le collecteur d’images #1 dans Zut !

Une nouvelle rubrique dans le magazine Zut !, le collecteur d’images.

Le collecteur d’images parcourt les musées, prend des notes, s’informe, et consigne dans son carnet personnel le fruit de ses recherches : reproductions, fragments et citations. Pour sa première documentation visuelle, Klimt, Schiele et les artistes viennois à Bâle, les œuvres de jeunesse de Warhol, Miró à Baden-Baden…

Étape 1, Bâle / Vienne 1900

mots&sons_Klimt_Beyeler_PoissonsRougesL’exposition Vienne 1900 comble le collecteur d’images : des tableaux, des maquettes, des affiches, des photographies, du mobilier, de la verrerie, de l’argenterie, avec plus de 200 pièces qui restituent toute la modernité des artistes de Vienne au grand tournant du XXe siècle. Ils y sont tous représentés, les peintres, les architectes, les musiciens, les “designers”, pour employer un terme anachronique, qui renvoie aux créations d’art appliqué. Les noms sont illustres : Gustav Klimt, Egon Schiele, Arnold Schoenberg – présent à double titre, le musicien initiateur du dodécaphonisme, mais aussi le peintre, dont la correspondance avec Vassily Kandinsky reste révélatrice de préoccupations plastiques et musicales communes –, Oskar Kokoschka, Otto Wagner, Joseph Maria Olbrich, Josef Hoffmann et bien sûr Adolf Loos.

Le collecteur n’a pas vu de si bel ensemble depuis la célèbre exposition parisienne dans les années 80 : Vienne 1880-1938. L’Apocalypse Joyeuse. Il constate avec beaucoup de plaisir l’omniprésence des œuvres de Klimt, leader qui pose les orientations d’un vaste mouvement autour de la Sécession Viennoise, et mentor de bien des artistes à sa suite, parmi lesquels Egon Schiele et Oskar Kokoschka. Des portraits, des paysages, la réplique de la Frise Beethoven, qui ornait le bâtiment de la Sécession, construit en 1898 sur les plans de Joseph Maria Olbrich, égaient son regard ; il s’attarde sur les ornements, isole des instants chromatiques abstraits et revient inlassablement sur Les Poissons Rouges de 1901-02 et un dessin plus tardif, le Nu allongé sur le ventre vers la droite de 1910. Il y voit comme une invitation et se souvient de ces quelques lignes rédigées par l’historien d’art autrichien Werner Hofmann :

« En tant que styliste, Klimt ne voit dans l’instinct érotique que l’instigateur des arabesques les plus osées dont le corps humain, seul ou en couple, est capable. Au centre de ces formes sensuelles se trouve la femme. En prenant possession d’elle par sa peinture, Klimt fait de la disponibilité de la femme une métaphore esthétique et érotique : son corps est capable de tout, mais il est aussi modelable – capacité de jouissance totale devenu ligne. »

Cette jouissance est source de méfiance pour le jeune Ludwig Wittgenstein, qui affirme la nécessité de « vivre dans le bien et dans le beau jusqu’à ce que la vie s’arrête d’elle-même » quand il est enrôlé et affecté au 2ème régiment d’artillerie des forts de Cracovie en août 1914. Elle devient source de tourment et d’« impureté » quand elle se pose en obsession au détriment de l’activité intellectuelle et du travail. « L’homme est impuissant dans la chair, mais libre grâce à l’esprit », note-t-il dans ses carnets secrets, le 16 septembre 1914, alors qu’il entend d’importants coups de canon et de fusil au matin.

Egon Schiele se voit épargner cette guerre absurde – il évite d’aller au front, malgré des obligations militaires qui perturbent son évolution artistique. Issu de la seconde génération d’artistes viennois, il vit la résolution d’un certain nombre de ses conflits intérieurs et grâce à un début de reconnaissance situe l’accomplissement d’un destin possible. La fébrilité laisse place à une assurance nouvelle chez ce peintre en pleine ascension. La grippe espagnole contractée, à la toute fin de la guerre, a malheureusement raison de cet artiste au succès croissant, le 31 octobre 1918.

mots&sons_EgonSchiele_Beyeler_AutoportraitLe collecteur d’images s’est toujours méfié de cet artiste, non pas pour la dimension sulfureuse d’une biographie dont on aime exagérer la part de scandale, mais plus pour l’ambiguïté d’un trait qu’il juge incertain, flou. N’empêche, il s’attache à certaines œuvres  moins connues, notamment ce bel Autoportrait, les mains sur la poitrine de 1910, dont le raffinement intemporel et l’angulosité constituent pour lui une forme d’équilibre parfait entre classicisme et modernité.

« Parce qu’il dut mourir à l’âge de vingt-huit ans, tout ce qui d’habitude s’étend sur de longues années, resta fortement condensé. Egon Schiele est simultanément enfant, adolescent, homme mûr et vieillard ; un enfant qui possède la maturité de tout ce qu’on peut vivre, un adolescent qui se sent mourir, un homme en qui tous les excédents d’énergie n’ont pas fini de se dépenser, un vieillard qui vit dans les rêves heureux de l’enfance », écrit Hans Tietze quelques mois après sa mort, en juillet 1919

De tous les architectes viennois, Adolf Loos reste celui qui alimente le plus les fantasmes plastiques du collecteur d’images, lequel conserve en mémoire la Colonne du Chicago Tribune de 1922 – une colonne dorique en forme de gratte-ciel –, comme l’un des projets les plus fantasques et peut-être les plus enthousiasmants de la période. Là aussi, il constate que l’esprit révolutionnaire peut servir une forme de tradition et que celui-ci conduit nulle part s’il ne cherche à s’inscrire dans ses propres filiations…

Jusqu’au 16 janvier à la Fondation Beyeler, à Bâle
www.fondationbeyeler.ch

Étape 2, Bâle / Andy Warhol. The Early Sixties

mots&sons_AndyWarhol_Kunstmuseum_BlueLizLa série télévisée Palettes sur Arte a clairement situé les enjeux des premiers Warhol, en dépassant les clichés généralement formulés sur le pop art et sa critique de la société de consommation. Alain Jaubert y démontre avec maestria que les Marylin et Liz du début des années 60 sont des « icônes comme la Joconde, [qu’]elles ont le même pouvoir de sidération, de fascination », mais qu’elles ont toutes deux un rapport à la mort. L’extrême dépouillement de ces portraits, leur approche sérielle, de même que la répétition de produits manufacturés, les boîtes de Campbell Soup, téléviseurs, bouteilles de Coca-Cola et autres natures mortes contemporaines, renvoient à certaines Vanités, ces images dans la peinture des XVIe et XVIIe censées nous rappeler que nous allons tous mourir. Ils expriment indirectement un point de vue sur la vanité de l’art et dans un mouvement narcissique très subtil confrontent Andy Warhol à sa propre vision d’un art désincarné, mécanique, dont on pourrait soustraire l’artiste lui-même.

Malgré les nombreuses rétrospectives consacrées à Andy Warhol, le collecteur d’images ne se lasse pas ; il s’attache avec toujours autant de plaisir à cette imagerie pop, qui pose les fondements de l’art actuel, insistant à la fois sur sa fulgurance et sa fugacité.

Jusqu’au 23 janvier au Kunstmuseum, à Bâle
www.kunstmuseumbasel.ch

Étape 3, Karlsruhe / Viaggio in Italia. Voyages d’artistes 1770-1880

mots&sons_CamilleCorot_StaatlischeKunsthalleKarlsruhe_PaysageIl fut un temps où le voyage en Italie faisait partie de la formation de tout jeune artiste. Durant son séjour, celui-ci se confrontait à l’œuvre des grands maîtres, se familiarisait avec les nouvelles iconographies, se formait aux techniques picturales et parcourait les sites architecturaux.

Les productions de ces voyages constituent des volumes considérables au sein des collections de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe. Pour une première sélection, il s’agissait de trouver une thématique ; l’option du paysage est courageuse, mais celle-ci révèle des traitements infinis, parmi les 150 peintures, cartons grand format, gravures, esquisses, dessins, aquarelles et études à l’huile réunis pour l’occasion. Le collecteur d’images s’émerveille, découvre des œuvres méconnues de Claude Lorrain, Jean-Honoré Fragonard ou même Camille Corot, qui manifeste une approche pré-impressionniste sidérante ; il compare les approches française, allemande et européenne, établit des relations entre les artistes représentés, lesquels ont parfois cheminé ensemble, avant de trouver leur propre voie plastique. Il s’attarde enfin sur les représentations sensibles du quotidien – certains diraient du “réel” –, et y découvre une source d’émotion visuelle inespérée.

Jusqu’au 28 novembre à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe
www.kunsthalle-karlsruhe.de

Étape 4, Baden Baden / Miró au Musée Frieder Burda

mots&sons_Miro_MuseumFriederBurdaPablo Picasso lui avait dit : « Après moi, c’est toi qui ouvres des portes. » Miró a dû apprécier le compliment, d’autant plus qu’il n’a eu de cesse de franchir de nouvelles limites plastiques : dès ses premières années à Barcelone, il est en contact avec les avant-gardes, se lie d’amitié avec Picasso justement, mais aussi avec les artistes, écrivains et intellectuels qu’il rencontre à Paris avant même de s’y installer, André Masson, Paul Eluard, Robert Desnos, Tristan Tzara et Antonin Artaud.

Dans le cadre de la grande exposition que lui consacre le Musée Frieder Burda, le collecteur d’images mesure le chemin parcouru par l’artiste et ses tentatives successives : les périodes du « réalisme magique » (1921-24), celle de ses « peintures de rêve » (1925-28), le recours aux collages, les premiers assemblages d’objets bruts, la réalisation des sculptures, gravures et céramiques au cours de la Seconde Guerre mondiale, au moment de sa reconnaissance américaine.

À la suite d’un séjour new-yorkais, Miró se « libère au-delà des limites », et pousse le processus pictural jusqu’à atteindre une forme d’épure ultime, comme c’est le cas avec cette magnifique Goutte d’eau sur la neige rose de 1968. Il reste connecté aux bouleversements de son temps, il en sent intimement les soubresauts violents, tente de contenir ceux-ci avec la sagesse du peintre au faîte de sa gloire, mais la peinture continue d’exprimer son inquiétude manifeste. Le collecteur d’images a beau griffonner nerveusement son carnet – comme pour marquer une distance –, il n’en sort pas moins bouleversé.

Jusqu’au 14 novembre au Musée Frieder Burda à Baden-Baden
www.museum-frieder-burda.de

Crédits :

Gustav Klimt
Les poissons rouges, 1901/02
Huile sur toile, 181 x 67 cm
Kunstmuseum Solothurn
Dübi-Müller-Stiftung

Egon Schiele
Autoportrait, les mains sur la poitrine, 1910
Fusain, aquarelle et blanc opaque, 44.8 x 31.2 cm
Kunsthaus Zug, Stiftung Sammlung Kamm

Andy Warhol
Blue Liz as Cleopatra, 1962
Acryl, Siebdruckfarbe und Bleistift auf Leinwand
208.9 x 165.1 cm
Daros Collection, Schweiz
Photo: Daros Collection, Schweiz
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / 2010, ProLitteris, Zurich

Camille Corot
Felsiges Waldtal bei Civita Castellana, 1826/27
Öl auf Papier auf Leinwand
Photo : SKK, Wolfgang Pankoke

Miró
Successió Miró / VG Bild-Kunst, Bonn 2010
Photo : Joan Ramon Bonet

Un coffret DVD de l’émission Chorus d’Antoine de Caunes publié par l’INA

mots&sons_Chorus_AntoinedeCaunes_coffretPour certains d’entre nous, il y avait une vie pour Antoine de Caunes avant Canal+ ou le cinéma. Le trublion restera à jamais l’initiateur d’émissions rock incroyables, parmi lesquelles la première d’entre elles, Chorus. De 1979 à 1981, près de 40 minutes live sont diffusées chaque semaine sur Antenne 2. Les meilleurs groupes de la scène punk et new wave y sont présentés, et pour les mômes que nous étions, c’était notre premier contact aux Clash, Jam, Cure, Stranglers, XTC ou Undertones. Comme un bonheur qui tombe du ciel, ce ne sont pas moins de 9 heures de ces émissions si précieuses qui nous sont confiées sous la forme d’un splendide coffret DVD.

COFFRET 3 DVD – INA ÉDITIONS
(Sortie 5 octobre 2010)

À lire l’interview d’Antoine de Caunes et Laurent Chalumeau

À lire l’interview d’Antoine de Caunes

À lire la chronique Mon petit Chorus

Les photos de Rodolphe Burger à La Boutique

À La Boutique, Rodolphe nous a livré un set très touchant aux côtés de Marco de Oliveira (guitare) et Jeanne Barbieri (chant). Pour avoir assisté aux répétitions et à la balance – très joli son, merci Joël (Theux) ! –, je peux dire l’émotion à les voir ainsi préparer 7 morceaux du Velvet Underground. Le public a répondu présent et a reçu ce joli cadeau avec une certaine ferveur.

C’était une première à La Boutique ; après, les expositions – celle d’Ayline Olukman qui créait un joli cadre visuel aux chansons interprétées –, c’était le premier concert organisé dans notre petit espace à Mots & Sons et My Client is Rich. Inutile de dire que l’expérience vécue nous incite à la renouveler avec les artistes que nous affectionnons particulièrement.

Pour mémoire, le track-listing :

Sunday Morning ;
All Tomorrow’s Parties ;
I’ll Be Your Mirror ;
I’m Waiting For My Man ;
Pale Blue Eyes ;
If You Close The Door ;
Sweet Jane ;
Venus In Furs

L’intégralité du concert sera rediffusé sur flux4

À signaler le concert Le Velvet de Rodolphe Burger le 8 octobre au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines au festival C’est dans la Vallée.

Les photos ci-dessous sont signées Éric Antoine ; elles alimenteront un article dans le prochain Zut !

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Le flyer de l’exposition d’Ayline Olukman à La Boutique

Le flyer réalisé par Brokism pour la prochaine exposition d’Ayline Olukman, à partir du 3 septembre à La Boutique au 10, rue Ste Hélène à Strasbourg.

Le vernissage est prévu le 3 septembre à 18h30.

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