John Cale, Honni soit qui mal y pense
21 sept
Comme son idole Marcel Duchamp, John Cale a traversé l’Atlantique. Tout d’abord musicien contemporain, ensuite comme violoniste du Velvet Underground, en solo et tant que producteur, il a construit une œuvre ouverte, parfois déconcertante. À son image. Retour sur son parcours à l’occasion d’une tournée française qui passe par Besançon et Strasbourg.
Il est rapporté que George Maciunas, le fondateur de Fluxus, avait trouvé que John Cale était stuffy, autrement dit un tantinet guindé. L’anecdote nous renseigne sur plusieurs points : tout d’abord sur le fait que ce jeune artiste gallois fraichement débarqué à New York pouvait inspirer une certaine méfiance, sans doute du fait de sa classe naturelle, et ensuite et surtout que son attitude pleine de conviction et de retenue échappait volontiers à la compréhension de certains de ses contemporains, fussent-ils les trublions d’une pensée nouvelle comme ce fut le cas pour George Maciunas.
Dans le Fluxus Codex, n’est recensée en tout et pour tout qu’une seule pièce de John Cale : un fluxfilm, le n°31, baptisé Police Car, décliné dans des versions longues (1h40) et courtes (40’ ou 1’26), et dont des extraits de bobines ont été intégrés à la fluxyearbox 2, en 1968, au moment où sa notoriété, du moins dans le milieu artistique new yorkais, est acquise au sein du Velvet Underground. Ce film considéré sans doute avec excès par Daniel Caux comme l’instant Rosebud du cinéma d’avant-garde fait figurer deux sources lumineuses, sous formes de halos discontinus, dont la répétition va jusqu’à obséder le spectateur.
Mais si la contribution de John Cale à Fluxus reste tout à fait confidentielle, deux rencontres sont déterminantes pour lui lors de son arrivée à New York en 1960, celle de John Cage et de La Monte Young. De Cage, il avait lu Silence, ouvrage-étalon déclencheur de bon nombre d’expériences au début des années 60. La correspondance que John Cale a engagée avec le compositeur et la performance qu’il a exécutée au piano à ses côtés, les 18 heures et 40 minutes de relais sur les Vexations d’Érik Satie en 1963, le confortent dans ses impulsions initiales, libres et éclatées. Mais c’est bien La Monte Young, « archétype d’une sensibilité purement américaine », qui s’affirme comme son influence majeure au même titre que Marcel Duchamp, comme il le formule dans sa remarquable Autobiographie. Le Trio pour Violons de 1958, œuvre rare et fondatrice de la musique minimale, le marque profondément ; flatté de voir ce jeune homme étudiant en musique classique faire le voyage du Pays de Galles aux Etats-Unis en passant par Londres pour le rencontrer, le compositeur n’hésite pas à l’intégrer à une formation composée de lui-même, de son épouse, Marian Zazeela, Tony Conrad et Terry Riley, avec parfois l’apport d’Angus MacLise et du mathématicien Dennis Johnson. Les expériences menées au sein du Theatre of Eternal Music et du Dream Syndicate – deux voix, deux violons et un violon alto – confrontent le jeune Gallois aux possibilités de l’électrification.
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On le sait, une autre rencontre est décisive, celle d’un jeune songwriter de 22 ans, Lou Reed, avec lequel John Cale fonde The Velvet Underground. Ce qui intéressant c’est de constater dans la relation entre les deux hommes, alors qu’on a tendance à les opposer, à quel point ils sont en capacité d’inverser leurs rôles : pop song délicate et avant-garde électrique, dandysme et perversité, l’un entraine l’autre et vice versa, les deux conduisant ensemble leur étrange créature vers des sommets avec la volonté de bousculer l’ordre rock’n’roll établi. Il est amusant de signaler que le modèle pour John Cale du songwriter ultime n’est autre que Ray Davies des Kinks, qui offre un écho familier à sa culture britannique d’une forme possible de raffinement. Lui qui résiste au folk épuré ne rechigne pas à magnifier l’écriture pop sous des effets divers empruntés aux expérimentations électro-acoustiques, les feedbacks notamment qu’il développe à l’envi avec son violon. Aujourd’hui encore, il affirme son amour des mots de Reed et n’hésite pas dans son Autobiographie à révéler quelques regrets : ce sentiment de quelque chose d’inaccompli et surtout l’idée que le meilleur restait à produire.
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Les carrières solos de John Cale et Lou Reed confirment ce sentiment. Tous deux avançaient dans des directions voisines, oscillant entre radicalité sonique et sublime mélodique et se rejoignent volontiers à distance quand ils publient chacun un chef d’œuvre en 1973, Paris 1919 pour John Cale et Berlin pour Lou Reed, créant inconsciemment l’axe New York-Paris-Berlin, dans le sens – inversé – d’une géographie occidentale universelle. Il est évident qu’il serait réducteur de résumer la carrière de John Cale à ce seul chef d’œuvre – maudit en l’occurrence, puisque rapidement retiré du marché par sa maison de disque, Reprise – ; au cours des 70’s, marqués par des allers-retours entre l’Europe et les Etats-Unis, ils multiplient les aventures discographiques exceptionnelles, installant progressivement une œuvre à la lecture complexe, aux détours multiples, mais avec une extrême cohérence quand il s’agit de faire reculer les limites de la pop. Il rejoint en cela d’autres pionniers du genre, dont ses amis Kevin Ayers et surtout Brian Eno. Tout comme ce dernier, il participe à tous les soubresauts esthétiques d’une époque en produisant les premiers albums séminaux des Stooges, du facétieux Jonathan Richman et de ses Modern Lovers et bien sûr de Patti Smith.
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Aujourd’hui, nul mythe pour John Cale. Juste une figure essentielle du rock qui a su créer des passerelles entre sa culture musicale classique, ses tentations avant-gardistes, et la culture pop de son temps.
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Aujourd’hui une poignée de pop songs magnifiques, notamment celles qu’il a écrites en solo, et dont on se délecte comme des modèles presque indépassables, Andalucia sur Paris 1919 ou I Keep a Close Watch sur Helen of Troy.
Aujourd’hui, un être rebelle et extraordinaire showman, cheval noble, élégant et fougueux, qui ne rechigne ni devant les obstacles, ni devant le feu.
JOHN CALE, en concert le 19 octobre à La Rodia à Besançon et le 3 novembre à La Laiterie à Strasbourg
Article publié dans Novo #16 (septembre-octobre 2011)
Magnificence (amours Blondie) / notebook #2
7 août
Le grand Lester Bangs n’a signé que deux monographies ; la première est consacrée à Blondie. Elle a provoqué une fâcherie avec le groupe qui s’estimait trahi par le célèbre rock-critic. Aujourd’hui, à la lecture de cet ouvrage publié en pleine Blondiemania en 1980, un tri sérieux s’impose entre ce qui relève du récit objectif, du règlement de compte presque gratuit de la part d’un bel idéaliste rock – le meilleur sans doute, parmi ses contemporains –, qui voit justement ses idéaux rock s’effondrer les uns après les autres, à quelques mois de sa disparition tragique, le 30 avril 1982.
Et pourtant, ça et là, l’émotion pointe, notamment quand il situe Blondie dans la filiation des formations pop sixties. Naturellement, il fait clairement le distinguo entre ses affections profondes pour un son garage, celui des Count Five ou du 13th Floor Elevator, celui du punk séminal, les Ramones aux États-Unis, les Sex Pistols et les Clash en Angleterre, et la production de Blondie qu’il situe lui-même dans un style old BeatlesSpectorShangri-La’sTurtlesBeachBoys inspiré par la pop mainstream mid-sixties (p.23). En revanche, si cette approche distingue le groupe des autres formations qui se produisent au CBGB’s, les Ramones, les Heartbreakers (qui comprennent parmi ses membres Richard Hell et Johnny Thunders), Television, les Talking Heads, les Miamis, Lester Bangs lui témoigne une affection profonde, dans un premier temps, toutefois…
Avec le narcissisme qui le caractérise – personne ne lui reproche –, il débute son ouvrage par l’évocation de sa propre chronique en janvier 1977 du premier album de Blondie, publié chez Private Stock. Il considère alors ce groupe comme issu du circuit CBGB-nascent punk rock, et formule une critique très favorable. Il se souvient : “I found their first album a charming, even inspiring piece of American rock’n'roll from traditions as diverse as early sixties girl groups, Question Mark and the Mysterians, and the Velvet Underground.” Cet article intitulé Blondie is more fun, publié dans le Village Voice, opposait le sens de la dérision de Blondie au sérieux affiché par les Ramones ou les Dictators. “Blondie were refreshing.” (on soulignera le pluriel, allusion à un vrai groupe !)
Il relate que peu de temps après, le groupe l’a appelé pour le remercier. Dans la discussion informelle qui s’en suivit, Lester Bangs interrogea le groupe sur ce qui pouvait alimenter son approche singulière du rock.
« La culture japonaise, répondit l’un des membres.
- Vous voulez dire, comme celle de Yukio Mishima ?
- Non, nous voulons dire comme celle des films japonais avec des monstres.”
Bref, de la série Z, celle qui a également influencé Devo ou The B-52’s…
En mars 1977, le rock-critic assiste à son premier concert du groupe, en première partie d’Iggy Pop au Palladium, à New York, puis en octobre 1977, il est de la partie quand le groupe se produit à Londres. Il a lui-même passé six jours sur la route avec les Clash, et retrouve Debbie Harry et toute la clique à l’occasion d’une émission de radio du dimanche après-midi. L’instant coïncide précisément avec l’annonce du premier n°1 du groupe en Australie, In the Flesh, et le début d’une Blondiemania de trois années.
Dans une ambiance moite digne d’un sauna, Debbie choisit des singles de Penetration, Richard Hell et les Ramones, auxquels Lester Bangs répond avec des titres de Brian Eno, Ray Charles, Richard Hell (décidément à l’honneur) et Robert Quine.
Charlie Gillett, auteur, producteur et DJ, qui anime cette émission, pose la question à Debbie Harry : “Is Blondie a punk band?” Elle répond “Definitely not!”, même si d’après Bangs elle ne semble pas offensée, et poursuit : “We play power-pop!”
Lester Bangs reçoit le second album du groupe in the mail en février 1978. D’emblée, à l’écoute de Plastic Letters, la circonspection l’emporte : “I began to wonder what was going through their heads.” S’il exprime sa jalousie devant le succès du groupe, l’incompréhension s’installe définitivement. Ce sentiment est exprimé au début de l’ouvrage dans une chronologie rétrospective rapide, mais au cœur de sa monographie, il ne cessera d’opposer la force primitive des groupes qu’il aime vraiment à la solennité fun d’un groupe dont il ne comprend plus l’évolution. S’il voit dans ce succès la porte ouverte à d’autres groupes punk ou new wave, le débat est largement ouvert sur la notion d’avant-garde pop. Il relate que dans un taxi il surprend au cours de l’été 1979, donc peu après le succès planétaire de Parallel Lines, les remarques acerbes de Chris Stein à propos d’un article publié sur Blondie dans Rolling Stone. Lester Bangs n’a pas lu cet article, mais sans malice, saisissant la balle au bond, il affirme qu’il n’a jamais envisagé Blondie comme faisant partie d’une quelconque avant-garde. Ce à quoi Chris Stein répond : “Oh, yes we are!” Brian Eno, également présent dans le taxi, confirme. Dès lors, la rupture semble consommée…
Commentaire de Lester Bangs sur Eat To The Beat, le quatrième album du groupe, en octobre 1979 (p.11) :
“While I liked some of the cuts a lot, other didn’t so much turn me off as escape me entirely. I still couldn’t see that I was listening to anything more than a decent pop band, whatever Brian Eno thought, though many of the lyrics and little twists in the arrangements of some songs, particularly on the second side, did suggest that at least they were avant-garde enough to be obscure. On the final cut Debbie spat over and over: I’m not living in the real world.” Was something seriously wrong with these people or was it that I just didn’t understand them?”
Magnificence (amours Blondie), coll. Sublime #1, chez médiapop, automne 2011
Patti Smith, Amour Suprême
2 oct
Il est évident que Patti Smith doit en grande partie sa reconnaissance à son parcours musical – fugace, mais flamboyant ! –, mais il serait bien dommage d’occulter l’extraordinaire écrivain et poète. Certains de ses ouvrages ont fait l’objet de traductions françaises, des écrits en prose dans les années 70, Corps de Plane réédité chez Tristram ou le célèbre Babel, recueil de textes entre 1974 et 1978, publié chez Christian Bourgois.
D’autres ouvrages révèlent une pratique sensible, quasi mystique, de la photographie, comme Charleville ou Statues, construits autour de son attachement profond pour Arthur Rimbaud, mais aussi James Joyce, Virginia Woolf, Fernando Pessoa, Luis Borges et bien d’autres. Tout récemment, Présages d’Innocence, également publié chez Christian Bourgois, atteste d’une pratique poétique sensible qui s’inscrit dans la longue tradition de la littérature anglo-saxonne.
Il faut dire que les livres ont toujours fait partie de sa vie. Dans Just Kids, la sublime autobiographie qu’elle publie conjointement aux Etats-Unis et en France, chez Denöel, elle rappelle que cet amour des livres date de sa plus tendre enfance. « Assise aux pieds de ma mère, je la regardais boire du café et fumer, un livre sur les genoux. Sa concentration m’intriguait. […] J’aimais regarder ses livres, palper leurs pages et soulever le papier de soie qui protégeait leur frontispice. Lorsqu’elle découvrit que j’avais caché son exemplaire rouge sombre du Livre des martyrs de Foxe sous mon oreiller dans l’espoir d’absorber sa signification, elle me fit asseoir à une table et s’attela à la tâche laborieuse de m’apprendre à lire. »
La petite Patti apprend vite, et dévore les livres – « J’étais complètement éprise des livres. Je voulais les lire tous, et ceux que je lisais généraient de nouveaux désirs. » Plus tard, un fac-similé des Chants de l’Innocence et de l’expérience de William Blake rejoint ses trésors personnels – « Son nom est ton nom / Car il s’est nommé lui-même Agneau » –, mais l’ouvrage qu’elle ne quitte plus est son édition en français des llluminations d’Arthur Rimbaud.
« Un pas de toi, c’est la levée des nouveaux hommes et leur en-marche. »
Arthur Rimbaud, À une raison
Patti Smith a déclaré récemment que dans sa vie, elle avait entretenu des relations amoureuses avec plusieurs hommes, dont une sérieuse, fidèle et indéfectible, avec Arthur Rimbaud. « Il détenait les clefs d’un langage mystique, écrit-elle, que je dévorais même lorsque je ne pouvais le déchiffrer tout à fait. » L’autre homme dont il est question dans Just Kids, n’est autre que le célèbre photographe Robert Mapplethorpe, qu’elle rencontre très jeune et avec qui elle vit à la fois ses premiers émois sentimentaux et ses premières tentatives créatives, le dessin d’abord et l’écriture. À la lecture de son récit, on découvre deux artistes à part entière qui ne se posent guère la question de la création, mais qui créent en permanence, avec cette approche médiumnique qui les connecte l’un à l’autre et à leur environnement culturel immédiat : l’appartement qu’ils partagent est l’objet de constants réaménagements, des dessins, des collages sont produits avec une frénésie qui finit par révéler chez Mapplethorpe sa part de tourment. La religion, le sexe inspirent des pièces de plus en plus complexes, avec cette part de trivialité presque morbide qui rompt avec l’insouciance ambiante ; tel un dandy, Robert renoue avec la tradition visuelle du XIXe siècle et anticipe les développements androgynes à venir. Michel-Ange, William Blake, Walt Whitman, Oscar Wilde, Jean Genet, Jean Cocteau, Lotte Lenya, Jackson Pollock, Bob Dylan, John Coltrane, Pier Paolo Pasolini, Jean-Luc Godard, John Lennon, les Rolling Stones ou Tim Buckley alimentent leur réflexion artistique à tous les deux, mais Robert s’émancipe, se découvre une autre sexualité, ce qui n’est pas sans troubler Patti. La séparation est inéluctable, mais l’affection demeure…
« Oh, prends-les en photo, a dit la femme à son mari un peu perplexe. Je suis sûr que c’est des artistes. Peut-être qu’ils seront quelqu’un, un jour.
- Arrête ton charre. C’est rien que des gamins. »
Il est amusant de constater que le rock fait partie de la vie de Patti, mais pas plus ni moins que pour les jeunes gens de sa génération. Il y a pourtant cet instant où elle découvre Jim Morrison sur scène au Fillmore East et ce sentiment étrange d’avoir la capacité, malgré le mythe naissant, d’en faire autant. L’un de ses amis, Ed Hansen, pressent l’attirance nouvelle ; il lui apporte un disque des Byrds, So You Want to Be a Rock’n’roll Star.
« So you want to be a rock and roll star? / Then listen now to what I say. / Just get an electric guitar /
Then take some time / And learn how to play. »
(Ainsi, tu veux devenir une rock’n’roll star ? Alors, écoute ce que je dis :
prends une guitare électrique, prends un peu de temps et apprends à en jouer)
The Byrds, So You Want to Be a Rock’n’roll Star
Dès lors, le récit s’attache à de nouvelles rencontres, à l’époque où elle vit au Chelsea Hotel : Todd Rundgren, Roger McGuinn des Byrds justement, Edie Sedgwick, les membres du Velvet Underground, Jim Carroll, Bob Dylan – qui lui accorde sa guitare –, Sam Shepard, alors membre des Holy Modal Rounders, Allen Lanier de Blue Öyster Cult – un groupe pour lequel elle écrit des paroles de chansons –, Allen Ginsberg et Lenny Kaye, critique et futur guitariste de son groupe… Malheureusement, on change de période et les disparitions s’enchaînent, celles de John Coltrane, Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Edie Sedgwick, Jim Morrison, John Lennon et finalement, bien plus tard, celle de Robert Mapplethorpe lui-même, alors que Patti Smith a connu la célébrité et qu’elle vit sa retraite artistique au côté de Fred ‘Sonic’ Smith, l’ex-guitariste du MC5. Les pages qu’elle consacre, au début du livre et à la fin, à l’annonce du décès de son compagnon céleste constituent des instants d’émotion pure, silencieux comme une prière intérieure, simplement ponctués par le chant lointain de Maria Callas :
« Vissi d’arte, vissi d’amore, non feci mai male ad anima viva ! »
(Je vivais pour l’art, je vivais pour l’amour et n’ai jamais fait de mal à quiconque !)
Puccini, Tosca Acte 2
Article à paraître dans Zut ! #7 (automne 2010) ;
à lire La Prière Silencieuse, article paru dans Novo #10 (septembre 2010)
Patti Smith, Just Kids, Denoël, sortie le 14 octobre
Dédicace et rencontre le 19 octobre à 17h30 à La Librairie Kléber.
La Ville de Strasbourg et la Librairie Kléber vous invitent à une soirée avec Patti Smith. Lectures, musique, chansons à partir de 20h à la Cité de la musique et de la danse (entrée libre dans la limite des places disponibles).
Info de dernière minute : malgré les grèves annoncées, Patti Smith maintient sa venue à Strasbourg.
Rodolphe Burger, set acoustique gratuit à La Boutique
11 sept
LA CONFÉRENCE DE PRESSE ‘C’EST DANS LA VALLÉE’
À l’occasion du 10ème anniversaire de C’est dans la Vallée (du 7 au 10 octobre à Sainte-Marie-aux-Mines), Rodolphe Burger, son directeur artistique, vient commenter l’ensemble de la programmation du festival.
Des concerts, des projections (une intégrale Fred Poulet, ainsi que son Making Fuck Off…), des performances, des conférences (Bruno Blum…), un lieu central, le Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines, des artistes d’exception (Jacques Higelin, Olivier Mellano, Kid Loco, Seb Martel…), cette édition s’annonce à la hauteur de l’événement.
Conférence de presse le mardi 14 à 18h00
Tous les détails de la programmation sur www.cestdanslavallee.com
LE VELVET UNDERGROUND ‘UNPLUGGED’
Rodolphe Burger s’est attaqué au répertoire du Velvet Underground au printemps dernier pour une création produite par la scène nationale de Sète. On sait l’importance de la reprise pour lui, on sait également l’affection qu’il porte au Velvet, un groupe auquel on a souvent comparé Kat Onoma.
Le 8 octobre prochain, le Velvet de Rodolphe Burger sera présenté au Théâtre à Sainte-Marie-aux-Mines, à l’occasion du 10ème anniversaire du festival C’est dans la Vallée, avec bon nombre d’invités. En avant-première de ce concert-événement, le public strasbourgeois se voit offrir un set acoustique de quelques titres choisis à La Boutique.
Set acoustique gratuit, ouvert au public, le mardi 14 à 18h30 à La Boutique au 10, rue Ste Hélène à Strasbourg (09 52 17 45 23)
Andy Warhol & The Velvet Underground: reflect what you are
5 sept
À intervalle de plus en plus rapproché, Andy Warhol et le Velvet Underground nous reviennent comme des certitudes. Peut-être incarnent-ils ensemble ou séparément une voie artistique perverse, subversive, mais surtout indépendante ? Ils sont à l’honneur à La Filature et au festival C’est dans la Vallée.
Andy Warhol avait peur de la mort. Il en disait : « Je suis tellement malheureux quand j’en entends parler. Il me semblait que les choses revêtaient une dimension magique, et que jamais la mort ne devait arriver. » Et pourtant, à les regarder de près, les Screen Tests ne sont-ils autre chose que des Vanités, ces images qui nous rappellent notre condition de mortel. Ici, nul besoin de figurer des crânes, l’extrême insouciance des modèles suggère une issue fatale. Dans ces pièces de 4 mn réalisées entre 1964 et 1966 en 16 mm à la caméra Bolex, Andy Warhol fige un instant quasi statique à la manière de certains portraits de la Renaissance – on pense à certains tableaux du Titien, quand ce dernier plaque sa figure sur un fond noir, comme c’est le cas dans le Portrait de Ranuccio Farnese, Le Concert et bien sûr L’Homme au gant, des portraits qui « portent des jugements sur les hommes de son temps », comme le signale très justement l’historien de l’art Louis Hourticq au début du XXe siècle. Warhol, dans sa geste non narrative, porte-t-il lui aussi un jugement sur les hommes de son temps, rien n’est sûr : la consigne de limiter les mouvements avait pour finalité de renvoyer l’image du modèle à celle du visiteur qui devait se reconnaître en elle comme s’il se retrouvait face à un miroir. Le volume des 500 Screen Tests recensés devait confronter, dans un effet hypnotique, les deux images et permettre d’« aider les “audiences” à mieux se connecter à elles-mêmes. »
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I’ll be your mirror / Reflect what you are, in case you don’t know.
The Velvet Underground, I’ll Be Your Mirror
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À regarder les Screen Tests les uns après les autres, entre l’intention initiale et le résultat final, des décalages se créent, et le récit s’invite malgré tout. Si certains se prêtent au jeu, comme Susan Bottomly, un jeune modèle de Boston, le designer Billy Name ou Richard Rheem, un éphèbe californien, d’autres prennent leur distance par rapport au dispositif : Dennis Hopper ne peut s’empêcher de jouer avec la caméra, s’interroger, regarder à gauche, puis à droite, cligner des yeux et même manifester une certaine impatience, pour finalement sourire et hocher de la tête, comme s’il venait d’admettre quelque chose. D’autres enfin s’émancipent du dispositif imposant une forme de distance, voire d’arrogance, comme c’est le cas avec Lou Reed – sublime avec sa bouteille de Coca –, Nico, particulièrement remuante ou encore Baby Jane Holzer, la collectionneuse d’art, qui adopte des postures suggestives avec sa brosse à dent et son dentifrice.
Après, il reste le cas du Screen Test d’Ann Buchanan, une jeune poétesse qui a partagé son appartement avec Allen Ginsberg et Neal Cassady. Au bout de quelques minutes, cette très belle femme aux longs cheveux bruns laisse perler des larmes de ses yeux à force de les maintenir ouverts, dans un effet narratif stupéfiant qui a ému jusqu’à Warhol lui-même.
Enfin, on peut signaler le cas d’Edie Sedgwick qu’on découvre craintive, voire apeurée. Les images qui en résultent tranchent avec des photos qu’on connaît d’elle – notamment, les séries de photomatons. On surprend l’icône en train de soupirer, comme si l’épreuve était devenue insoutenable. On ne peut s’empêcher de penser que cette jeune femme magnifique mesure à cet instant précis le drame qui est en train de se jouer pour elle.
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avec des jambes si longues et je la suppliais de danser avec moi sans jamais avoir la chance de lui plaire / oh c’est injuste
Patti Smith, Edie Sedgwick (1943-1971)
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Les Screen Tests se regardent en silence, sans fond sonore, mais pour l’édition DVD chez Plexifilm, l’ex-Galaxie 500 et ex-Luna Dean Wareham est sollicité par le Andy Warhol Museum pour mettre les Screen Tests en musique. C’est ce qu’il fait avec son épouse, Britta Philipps. Il en résulte une série de compositions, qui pour paraître un peu vaines en accompagnement du DVD, prennent tout leur sens sur scène. L’idée de jouer les morceaux en formation et de projeter les Screen Tests sur écran, renoue avec le concept multimédia total – musique, vidéo, danse et performance –, The Exploding Plastic Inevitable, qu’Andy Warhol initiait autour des concerts du Velvet Underground.
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« Comment définiriez-vous un groupe comme celui-là, qui passe de Heroin à Jesus en deux courtes années ? »
Lester Bangs dans Rolling Stone #33, 1970
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« Être plus Velvet que le Velvet ! » Quand il s’attaque au répertoire du célèbre groupe new-yorkais, Rodolphe Burger ne cherche ni à imiter, ni à reproduire, ni même à incarner, il s’approprie les chansons et les interprète comme s’il les avait écrites lui-même. C’est l’une des constantes de son approche de la reprise – « La reprise n’est jamais innocente, elle nous inscrit dans ce qu’on est et dans ce qu’on devient. Elle est le signal d’une provenance », nous explique-t-il. Aucune innocence donc dans le fait que ce soit justement le Velvet, groupe auquel on a souvent comparé Kat Onoma de manière parfois paresseuse, qui fait l’objet à son tour de reprises, après celles très remarquées d’Iggy Pop ou de Joy Division.
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If I could make the world as pure and strange as what I see / I’d put you in the mirror I put in front of me / I’d put in front of me
The Velvet Underground, Pale Blue Eyes
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Cette création produite par la scène nationale de Sète, Rodolphe et ses invités ont aujourd’hui à cœur de l’offrir au public de Sainte-Marie-aux-Mines, pour le dixième anniversaire du festival C’est dans la Vallée, dans le cadre d’une thématique globale autour du Velvet Underground qui intègre une conférence du critique rock Bruno Blum.
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Le Velvet est aujourd’hui le groupe le plus créatif en Amérique, dans la mesure où il investit un espace que la plupart des groupes cherchent à fuir en studio : la vie.
Lenny Kaye, dans New Times, le 20 avril 1970
Article publié dans Novo #10 (septembre 2010)
13 Most Beautiful… Songs for Andy Warhol’s Screen Test, ciné-concert de Dean & Britta les 7 et 8 octobre à La Filature
www.lafilature.org
Le Velvet de Rodolphe Burger, concert le 8 octobre au festival C’est dans la Vallée au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines
www.cestdanslavallee.com
À signaler la performance du flux4 quartet I’ll Be Your Mirror le 7 octobre en inauguration du festival C’est dans la Vallée au Kino Underground en sous-sol du Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines.













