2010, bilan musical, 1ère partie : les albums
23 déc
On me pose déjà la question du bilan 2010. Or, 2010 a été une bien drôle d’année : beaucoup de promesses, mais peu d’actions concrètes. Dans le marasme ambiant, une bonne nouvelle cependant, venue de France. Nul disque ne m’aura plus touché que celui de Philippe Poirier, dont les contours chatoyants ne cessent de m’envelopper depuis sa sortie début décembre, quelle que soit l’humeur du moment. De même pour Hypernuit de Bertrand Belin, qui place ce compositeur très précieux au sommet de la chanson française. Deux autres publications, notamment celle du duo singulier Arlt et d’Arnaud Fleurent-Didier offrent, elles aussi, de jolies perspectives à une production française sérieusement malmenée par les temps qui courent.
Du côté des anglo-saxons, quelques confirmations, Arcade Fire, Foals, MGMT, Yeasayer, !!!, The Black Keys, avec de très beaux albums, dont certains constituent assurément les classiques de demain, mais rien de fondamentalement sidérant non plus. Je garde cependant une affection particulière pour l’album de Hot Chip et ce parti-pris audacieux qui consiste à puiser dans les sonorités mid-80’s mainstream pour bouleverser les codes mélodiques de la pop indie, tout comme pour le dernier opus de The Coral, Butterfly House, qui aura égayé mon été avec une poignée de délicieuses balades pop psychédéliques.
Heureusement, trois albums se sont distingués et ont relevé le niveau de cette année très moyenne pour nos amis anglo-saxons. Ils sont signés Tame Impala – ou comment la tradition pop continue de déterminer les lignes d’un futur flamboyant –, Gonjasufi, qui réussit à établir chez Warp la jonction entre l’easy-listening d’inspiration 60’s et les stridences de Captain Beefheart, et enfin Anika, dont la froideur dub nous renvoie à nos premiers émois post-punk.
Voilà un classement forcément discutable parce que fantasmé et hautement subjectif, mais mon classement tout de même :
1. Philippe Poirier, Les Triangles Allongés
2. Bertrand Belin, Hypernuit
3. Tame Impala, Innerspeaker
4. Herzfeld Orchestra, Herzfeld Orchestra
5. Gonjasufi, A Sufi And A Killer
6. Anika, Anika
7. Arcade Fire, The Suburbs
8. The Coral, Butterfly House
9. Hot Chip, One Life Stand
10. Arlt, La Langue
11. Romeo & Sarah, Vecteurs et Forces
12. Yeasayer, Odd Blood
13. LCD Soundsystem, This Is Happening
14. !!!, Strange Weather, Isn’t It
15. Brian Eno, Small Craft on a Milk Sea
16. MGMT, Congratulations
17. Pantha du Prince, Black Noise
18. Two Door Cinema Club, Tourist History
19. The Black Keys, Brothers
20. Foals, Total Life Forever
21. John Grant, Queen of Denmark
22. Roky Erickson w/ Okkervil River, True Love Cast Out
23. Little Red Lauter, Slow Down
24. Deerhunter, Halcyon Digest
25. Rubik, Dada Bandits
26. Sufjan Stevens, The Age of Adz
27. Arnaud Fleurent-Didier, La Reproduction
28. Martina Topley-Bird, Some Place Simple
29. Mount Kimbie, Crook & Lovers
30. Isobel Campbell & Mark Lanegan, Hawk
Un prochain billet fera le point sur les singles, les rééditions et les coups de cœur, chanson par chanson.
Ci-dessous, Bertrand Belin, sans nul doute auteur de la chanson française de l’année avec Neige au Soleil.
Photo : Christophe Urbain
Le flux-jukebox à plein tube !
14 août
La programmation radio sur le web permet parfois des enchainements inespérés. Ce matin sur le flux :
Alice Russell, Turn and Run
Kat Onoma, Missing Shadow Blues,
The Who, Armenia City in The Sky,
David Bowie, Starman
The Beatles, Julia
Fabio Viscogliosi, Quasi Nello Spazio
The Coral, 1000 Years
Danger Mouse & Sparklehorse (ft. The Flaming Lips),
Hot Chip, Hand Me Down Your Love…
On a beau se dire que la machine est largement assistée dans ses choix, quand elle se connecte sur vos envies pop sans que vous n’ayez besoin d’intervenir, ça n’est que du bonheur…
flux4 en écoute sur www.flux4.eu
The Coral, l’ascension côté nord
26 juil
Il serait assez judicieux de s’appuyer sur la production de John Leckie pour affirmer que The Coral renoue avec ses racines liverpuldiennes. En effet, cet ancien ingénieur du son d’Abbey Road, producteur par la suite d’un volume d’albums majeurs considérable (Pink Floyd, Simple Minds, XTC, The Fall, Stone Roses, Radiohead…) a travaillé avec les Beatles séparément dès le début des années 70. Et pourtant, l’effet est trompeur. À l’image de leurs voisins Clinic, dans une version cependant moins ouvertement psychédélique, The Coral n’a jamais cherché à sonner véritablement anglais. Si le son est ouvertement revendiqué 60’s – parfois jusqu’à l’anachronisme ! –, le groupe lorgne plutôt du côté des Byrds ou de certaines formations folk-rock américaines.
Le départ en 2008 du guitariste Bill Ryder-Jones – auteur d’un album solo remarquable – n’a en rien affecté la maestria mélodique dont savait faire preuve le groupe jusqu’alors. Bien au contraire, cette assise mélodique semble renforcée, du moins gagne-t-elle en cohérence, y compris dans la diversité des genres qu’aborde subtilement le groupe : le folk et la pop qui s’ouvre à l’ère proto-psychédélique des années 1965 et 1966, comme si The Coral refaisait l’histoire à son rythme. Il en résulte un disque d’une grande richesse, qui rompt avec le marasme ambiant, et dont chacun des thèmes est merveilleusement mis en son par ‘God’ Leckie ; contrairement à Sean O’Hagan des High Llamas pressenti dans un premier temps, le célèbre producteur britannique a su capter la performance pop dans son essence pure, de manière brute, mais sans jamais perdre en délicatesse.
Il est amusant de constater que bon nombre d’entre nous exprimaient une affection secrète à The Coral, avec la conscience qu’il fallait préserver ces outsiders magnifiques, discrets et intègres. Aujourd’hui, loin de toute hype, l’unanimité semble se faire jour et les langues se délient autour d’un cinquième album bien plus attendu qu’il n’y paraissait. C’est sans doute-là le signe d’une vraie reconnaissance et d’un succès à venir.
Butterfly House – Deltasonic / Cooperative
Photo : les sessions d’enregistrements de Butterfly House.
Commentaire facebook du groupe : “Tubular Bells” on Rowing Jewel.








