Hommage à John Lennon au Cinéma Star, avec flux4 et Herzfeld
14 déc
Il nous arrive de vivre des expériences tout à fait inouïes : quand Flore Tournois du cinéma Star, à Strasbourg, m’a évoqué la possibilité de créer un événement pour la commémoration de la disparition de John Lennon, je ne supposais pas l’émotion de ce qui a suivi. Naturellement je pense radio et naturellement je pense concert hommage. Après que les choses se fassent aussi rapidement, et dans les meilleures conditions, dans les moindres de mes fantasmes, j’étais loin de me douter.
Mon John Lennon à moi, à Strasbourg, n’est autre que Jacques Speyser des Original Folks – il ferait assurément un excellent Paul McCartney –, et spontanément je me tourne vers lui pour lui soumettre l’idée d’une émission enregistrée dans les conditions live. Nous avons été tous deux animateurs à Tomawak, et ce passé radio commun nous lie forcément. En moins de trois jours, il me confirme la possibilité de monter une formation Herzfeld pour l’occasion. Si je regrette l’absence de Pierre Walther alias Spide, autre figure lennonienne du label, je suis ravi d’apprendre que Franck Marxer (des Original Folks et de Marxer), mais aussi Sarah Dinckel (de Romeo & Sarah) et Olivier Stula (de Second of June) nous rejoignent pour constituer les fab four d’un soir, sous l’appellation du Beatles Orchestra…
Pendant qu’ils répètent un certain nombre de morceaux – une set-list quasi idéale pour moi ! –, la question se pose des plateaux à créer : le but n’est pas forcément de constituer une table ronde d’experts, mais des personnes qui ont vécu une expérience particulière ou qui ont envie de formuler quelque chose sur John Lennon.
Là aussi, je constate que la chance nous accompagne au flux, comme ça a été le cas déjà à EntreVues et à maintes occasions : à l’issue de la projection du long métrage Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood, sur l’adolescence de l’ex-Beatle assassiné, Jérôme Mallien, critique cinéma et journaliste aux Dernières Nouvelles d’Alsace, mais aussi Philippe Poirier, ex-Kat Onoma, qui vient de publier un album remarquable chez Herzfeld, Les Triangles Allongés, Jean-Luc Billing, complice de toutes nos années radio à RBS, Strasbourg Contact, Tomawak et Radio EuroDistrict (R.E.D.) se prêtent au jeu de l’interview spontanée.
Ces interventions sont entrecoupées d’intermèdes musicaux remarquables, qui montrent que le Beatles Orchestra a intégré ce qui fait l’essence même de l’écriture de John Lennon, ce lien entre pop mainstream et avant-garde poétique. C’est ce que me confirme un spectateur-auditeur, visiblement sous le charme à l’issue de l’émission : “J’écoute les Beatles depuis le primaire, et je peux vous dire que ces musiciens-là, présents ce soir, ont tout compris !”
La set-list :
Dear Prudence
Oh My Love
Across The Universe
Tomorrow Never Knows
Jealous Guy
Norwegian Wood
Un grand merci à Olivier Legras pour la mise en son en direct et le mix final. Je savais qu’il avait la capacité de tout faire en radio, je ne savais pas qu’il pouvait également sonoriser un groupe live. Décidément, ce garçon est plein de ressources.
Je vous invite à revivre ces instants sur flux4 ; voilà le lien vers l’émission :
Émission John Lennon au Cinéma Star, avec flux4 et Herzfeld
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Je rajouterai que rien n’est jamais innocent : cet anniversaire est double pour moi ; bien sûr, il y a la commémoration – la célébration, que sais-je ? – de cette disparition tragique, et en même temps la découverte de l’œuvre des Beatles résulte pour moi de cet événement dramatique. Je peux dater précisément l’achat de mon premier LP des fab four, le lendemain de la mort de John Lennon, donc le 9 décembre 1980. De manière frileuse, j’avais opté pour un disque sur laquelle ils arboraient de jolies cravates – seul critère du jour pour le néophyte que j’étais – et du coup, j’étais tombé sur Something New, un pressage allemand qui comprenait des extraits de A Hard Day’s Night et quelques compléments.
Les mois qui ont suivi ont été marqués par l’acquisition de la quasi intégralité des albums et d’une vraie affection pour le groupe qui n’a pas seulement changé ma vie, mais exposé clairement le cycle de la création artistique : primitivisme (prémices rock’n'roll), classicisme (période pop 1962-1965), maniérisme (1966-1968), déclin et mort (1969-70). Et quand on parle de déclin, quel déclin magnifique ! Abbey Road, tout de même. Cette classification en périodes distinctes m’a permis d’appréhender l’Histoire, l’histoire de la musique, l’Histoire de l’art, et de manière universelle l’évolution des cycles de la vie.
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Un dernier souvenir : une autre commémoration de la disparition de John Lennon, sans doute le 5ème anniversaire, donc en 1985. Ça se passe au Bandit ; des groupes se succèdent sur cette scène devenue mythique. Je ne pourrai plus les citer tous (il y avait parmi les Parisiens, ceux qui allaient devenir les Innocents). Ce que je sais, c’est que nous sommes au premier rang, avec Bruno Chibane, et qu’on n’en perd pas une miette !
(je ne sais qui a décidé d’entourer ma bobine dans ce document, dont on ne peut contester la portée hautement historique, mais ça n’est pas moi ! On reconnaît Bruno à ma gauche, donc sur la droite, bref sur la photo, et comme tout le monde connaît Bruno…).
EntreVues 2010, journal de bord #4 : Coney Island de Marion Naccache
5 déc
Lors de notre entretien en plateau avec F.J. Ossang, le réalisateur affirmait qu’il avait recommencé à tourner quand le siècle avait débuté, c’est-à-dire en 2006 – il l’avait déjà formulé dans un micro-trottoir avec Philippe Schweyer. Rappelant que les siècles ne débutent jamais à date fixe – tout comme les décennies d’ailleurs –, il restait cependant assez évasif concernant le moment fondateur du début du XXIe siècle. Pour nous, il reste évident qu’historiquement, il a débuté avec le 11-Septembre, mais il est vrai que culturellement la question reste posée. Je me la posais encore au moment de la projection de Fading d’Olivier Zabat, et là, la coïncidence d’un certain nombre d’événements, me fait penser que ce siècle a bien débuté, notamment avec la remise en cause des classifications cinématographiques… À EntreVues 2010, cette classification ne sert plus le spectateur. La plupart des films que je vois se situent dans un ailleurs, tant les documentaires imposent une dramaturgie, tant les fictions se laissent happer par une vocation documentaire.
Ce sentiment est confirmé à la vision de Coney Island de Marion Naccache. Je ne reviendrai pas sur les conditions savoureuses de notre rencontre avec cette jeune cinéaste française, elles sont exposées dans un autre billet, mais il est vrai que j’abordais son film avec une bienveillance initiale – celle-ci n’empêchait aucune forme d’objectivité –, et dès les premières images, je fus séduit. Il s’agissait pour elle de saisir les derniers instants d’exploitation du célèbre parc d’attraction proche de New-York, avec un dispositif simple : une caméra sur pied posée à des endroits précis pour des durées variables. Les événements se multiplient hors-champ, parfois de manière décadrée : des gens entrent dans le champ, en sortent indifféremment. On s’attarde sur les détails saisis de manière très spontanée, comme autant de motifs plastiques, dont on dé-contextualise visuellement la fonction narrative dans le plan : ici, la forme circulaire de la grande roue, les formes courbes du grand huit, les couleurs, le vert, l’orange, les figures floues qui traversent le champ au premier plan. Le plaisir visuel est constant, le regard est titillé de toutes parts.
On pense à Michael Snow, mais Marion Naccache nous rappelle l’importance de Frederick Wiseman, ainsi que celle de la photo américaine. « L’idée était de fabriquer un dispositif d’observation. Assez rapidement, le choix du plan fixe constituait, avec un cadre qui prenait en compte à la fois la dimension humaine et architecturale, un système d’observation qui permettait au spectateur de choisir les éléments qu’il avait envie de regarder.” Ce dispositif installe une mélancolie qui est sans doute liée à ce dernier été, mais qui vient aussi, d’après Marion, du “hiatus qui existe entre l’architecture de l’endroit et la façon qu’ont les gens de l’habiter.” Le décalage qui existe entre l’architecture des années 60 et la population très diversifiée, qui vient l’investir, provoque selon la durée des plans un profond sentiment de langueur, malgré l’extrême vitalité de l’instant.
Le son a son importance et l’on parcourt près d’un siècle de musique populaire avec des sons jazz, pop, salsa, hip hop, qui assurent le lien d’un plan à l’autre, comme si le temps n’avait plus d’importance, ni la géographie, dans un espace-monde intemporel. On comprend dès lors cette inscription sur un mur : Si Paris est la France, Coney Island est le monde. Du coup, on prend conscience avec Marion Naccache de la fin de ce monde, sans nostalgie ni jugement sur l’avenir, comme un simple constat distancié, plein de vérité et même de beauté. Je le disais en fin d’entretien avec elle, son Coney Island mérite d’être vu après Le Petit Fugitif (1953) de Morris Engel, comme s’il bouclait la boucle d’une forme de modernité, tout en annonçant de belles perspectives d’avenir. Oui, ce siècle a débuté culturellement, là tout récemment, et nous sommes pressés de le vivre…
EntreVues 2010, journal de bord #3 : Fading d’Olivier Zabat
5 déc
2 décembre – Le choc Fading d’Olivier Zabat !
Touché d’emblée par un poème de Czeslaw Milosz :
Qui veut dépeindre le monde dans toutes ses tonalités
Ne devrait jamais regarder le soleil de face
Ou il perdra le souvenir de ce qu’il a vu.
Seules resteront dans ses yeux des larmes brûlantes.
Qu’il s’agenouille et baisse son regard vers la terre.
Il y trouvera ce que nous avons perdu :
les étoiles et les roses, les crépuscules et les aubes.
Le réalisateur Olivier Zabat croise deux récits : un SDF se photographie avec son portable en déformant son visage percé et tatoué et pose la “question de la fictionnalisation de sa propre image” ; deux agents de sécurité, Marco et Verlisier effectuent leur ronde, identifient des signes lumineux, se mettent en quête d’une présence et plongent dans une forme d’angoisse qu’ils alimentent eux-mêmes de contours empreints de mysticisme. La charge plastique crée une forme de pesanteur, une tension particulière qui culmine dans une scène sublime : sur fond de musique baroque, nos vigiles entament une prière dans une petite chapelle.
À échanger avec Olivier Zabat en plateau, on mesure le malentendu qui peut naître de notre propre vision : là où je voyais un travail d’écriture, il me répond “improvisation” – ils ne jouent pas autre chose que ce qu’ils sont – ; là où je voyais une quête plastique, il me répond gentiment qu’il s’agit d’une “interprétation de [mon] regard”. Et pourtant, je continue de penser que malgré la légèreté du dispositif, les figures – celle du SDF, mais aussi et surtout celles des vigiles – apparaissent magnifiquement sculpturales dans un environnement d’une très grande sobriété.
La lumière joue un rôle essentiel tout au long du film : les tentatives clair-obscur, contrairement au baroque, n’ont pas pour vocation à marquer l’instantanéité, mais au contraire d’installer quelque chose sur la durée et peut-être d’insister sur les instants de passages. “Le film est une succession de passages”, nous confirme Olivier Zabat, tout en rappelant la neutralité du cadre. “On peut avoir le sentiment d’une esthétique qui est voulue, mais je cherche avant tout à être attentif à ce qu’il se passe et à restituer les choses de manière claire et relativement précise.”
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Le lendemain, nous poursuivons notre conversation de manière très cordiale, au petit-déjeuner à l’hôtel des Capucins. Je lui rappelle l’émotion éprouvée au moment de citation de Czeslaw Milosz, au tout début du film. “Oui, toute la différence est là ; alors qu’à Hollywood, on cherche Dieu en levant la tête et en regardant vers les nuages, Andreï Tarkovski, lui, le cherche en posant sa caméra vers le sol.” Je me suis souviens de ma perplexité à la lecture il y a de cela plus de vingt ans de cela du Temps Scellé, le livre-manifeste du célèbre auteur russe. Je ferai bien de le relire aujourd’hui…
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Interview intégrale à écouter sur flux4 ici
Son et photo : Olivier Legras
EntreVues 2010, journal de bord #2
2 déc
1 décembre – Magie du festival EntreVues : je prends mon petit déjeuner et fais le point sur les rencontres à venir. Je cherche Marion Naccache dans le guide du festival, me répétant à voix haute son nom en parcourant l’index : Marion Naccache, Marion… Et au moment où je découvre la photo de la réalisatrice, je lève la tête et prends conscience que la jeune femme à côté, qui est en train de me sourire avec un brin de malice dans le regard, n’est autre que… Marion Naccache.
Le rendez-vous est pris en plateau le lendemain pour parler de son film Coney Island (Last Summer)
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Premier choc du festival : Fissures d’Hicham Ayouch, la rencontre de trois personnes à Tanger, Abdesellem, un homme brisé qui sort de prison, Marcela (la sublime Marcela Moura), une brésilienne qui vit dans l’excès permanent, Noureddine, l’ami d’Abdesellem…
Tous trois sont prêts à donner leur amour, mais vivent dans l’incapacité d’en recevoir en retour. Les scènes sont tournées au plus près des sentiments, avec un réalisme parfois cru, mais toujours avec une tendresse manifeste. Certains partis pris formels sont troublants comme cette scène d’intérieur où la tonalité rouge révèle la tension palpable entre les deux amants. On s’interroge sur cette capacité incroyable du réalisateur à faire se toucher les corps, et affirmer ainsi une double volonté : volonté de vie et de liberté.
Dans le film, on nous raconte une histoire d’amour impossible, mais on nous raconte aussi l’amitié profonde qui lie Abdesellem et Nourredine. Cette relation semble la plus difficile à tourner, les rapprochements et les séparations sont vécues avec plus d’intensité encore du fait des indécisions de Marcela. Et puis, il y a cette scène d’égorgement de mouton, à laquelle Abdesselem invite Marcela, forcant ainsi l’instant de partage. Comme dans certaines scènes baroques, la violence s’inscrit dans sa soudaineté, tranchant ainsi avec une autre forme de violence plus latente, récurrente, qui se manifeste tout au long du film.
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Abdesselem : Ce tableau, je peux le peindre avec mon zizi…
Marcela : C’est moi qui l’ai fait !
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Coïncidence : autre scène d’égorgement du mouton dans Kurdish Lover de Clarisse Hahn ; les bouts de viande sont découpés et distribués de la main à la main, comme le veut la tradition. Ce très beau long métrage documentaire est une plongée au cœur du Kurdistan, qu’on découvre dans toute sa complexité, entre archaïsme et modernité, entre pragmatisme et superstition.
En plateau, Clarisse Hahn s’insurge quand je lui parle d’une vision apaisée, normalisée, du conflit. Naturellement, la guerre est là, en arrière-fond, mais la présence militaire – avec de jeunes appelés plutôt souriants – semble maintenue à distance. Clarisse nous précise les conditions de ces instants de tournage, son insistance à filmer ces militaires malgré eux et à provoquer la rencontre qui se solde par un « I speak a bad english ! » Une forme d’injonction diplomatique qui clôt toute discussion possible.
De manière générale, la présence de sa caméra été plutôt bien acceptée, sans doute aidée par la présence de son ami, Oktay. À quelques rares exceptions près, la famille de ce dernier, ses amis, ses voisins ont vécu de manière très naturelle le fait d’être filmés, ce qui a permis à la cinéaste de capter quelques instants qui relèvent des pratiques magiques ancestrales. Avec sa grande capacité à s’abstraire ou se faire discrète, elle a su fixer sur la pellicule une beauté plastique naturelle – la caméra hésitante des premiers plans gagne en maîtrise et trouve sa place –, comme c’est dans le cas des soins que se prodigue la mère d’Oktay avec une sangsue dans un bac d’eau. Une fois dépassé le sentiment de rejet, on s’attarde longuement sur le rouge sang révélé dans toute sa splendeur.
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Clarisse Hahn a inauguré les premiers plateaux de flux4, suivie par Abdesselem Bounouacha, Luc Moullet, Elvire et F.J. Ossang, Jean-Marie Teno, Thierry Jousse – ces deux derniers sollicités spontanément par Philippe Schweyer.
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En conclusion de son entretien radiophonique, Abdesselem Bounouacha : « Avec Hicham Ayouch, je peux aller jusqu’au bout ; nous n’avons peur de rien. Nous dévoilons la société et nous essayons de communiquer, d’aimer les gens et d’êtres aimés. Oublions celui qui nous dicte : vous allez vous retrouver en enfer, vous allez au paradis. Tout cela n’existe pas. Celui qui veut choisir l’enfer n’a qu’à le dire, celui qui veut aller au paradis n’a qu’à le dire. Il y a de la place pour tout le monde, on ne sait pas qui a raison. »
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Merveilleux silence que celui d’Elvire ! L’actrice-égérie de F.J. Ossang refuse d’intervenir en plateau, elle est assise, presque méfiante, puis très souriante, visiblement amusée par l’ambiance détendue du plateau ; je la taquine quand elle tente de regarder mes notes sur ordinateur. Elle acquiesce avec beaucoup de conviction chaque fois que je cite l’un de ses groupes fétiches, Throbbing Gristle, qui apparaît dans les bandes sons des films de F.J. ou Lucrate Milk, le groupe avec lequel MKB avait publié un split-album à l’époque de L’Affaire des Divisions Morituri. Alors qu’on découvre qu’elle était elle-même au clavier de MKB, elle confirme quand j’insiste sur la nécessité de réévaluer Lucrate Milk. F.J. nous rappelle ce qu’on avait oublié : Helno, futur chanteur des Négresses Vertes, n’était autre que l’un des éructeurs de Lucrate Milk – « Fuck you ! I love you ! »
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La phrase du jour, on la doit à Luc Moullet : « Je ne cherche pas tant à me situer, mais plutôt à être. »
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Photos : Olivier Legras (dans l’ordre Abdesselem Bounouacha, Luc Moullet, Philippe Schweyer et Jean-Marie Teno)
EntreVues 2010, journal de bord #1
1 déc
1. / 30 novembre 2010 – Avec Olivier Legras, nous sommes au Festival International du film de Belfort, EntreVues, jusqu’au samedi 4 décembre, pour une série d’émissions enregistrées dans les conditions du direct pour flux4, notre webradio.
Arrivée en douceur, dans un froid sibérien – la ville est sous la neige, comme une partie de l’Est de la France ! Le temps incite à s’enfermer dans des salles obscures, nous en avons profité pour voir deux films en salle : Docteur Chance de F.J. Ossang et Une Aventure de Billy the Kid de Luc Moullet avec Jean-Pierre Léaud.
F.J. Ossang, je l’avais découvert en 1984 avec son premier long métrage, L’Affaire des Divisions Morituri, dont je garde le souvenir d’un enthousiasme délirant et d’une bande-son d’exception – la présence de Throbbing Gristle, notamment.
Avec Docteur Chance, un long métrage en couleur tourné au Chili, nous sommes en présence d’un road-movie très esthétique – à mi-chemin entre Leos Carax et Jean-Baptiste Mondino –, qui comprend quelques instants de fulgurance, malgré certaines longueurs. Naturellement, la présence rayonnante de Joe Strummer à la fin du film en Vince Taylor, reclus et appareillé, ne peut que nous émouvoir. Elle nous émeut autant que celle d’Elvire dont l’extrême sensualité illumine cette escapade onirique à la limite du cauchemar éveillé.
Tu dis : il ne reste rien d’autre que les mots. Mais tu n’écris plus, adieu !
Cette phrase formulée entre deux injonctions de William S. Burroughs, ne cesse de trotter dans la tête, inlassablement durant toute la projection.
Tu dis : il ne reste rien d’autre que les mots. Mais tu n’écris plus, adieu !
Le cut-up se construit tout seul, mentalement :
“Tu dis adieu – Il ne reste rien d’autre que les mots – que les mots, adieu
mais tu dis rien
À DIEU, rien que les mots – les mots
mais tu n’écris plus – rien
adieu
rien”
On enchaîne avec Une Aventure de Billy the Kid, un long métrage de 1970 de Luc Moullet. Ce film, je l’avais déjà vu à l’époque du ciné-club LimeLight, mais je n’en gardais aucun souvenir précis. Je retente l’expérience, et du coup me souviens de ce qui m’avait plu lors de cette première vision : Jean-Pierre Léaud, au sommet de son art, est génial et outrancier au côté d’une jeune actrice, Rachel Questerber, qui nous rappelle que le cinéma est surtout une affaire de sens(ualité).
La salle est dissipée, hilare, et se partage entre incrédulité et totale adhésion. Les jeunes gens présents semblent découvrir une forme singulière, qui leur était jusqu’alors étrangère. L’esprit piraterie semble se diffuser à travers le festival ; les consciences en sortent parfois ébranlées, mais rien n’est-il plus profitable qu’une conscience prête à s’ouvrir à nouveau, loin des modèles imposées par une société assassine. Avec humour, Luc Moullet nous a conduit vers un ailleurs ; lui, le grand marcheur (et cycliste à ses heures) nous invite à cheminer à ses côtés. Nous sommes prêts à lui emprunter le pas…













