L’exposition de Christophe Meyer à La Boutique, reportage filmé sur Alsace20.

Un reportage a été réalisé à l’occasion de l’exposition de Christophe Meyer sur Michael Jackson (Traits creusés, gravures, dessins et textes) à La Boutique.

Phoenix, un pour tous, tous pour un !

Fraîchement auréolé de son Grammy Award, Phoenix revient en tournée en France. Désormais le succès est là et la reconnaissance unanime. Retour sur la méthode de ces mousquetaires de la pop, avec le guitariste Christian Mazzalai, lors de leur dernier passage à La Laiterie, à Strasbourg

Nous nous étions déjà rendus compte que chaque album comptait 10 morceaux et durait 37’, la chose se confirme sur Wolfgang Amadeus Phoenix. Est-ce le format pop idéal pour vous ?

Oui, ça peut paraître ridicule, mais pour pouvoir s’exprimer librement, il faut se fixer quelques règles. Il est important pour nous de nous inscrire dans un cadre. Après, à l’intérieur de ce format, on explose tout !

C’est digne de l’Oulipo, votre affaire

Absolument, 10 morceaux et un instrumental, c’est notre règle depuis notre adolescence. En tout cas, nous le voyons ainsi. Mais pour ce disque, nous avions enregistré une quinzaine d’heures de musique.

Tout ce matériau inutilisé, que devient-il ?

J’aurais le fantasme de les exploiter ainsi sous la forme de face B de singles, mais ça n’est pas notre truc. Chaque morceau est pensé comme le dernier.

mots&sons_Phoenix_WABayreuthUn mot sur cet instrumental central, qui a généralement une vocation expérimentale ?

Je ne saurais expliquer sa présence, ça répond à un besoin, surtout là sur le dernier album. Ce morceau, en deux parties [Love like a Sunset part.1 and 2, ndlr], impose une tension qui se relâche au fur et à mesure. En fait, quand on a commencé à enregistrer c’était la seule idée que nous avions : un instrumental long et minimaliste. En tournée, nous avons commencé à beaucoup écouter de musiques minimales, Brian Eno ou Steve Reich que nous sommes allés voir en concert à Cologne – peut-être le meilleur concert que j’ai vu !

En fait, vous créez des effets de symétrie, comme s’il existait une face A et une face B.

Oui, tout simplement parce que cet album a été pensé vinyle. Il s’agissait de placer entre les deux faces un tunnel qui marque une destination.

Vous avez récemment affirmé vos affections musicales dans le cadre d’une sélection pour le label Kitsuné : Chris Bell, Roxy Music, Red Crayola.

On adore tous ces artistes ; ils sont fondateurs pour nous. Nous écoutons rarement les morceaux que nous avons sélectionnés, mais à chaque écoute, nous sommes bouleversés. Kitsuné est identifié à la fête, mais nous avons souhaité proposer quelque chose à l’opposé : le truc à écouter, seul chez soi, ou en voiture la nuit ; le truc presque mystique, nocturne et solitaire. Et en même temps, on peut écouter Red Crayola et prendre du plaisir à réécouter Thriller de Michael Jackson, qui se situe au plus haut niveau. Nous avons toujours envisagé la musique loin des concepts, qu’elle soit underground ou mainstream.

Et pourtant, c’est avec votre dernier album, qui n’est pas forcément le plus abordable, que vous accédez enfin au succès en France.

Oui, contre toute attente. Ce disque que nous souhaitions réaliser en deux mois, nous l’avons fait en deux ans. Les paroles se veulent critiques, les structures sont complexes, mais au lieu de perdre des fans,  nous en avons gagné beaucoup. Notre album d’avant était plus populaire, mais c’est avec celui-là que nous obtenons la consécration. Tout cela est anecdotique, mais on ne peut nier notre plaisir à obtenir ce succès, même si ça reste incroyable pour nous.

Il y a un retour au format chanson chez des groupes américains comme Au Revoir Simone ou Chairlift et quand on les interroge, ils vous citent vous comme l’une de leurs influences.

Je n’avais pas conscience de l’influence que nous pouvions exercer. Il est vrai qu’on se sentait isolés, il y a encore 5 ans. Là, aujourd’hui, on ne fait pas forcément la même musique, mais on se sent proches de plein de jeunes groupes. L’attitude est commune, elle est voisine. Ça peut être Chairlift qu’on a invité à ouvrir pour nous récemment en France, mais aussi des groupes comme Grizzly Bear. On peut constater un état d’esprit général orienté vers une forme pop nouvelle. Par exemple, je suis très fan des Dirty Projectors. Leur dernier album est une vraie réussite. Ils constituent pour moi l’avant-garde musicale aujourd’hui.

Y a-t-il une collaboration à laquelle vous rêveriez aujourd’hui ?

À quatre, nous avons développé une manière de faire de la musique qui est assez singulière : moi, seul, je ne vaux rien par exemple, et il en va de même pour les autres membres du groupe. On ressent le besoin de nous enfermer tous les quatre dans une pièce et de travailler beaucoup, et du coup il n’est pas simple pour nous d’inviter d’autres personnes. On a déjà essayé, mais ça n’a jamais fonctionné, sauf pour le dernier avec Philippe Zdar. Mais là, c’était un copain. Je ne sais pas pourquoi, mais nous n’arrivons pas à accueillir une cinquième personne et c’est comme ça depuis qu’on a quatorze ans.

Propos recueillis avec Coline Madec
Photo : Antoine Wagner

Phoenix en concert le 21 mars à La Vapeur, à Dijon ; le 24 mars à l’Autre Canal, à Nancy
03 80 609 610 –
www.lavapeur.com
www.lautrecanalnancy.fr

This is it!

Sans y prendre garde, une décennie se termine ! C’est amusant, mais celle-ci ne porte pas de nom : les 00’s, les années 2000 ? Les années zéro ? On les aura vécues sans les nommer, peut-être les nommera-t-on plus tard, mais rien n’est sûr…

Elles ont pourtant débuté avec la promesse d’un siècle à venir, le XXIe. Elles ont surtout débuté avec un drame qui a marqué les consciences : le 11-Septembre 2001. L’événement a fixé les orientations politiques que l’on sait, rétrogrades, suspicieuses, et abouti à un discours généralisé : la logorrhée des nains, après celui des borgnes. Le cynisme est ambiant, et la crise n’en a malheureusement pas eu raison, même si un espoir s’est fait jour récemment.

À l’heure des bilans, la question se posera forcément : un événement, un film, un disque, un roman, un objet, que sais-je ?

C’est drôle, mais spontanément, j’ai le souvenir du premier album des Strokes. Le NME faisait sa “une” : ce groupe va changer vos vies ! Le slogan avait été déjà utilisé tant de fois que j’aurais pu ne pas y croire, mais là j’avais envie d’y croire, vraiment : la bouille de Julian Casablancas and co m’y incitait. Une courte vidéo diffusée sur MTV2 confirmait la part de fantasme que je pouvais associer à ce jeune groupe new yorkais…

Il a suffi d’un pressage australien, posé là négligemment sur les rayonnages de la FNAC, deux mois avant la sortie officielle du disque aux États-Unis et en Europe pour que je succombe définitivement. Il semblait être posé là pour moi ; comme dans un songe, le disque s’adressa à moi :

« Tu viens, chéri ? (le disque me connaissait assez pour trouver les bons mots)

- C’est combien ?

- 24€50 ! Mais tu sais, en étiquette verte, je te fais tout ce que tu veux pour 21€50… Mais alors, prends-moi de suite ! »

Je n’ai pas cherché à me laisser convaincre davantage. Il m’aura fallu les 3 minutes nécessaires pour passer à la caisse, et déchirer rageusement le scellé. Une fois à la maison, je savais que la compétition était terminée : la décennie musicale s’achevait à peu près aussi vite qu’elle n’avait commencé. Les White Stripes, Radiohead, Portishead, et tous les autres, The Flaming Lips, MGMT, Midnight Juggernauts, Santigold n’y changeraient rien : j’étais en train d’écouter le disque qui allait me permettre de traverser les vicissitudes d’une vie rendue incertaine par les événements extérieurs. En vrac, le 21 avril 2002, l’élimination de la Coupe du Monde en Asie, l’avènement de Nicolas Sarkozy à l’intérieur, le retour de l’état policier, la guerre en Afghanistan, les mensonges de W. Bush, la guerre en Irak, les très mauvais films de Michael Moore, l’essor de la nouvelle chanson française, l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République, l’ouverture, la rupture, la déconfiture, celle de la gauche et de nos derniers idéaux, l’annonce de la grippe aviaire, la crise économique, la disparition du RCS, la grippe H1N1… Le disque posait la question : Is This It ? J’avais le sentiment que ça n’était pas cela, et qu’on n’était malheureusement pas au bout. Symboliquement, le disque a été censuré à deux titres : sa pochette, jugée obscène aux États-Unis, a été remplacée par un visuel architectural, et la chanson New York City Cops – They ain’t too smart ! – a été supprimée du track-listing. Forcément, on s’en prenait à la mémoire des héros…

Le disque posait une question : Is This It ?, et étrangement, la réponse nous a été donnée par la sortie du film sur la répétitions de la dernière tournée de Michael Jackson, intitulé This is It! Derrière cette affirmation d’une fin brutale, on y voit comme un signe : cette décennie, on n’a pas forcément souhaiter la vivre, mais on nous dit qu’elle est déjà terminée, elle a débuté par un question, elle se termine par une fin de non-recevoir. On tirera un jour les enseignements, on la baptisera, peut-être se souviendra-t-on même des événements (très) heureux, (très) nombreux, mais il nous faudra du temps.