EntreVues 2010, journal de bord #1

1. / 30 novembre 2010 – Avec Olivier Legras, nous sommes au Festival International du film de Belfort, EntreVues, jusqu’au samedi 4 décembre, pour une série d’émissions enregistrées dans les conditions du direct pour flux4, notre webradio.

mots&sons_docteurchanceArrivée en douceur, dans un froid sibérien – la ville est sous la neige, comme une partie de l’Est de la France ! Le temps incite à s’enfermer dans des salles obscures, nous en avons profité pour voir deux films en salle : Docteur Chance de F.J. Ossang et Une Aventure de Billy the Kid de Luc Moullet avec Jean-Pierre Léaud.

F.J. Ossang, je l’avais découvert en 1984 avec son premier long métrage, L’Affaire des Divisions Morituri, dont je garde le souvenir d’un enthousiasme délirant et d’une bande-son d’exception – la présence de Throbbing Gristle, notamment.

Avec Docteur Chance, un long métrage en couleur tourné au Chili, nous sommes en présence d’un road-movie très esthétique – à mi-chemin entre Leos Carax et Jean-Baptiste Mondino –, qui comprend quelques instants de fulgurance, malgré certaines longueurs. Naturellement, la présence rayonnante de Joe Strummer à la fin du film en Vince Taylor, reclus et appareillé, ne peut que nous émouvoir. Elle nous émeut autant que celle d’Elvire dont l’extrême sensualité illumine cette escapade onirique à la limite du cauchemar éveillé.

Tu dis : il ne reste rien d’autre que les mots. Mais tu n’écris plus, adieu !

Cette phrase formulée entre deux injonctions de William S. Burroughs, ne cesse de trotter dans la tête, inlassablement durant toute la projection.

Tu dis : il ne reste rien d’autre que les mots. Mais tu n’écris plus, adieu !

Le cut-up se construit tout seul, mentalement :

“Tu dis adieu – Il ne reste rien d’autre que les motsque les mots, adieu
mais tu dis rien

À DIEU, rien que les mots – les mots
mais tu n’écris plus – rien
adieu
rien”

On enchaîne avec Une Aventure de Billy the Kid, un long métrage de 1970 de Luc Moullet. Ce film, je l’avais déjà vu à l’époque du ciné-club LimeLight, mais je n’en gardais aucun souvenir précis. Je retente l’expérience, et du coup me souviens de ce qui m’avait plu lors de cette première vision : Jean-Pierre Léaud, au sommet de son art, est génial et outrancier au côté d’une jeune actrice, Rachel Questerber, qui nous rappelle que le cinéma est surtout une affaire de sens(ualité).

La salle est dissipée, hilare, et se partage entre incrédulité et totale adhésion. Les jeunes gens présents semblent découvrir une forme singulière, qui leur était jusqu’alors étrangère. L’esprit piraterie semble se diffuser à travers le festival ; les consciences en sortent parfois ébranlées, mais rien n’est-il plus profitable qu’une conscience prête à s’ouvrir à nouveau, loin des modèles imposées par une société assassine. Avec humour, Luc Moullet nous a conduit vers un ailleurs ; lui, le grand marcheur (et cycliste à ses heures) nous invite à cheminer à ses côtés. Nous sommes prêts à lui emprunter le pas…

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“Sweet” Jeanne à Sainte-Marie-aux-Mines

Une photo publié dans L’Alsace du 9 octobre de la performance I’ll be your mirror autour du Velvet Underground, par le flux4 quartet. “Sweet” Jeanne Barbieri en pleine improvisation sur les voix samplés d’un texte de Sylvia Plath lu par Pascale Garat, à côté des vidéos traitées en direct par Olivier Legras, dans le kino-underground pour l’inauguration du festival C’est dans la Vallée (la dixième édition anniversaire).

Dans les DNA du samedi 9 octobre, un compte-rendu signé Anne Muller : “Rebaptisé l’Underground Kino, le sous-sol du superbe théâtre centenaire de Sainte-Marie-aux-Mines a accueilli une performance vidéo-radiophonique live du flux4 quartet, autour du Velvet Underground. Balbutiements, borborygmes, gazouillis dans les oreilles, neige de points colorés, galop de pixels obèses – C’est I’ll be your mirror.”

Parmi les sons samplés : Sunday Morning, All Tomorrow’s parties, There is No Reason [demo], Femme Fatale, Venus in Furs [demo], Venus in Furs [flux ‘Orphée’ mix], The Gift, etc…

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Vidéo de Rodolphe Burger à La Boutique

L’intégralité du set acoustique de Rodolphe Burger (avec Jeanne Barbieri et Marco de Oliveira) à La Boutique en écoute dans l’espace podcast sur flux4.

Les photos d’Éric Antoine à découvrir ici.

Un petit extrait en vidéo du set. Images : Nicolas Schuster (agence My Client is Rich).

Andy Warhol & The Velvet Underground: reflect what you are

À intervalle de plus en plus rapproché, Andy Warhol et le Velvet Underground nous reviennent comme des certitudes. Peut-être incarnent-ils ensemble ou séparément une voie artistique perverse, subversive, mais surtout indépendante ? Ils sont à l’honneur à La Filature et au festival C’est dans la Vallée.

mots&sons_AndyWarhol_TheVelvetUndergroundAndy Warhol avait peur de la mort. Il en disait : « Je suis tellement malheureux quand j’en entends parler. Il me semblait que les choses revêtaient une dimension magique, et que jamais la mort ne devait arriver. » Et pourtant, à les regarder de près, les Screen Tests ne sont-ils autre chose que des Vanités, ces images qui nous rappellent notre condition de mortel. Ici, nul besoin de figurer des crânes, l’extrême insouciance des modèles suggère une issue fatale. Dans ces pièces de 4 mn réalisées entre 1964 et 1966 en 16 mm à la caméra Bolex, Andy Warhol fige un instant quasi statique à la manière de certains portraits de la Renaissance – on pense à certains tableaux du Titien, quand ce dernier plaque sa figure sur un fond noir, comme c’est le cas dans le Portrait de Ranuccio Farnese, Le Concert et bien sûr L’Homme au gant, des portraits qui « portent des jugements sur les hommes de son temps », comme le signale très justement l’historien de l’art Louis Hourticq au début du XXe siècle. Warhol, dans sa geste non narrative, porte-t-il lui aussi un jugement sur les hommes de son temps, rien n’est sûr : la consigne de limiter les mouvements avait pour finalité de renvoyer l’image du modèle à celle du visiteur qui devait se reconnaître en elle comme s’il se retrouvait face à un miroir. Le volume des 500 Screen Tests recensés devait confronter, dans un effet hypnotique, les deux images et permettre d’« aider les “audiences” à mieux se connecter à elles-mêmes. »

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I’ll be your mirror / Reflect what you are, in case you don’t know.
The Velvet Underground, I’ll Be Your Mirror

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À regarder les Screen Tests les uns après les autres, entre l’intention initiale et le résultat final, des décalages se créent, et le récit s’invite malgré tout. Si certains se prêtent au jeu, comme Susan Bottomly, un jeune modèle de Boston, le designer Billy Name ou Richard Rheem, un éphèbe californien, d’autres prennent leur distance par rapport au dispositif : Dennis Hopper ne peut s’empêcher de jouer avec la caméra, s’interroger, regarder à gauche, puis à droite, cligner des yeux et même manifester une certaine impatience, pour finalement sourire et hocher de la tête, comme s’il venait d’admettre quelque chose. D’autres enfin s’émancipent du dispositif imposant une forme de distance, voire d’arrogance, comme c’est le cas avec Lou Reed – sublime avec sa bouteille de Coca –, Nico, particulièrement remuante ou encore Baby Jane Holzer, la collectionneuse d’art, qui adopte des postures suggestives avec sa brosse à dent et son dentifrice.

Après, il reste le cas du Screen Test d’Ann Buchanan, une jeune poétesse qui a partagé son appartement avec Allen Ginsberg et Neal Cassady. Au bout de quelques minutes, cette très belle femme aux longs cheveux bruns laisse perler des larmes de ses yeux à force de les maintenir ouverts, dans un effet narratif stupéfiant qui a ému jusqu’à Warhol lui-même.

Enfin, on peut signaler le cas d’Edie Sedgwick qu’on découvre craintive, voire apeurée. Les images qui en résultent tranchent avec des photos qu’on connaît d’elle – notamment, les séries de photomatons. On surprend l’icône en train de soupirer, comme si l’épreuve était devenue insoutenable. On ne peut s’empêcher de penser que cette jeune femme magnifique mesure à cet instant précis le drame qui est en train de se jouer pour elle.

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avec des jambes si longues et je la suppliais de danser avec moi sans jamais avoir la chance de lui plaire / oh c’est injuste
Patti Smith, Edie Sedgwick (1943-1971)

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Les Screen Tests se regardent en silence, sans fond sonore, mais pour l’édition DVD chez Plexifilm, l’ex-Galaxie 500 et ex-Luna Dean Wareham est sollicité par le Andy Warhol Museum pour mettre les Screen Tests en musique. C’est ce qu’il fait avec son épouse, Britta Philipps. Il en résulte une série de compositions, qui pour paraître un peu vaines en accompagnement du DVD, prennent tout leur sens sur scène. L’idée de jouer les morceaux en formation et de projeter les Screen Tests sur écran, renoue avec le concept multimédia total – musique, vidéo, danse et performance –, The Exploding Plastic Inevitable, qu’Andy Warhol initiait autour des concerts du Velvet Underground.

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« Comment définiriez-vous un groupe comme celui-là, qui passe de Heroin à Jesus en deux courtes années ? »
Lester Bangs dans Rolling Stone #33, 1970

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« Être plus Velvet que le Velvet ! » Quand il s’attaque au répertoire du célèbre groupe new-yorkais, Rodolphe Burger ne cherche ni à imiter, ni à reproduire, ni même à incarner, il s’approprie les chansons et les interprète comme s’il les avait écrites lui-même. C’est l’une des constantes de son approche de la reprise – « La reprise n’est jamais innocente, elle nous inscrit dans ce qu’on est et dans ce qu’on devient. Elle est le signal d’une provenance », nous explique-t-il. Aucune innocence donc dans le fait que ce soit justement le Velvet, groupe auquel on a souvent comparé Kat Onoma de manière parfois paresseuse, qui fait l’objet à son tour de reprises, après celles très remarquées d’Iggy Pop ou de Joy Division.

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If I could make the world as pure and strange as what I see / I’d put you in the mirror I put in front of me / I’d put in front of me
The Velvet Underground, Pale Blue Eyes

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Cette création produite par la scène nationale de Sète, Rodolphe et ses invités ont aujourd’hui à cœur de l’offrir au public de Sainte-Marie-aux-Mines, pour le dixième anniversaire du festival C’est dans la Vallée, dans le cadre d’une thématique globale autour du Velvet Underground qui intègre une conférence du critique rock Bruno Blum.

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Le Velvet est aujourd’hui le groupe le plus créatif en Amérique, dans la mesure où il investit un espace que la plupart des  groupes cherchent à fuir en studio : la vie.
Lenny Kaye, dans New Times, le 20 avril 1970

Article publié dans Novo #10 (septembre 2010)

13 Most Beautiful… Songs for Andy Warhol’s Screen Test, ciné-concert de Dean & Britta les 7 et 8 octobre à La Filature
www.lafilature.org

Le Velvet de Rodolphe Burger, concert le 8 octobre au festival C’est dans la Vallée au Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines
www.cestdanslavallee.com

À signaler la performance du flux4 quartet I’ll Be Your Mirror le 7 octobre en inauguration du festival C’est dans la Vallée au Kino Underground en sous-sol du Théâtre de Sainte-Marie-aux-Mines.

I’ll be your mirror, performance vidéo-radiophonique de flux4 à C’est dans la Vallée !

mots&sons_TheVelvetUnderground_Nico_UndergroundKino

C’est officiel, le flux4 quartet (Pascale Garat, Jeanne Barbieri, Olivier Legras et Emmanuel Abela) est programmé pour une performance vidéo-radiophonique autour du Velvet Underground le 7 octobre, au moment de l’inauguration du festival C’est dans la Vallée, à l’Underground Kino – entendez, le sous-sol du Théâtre aménagé en cinéma permanent durant les quatre jours du festival (du 7 au 10 octobre).

Au programme, échantillons saturés du Velvet, voix, vidéo et images travaillées en live.

La thématique de la performance est inspirée d’un texte de Jon Savage, extrait de l’ouvrage collectif The Velvet Underground, Un mythe new-yorkais :

Reflet dans un miroir : Andy Warhol, le Velvet Underground et l’année 66.

Extrait : « Le miroir est un concept malléable, contradictoire : dur et précis, argenté et sybillin. Il peut refléter l’âpre réalité du matin ou bien offrir une ouverture sur un autre monde – au sens littéral dans l’incomparable Orphée de Jean Cocteau. »

Un autre texte servira de fil conducteur, il est signé Sylvia Plath. Il nous est suggéré par Pascale avec beaucoup d’à-propos :

Mirror (1961)

I am silver and exact. I have no preconceptions.
Whatever I see, I swallow immediately.
Just as it is, unmisted by love or dislike
I am not cruel, only truthful –
The eye of a little god, four-cornered.
Most of the time I meditate on the opposite wall.
It is pink, with speckles. I have looked at it so long
I think it is a part of my heart. But it flickers.
Faces and darkness separate us over and over.

Now I am a lake. A woman bends over me.
Searching my reaches for what she really is.
Then she turns to those liars, the candles or the moon.
I see her back, and reflect it faithfully
She rewards me with tears and an agitation of hands.
I am important to her. She comes and goes.
Each morning it is her face that replaces the darkness.
In me she has drowned a young girl, and in me an old woman
Rises toward her day after day, like a terrible fish.

Le flyer de l’exposition d’Ayline Olukman à La Boutique

Le flyer réalisé par Brokism pour la prochaine exposition d’Ayline Olukman, à partir du 3 septembre à La Boutique au 10, rue Ste Hélène à Strasbourg.

Le vernissage est prévu le 3 septembre à 18h30.

mots&sons_AylineOlukman_flyer_LaBoutique_rectomots&sons_AylineOlukman_flyer_LaBoutique_verso

Le flux-jukebox à plein tube !

mots&sons_FabioViscogliosiLa programmation radio sur le web permet parfois des enchainements inespérés. Ce matin sur le flux :

Alice Russell, Turn and Run
Kat Onoma, Missing Shadow Blues,
The Who, Armenia City in The Sky,
David Bowie, Starman
The Beatles, Julia
Fabio Viscogliosi, Quasi Nello Spazio
The Coral, 1000 Years
Danger Mouse & Sparklehorse (ft. The Flaming Lips),
Hot Chip, Hand Me Down Your Love

On a beau se dire que la machine est largement assistée dans ses choix, quand elle se connecte sur vos envies pop sans que vous n’ayez besoin d’intervenir, ça n’est que du bonheur…

flux4 en écoute sur www.flux4.eu

Les Beatles à Hambourg, immer !

mots&sons_BambiKino_SomeOtherGuy_singleLes Beatles à Hambourg, ça va bientôt faire 50 ans !

Le très actif label hambourgeois Tapete Records célèbre l’événement à sa façon : les 17, 18, 19 et 20 août prochains, à l’Indra Musikklub, il recrée le son des Beatles de l’époque du Bambi Kino – le cinéma porno dans lequel les fab four avaient joué durant leur séjour.

Le groupe éphémère Bambi Kino formé pour l’occasion, qui comprend Erik Paparazzi (de Cat Power), Ira Elliot (de Nada Surf), Mark Rozzo (de Maplewood) et Doug Gillard (de Guided by Voices), redonne vie à l’esprit rock’n'roll pionnier des Beatles première époque…

Un single est publié : Some Other Guy, avec en face B, Falling in Love Again. Sur la période, il sera diffusé sur la webradio européenne flux4.

À noter que le concert sera filmé et diffusé sur Arte le 29 août à 23h15.