Connaissez-vous Syd Barrett ?
4 avr
Publié par Emmanuel Abela dans Musique M&S
Les TV Personalities chantaient I know where Syd Barrett lives, Benoît Grimalt, lui, pose la question : Do you know Syd Barrett ? (titre provisoire) Dans son ouvrage publié chez Poursuite Éditions, il nous relate sa rencontre avec l’ex-leader de Pink Floyd, le jour de sa mort en 2006. Une chanson extraite d’un de ses disques solo, Dominoes, lui révèle les « dissonances de sa musique. » Partant du principe, qu’il ne le croisera jamais – « It is obvious » –, il n’en part pas moins à sa rencontre, à Cambridge, lieu de retraite définitive de l’idole “décérébrée”. Il parcourt les rues de la ville et nous rapporte des photos qui, tout en pointant son absence, isole des traces de son passage : une bâtisse, un mur, un parc, un cimetière fleuri, un pavement, des gens dans la rue qui connaissaient ou ne connaissaient pas Syd Barrett. Il en résulte un petit ouvrage singulier sur la base d’une série de photos très attachantes : un hommage très humble à la figure de légende.
Benoît Grimalt, Do you know Syd Barrett ?, Poursuite Éditions / R-diffusion
*
En complément de la lecture de l’ouvrage de Benoît Grimalt, il est recommandé de se plonger dans Crazy Diamond, Syd Barrett & The Dawn of Pink Floyd, de Mike Watkinson & Pete Anderson, publié chez Omnibus Press.
Outre le récit très précis des premières années de Pink Floyd, ainsi que des enregistrements en solo, on découvre des chapitres complémentaires sur la période de Cambridge. S’y trouve relatée la visite de Syd Barrett dans les studios d’Abbey Road, durant la session d’enregistrement de Wish You Were Here – l’album qui lui dédié, au même titre que certains passages marquants de Dark Side of The Moon.
En effet, le 5 juin 1975, David Gilmour repère la présence d’un gars, les cheveux rasés, affecté d’un embonpoint saisissant, qui traverse le studio 3. « Ce gars regardait le matériel, et dans un premier temps, je pensais qu’il s’agissait d’un membre du staff d’EMI. Par la suite, il s’est pointé dans la salle de contrôle du studio. Il est resté là un long moment, et nous étions en train de nous poser la question de ce bonhomme étrange. »
Le même jour, Syd se présente au banquet de mariage de son ami David Gilmour, habillé de blanc de la tête aux pieds, portant un sac blanc. Gilmour, alerté par un ami, va à sa rencontre, avant de se rendre compte qu’il s’agit de Syd. Quand il lui demande comment il va, ce dernier râle parce que son ami a mis du temps à le reconnaître, puis il regarde longuement la future épouse, avant de disparaître…
*
On me pose parfois la question du disque fétiche. Assurément il s’agit de The Madcap Laughs, le premier album de Syd Barrett en solo, enregistré en compagnie de Roger Waters et David Gilmour du Floyd, mais aussi des membres de Soft Machine, Hugh Hopper, Mike Ratledge, Robert Wyatt (sur No Good Trying et Love You).
*
Le témoignage de Dashiell Hedayat :
« J’ai une grande tendresse pour Syd Barrett. Je l’ai rencontré grâce à un type merveilleux qui, depuis, s’est fait un très grand nom, Mick Rock. À l’époque, il commençait à être le photographe attitré de David Bowie, de Pink Floyd et des Rolling Stones. C’est lui qui m’avait amené chez Syd parce qu’il était très ami avec lui ; il était d’ailleurs pratiquement le dernier à lui rendre visite. À cette époque, David Gilmour continuait à aller le voir un peu alors que Roger Waters qui était odieux ne le supportait déjà plus. Syd avait une relation privilégiée et arrivait à se libérer avec Mick, à communiquer et à se sortir de ses angoisses terrifiantes. Puis, il se refermait. Si vous vous souvenez de la pochette de The Madcap Laughs, c’est comme cela que je l’ai rencontré ; il était vraiment comme sur le disque, assis sur le parquet : il ne voulait plus bouger le pied de peur que le monde ne s’écroule. »
Propos recueillis avec Jean-Luc Billing en 1997 pour LimeLight
*
À écouter : Pink Floyd, The Piper at the Gates of Dawn (édition du quarantième anniversaire ; version mono, version stéréo + alternate takes avec reproduction de Fart Enjoy, le fac-similé d’un collage de 1965), EMI ;
Syd Barrett, The Madcap Laughs, EMI ;
Syd Barrett, Barrett, EMI ;
Syd Barrett, Opel, EMI.
*
Une superbe vidéo de 1967 en N&B de See Emily Play du Floyd (une composition de Syd Barrett), avec à l’écran Syd himself à la guitare, Roger Waters à la basse, Richard Wright aux claviers, Nick Mason à la batterie. Le single atteint la 6ème place dans les charts britanniques, mais la chanson est absente de l’album The Piper at the Gates of Dawn, on la retrouve sur les compilations Relics, Works et Echoes. Elle constitue l’un des premiers classiques pop du groupe.





