Bilan musical 2011 : étincelles éparses

Mots&Sons_JoshTPearsonAnnée 2011, année de fièvre politique et sociale à l’échelle mondiale, et pourtant année de transition musicale : peu de coups de cœur, peu de révélations, peu de confirmations. Tout au plus quelques étincelles éparses ont-elles égayé notre quotidien ci ou là.

En haut, tout en haut, Josh T. Pearson : un disque tous les dix ans, mais quasi le disque de la décennie à venir. Puis, la seule vraie révélation de l’année, aussi bien sur disque que sur scène, l’Australien néo-Londonien Connan Mockasin. Un titre nous a alerté tôt au début de l’année, et puis l’album, sorte de work in progress entre jazz, psychédélisme et avant-garde. Nous n’avons pas encore épuisé son Forever Dolphin Love que nous attendons la suite avec impatience. En troisième place, les Strokes, avec un album qui n’a peut-être pas été apprécié à sa juste valeur : disque sans doute trop évident avec ses relents 80’s FM, mais la pop ne se vit-elle pas également sur un  mode immédiat ? L’autre disque qui nous aura accompagné, quelle que soit la saison, le troisième album de Metronomy, The English Riviera : une merveille pop, qui s’appuie aussi bien sur un héritage 70’s inavoué que sur les plus belles tentatives new wave. De même pour Anna Calvi : nous avons débuté l’année avec elle, puis nous l’avons poursuivi avec ce constitue un vrai classique. Nous nous sommes également laissé envelopper dans la douceur du dernier Kurt Vile, et notamment son Baby’s Arms, ritournelle entêtante à laquelle nous sommes retournés sans cesse. (nota : le titre est à télécharger gratuitement sur le site de Kurt Vile).

Puis, en vrac, d’autres merveilles, Other Lives, et parmi les valeurs sûres les albums de Feist – sans doute son meilleur disque à ce jour –, PJ Harvey – disque de l’année dans Mojo –, Bill Callahan ou Bonnie ‘Prince’ Billy. Certains s’étonneront de la présence des Feelies. Ce come back est passé inaperçu, et pourtant à l’écouter de près, ce cinquième album, sans atteindre le niveau de certains de ses brillants prédécesseurs, ne mérite pas d’être écarté avec dédain, comme certains l’ont fait, mais d’être évalué comme une perle pop. Après un petit passage du côté de l’Afrique, Seun Kuti et Tinariwen précèdent un joli duo americana, Fleet Foxes – quelque chose continue de me chagriner, mais je suis sur le point de succomber –, et Jonathan Wilson, un artiste qui devrait s’imposer en 2012, une fois dégagé de ce mimétisme qui le conduit à puiser son inspiration de manière presque trop évidente chez Elliott Smith. Pour le reste, des disques qui correspondent à des instantanés pop ou électro – selon les cas –, Eleanor Friedberger, Radiohead, Cass McComb, Girls, A Second Of June ou The Drums, avec une mention spéciale pour le joli travail de Jamie XX sur l’album de Gil Scott Heron et l’étrangeté signée Peaking Lights sur Domino ou Caged Animals, parmi les promesses d’avenir.

1. Josh T. Pearson, Last Of The Country Gentlemen
2. Connan Mockasin, Forever Dolphin Love
3.
The Strokes, Angles
4.
Metronomy, The English Riviera
5.
Anna Calvi, Anna Calvi
6.
Kurt Vile, Smoke Ring For My Halo
7.
Other Lives, Tamer Animals
8.
Feist, Metals
9.
PJ Harvey, Let England Shake
10.
Bill Callahan, Apocalypse
11.
Bonnie ‘Prince’ Billy, Wolfroy Goes To Town
12.
The Feelies, Here Before
13.
Tinariwen, Tassili
14.
Seun Anikulapo Kuti & Egypt 80, From Africa With Fury
15.
Fleet Foxes, Helplessness Blues
16.
Jonathan Wilson, Gentle Spirit
17.
Gil Scott Heron & Jamie XX, We’re New Here
18.
Eleanor Friedberger, Last Summer
19. Radiohead, The Kings Of Limbs
20.
Cass McComb, Humor Risk
21.
Girls, Father, Son, Holy Ghost
22.
A Second Of June, Psychodrama
23.
The Drums, Portamento
24.
Peaking Lights, All The Sun That Shines
25.
Caged Animals, Eat Their Own

Les absents : Wu Lyf (on me posera forcément la question, alors : un disque dont je n’arrive pas à mesurer la subtilité si subtilité il y a, ni la violence si violence il y a, ni l’intérêt d’ailleurs si intérêt il y a), Baxter Dury (trop inconsistant pour survivre à la troisième écoute), James Blake (une énigme mélodique, d’où un agacement profond), The Black Keys (des tubes, des tubes, mais pas grand chose au final), Björk (il fut un temps où on l’aimait tant…), Arctic Monkeys (beaucoup de plaisir tout de même), Beirut (ça fait bien longtemps que j’ai décroché), The Horrors (et pourtant), Bon Iver, Laura Marling, etc.

Rééditions :

1. The Beach Boys, SMILE
2. The Red Crayola, The Parable Of An Arable Land
3.
The 13th Floor Elevators, Bull Of The Woods
4.
Serge Gainsbourg, Intégrale
5. The Smiths, Complete
6.
The Kinks, Kinda Kinks
7.
Pink Floyd, Wish You Were Here
8.
Tim Buckley, Tim Buckley
9.
Mickey Newbury, An American Trilogy
10.
The Flying Burrito Brothers, Authorized Bootleg / Filmore East, New York (Late Show, November 7, 1970)
11. V/A Sounds from the South (At The Crossroads Of Rock, Country and Soul) (Bobbie Gentry, Lynyrd Skynyrd, Big Star, Linda Ronstadt)
12. Tindersticks, Claire Denis Film Scores (1996-2009)
13. Mercury Rev, Deserter’s Songs
14.
The Fall, This Nation’s Saving Grace
15.
V/A Invasion Of The Mysteron Killer Sounds (King Jammy, Diplo, King Tubby…)
16. Can, Tago Mago
17.
Primal Scream, Screamadelica
18.
Phil Spector, The Philles Album Collection
19.
The Rolling Stones, Some Girls
20. Paul McCartney, McCartney II

Inutile de résister à la vague SMILE. Maintes et maintes fois annoncés, puis maintes et maintes fois repoussés, on n’y aura finalement cru qu’une fois l’objet entre les mains, et encore ! le résultat est-il à la hauteur de nos attentes, mais peut-être à trop noyer le disque original dans ses déclinaisons en studio, des chutes très voire trop nombreuses, en arrive-t-on à nous détourner du plaisir initial. Rien à redire en revanche en ce qui concerne les rééditions de The Red Crayola ou des 13th Floor Elevators, la vraie bonne surprise de l’année : des doubles CD remastérisés juste ce qu’il faut et augmentés sans surenchère.

Pour le reste, des intégrales attendues, celles des Smiths et de Serge Gainsbourg, de belles rééditions des Kinks dans des éditions Deluxe, un vrai plaisir avec la réédition des disques de Pink Floyd, dont finalement se détache de plus en plus ce Wish You Were Here mélancolique et puis quelques très belles surprises : la réédition du premier album de Tim Buckley chez Rhino, la découverte de la trilogie de Mickey Newbury, entre autres petites choses délicieuses, Tindersticks (joli coffret de toutes les musiques de films pour Claire Denis, dont l’indispensable Trouble Every Day), Can, Mercury Rev, The Fall ou Primal Scream. Et puis des perles : chez Rhino, un bootleg signé The Flying Burrito Bothers, en live au Filmore en 1970, sans Gram Parsons toutefois, et chez Soul Jazz Records, deux sélections incroyables : la première, Sounds From The South fait le point sur ces artistes folk ou country qui ont parfois lorgné du côté de la soul, et Invasion Of The Mysteron Killer Sounds, qui évoque les tentatives des artistes dub vers l’électro la plus abstraite, anticipant les développements dub-step.

Une demie déception toutefois en ce qui concerne le coffret de Phil Spector : ces galettes sont-elles à la hauteur du mythe ? Les Rolling Stones poursuivent leur travail de ré-évaluation de leur discographie 70’s. On redécouvre avec plaisir la vitalité de Some Girls, un album dont on a pu occulter l’importance pendant très longtemps, mais qui n’est pas moins révélateur de son temps, entre disco et blues déjanté (voire punk par certains aspects). On attend une réédition du même type pour Emotional Rescue, considéré aujourd’hui encore comme l’un des pires albums du groupe, et qui pourtant contient quelques pépites dont le single qui fait la synthèse du meilleur de la scène new yorkaise avant la grande bascule vers les années 80. Et enfin, une petite faiblesse, cette chose que mon entourage a du mal à comprendre, mais que je suis prêt à défendre avec un brin de mauvaise fois : le deuxième album solo de Macca. Ça ne s’explique pas, c’est comme ça, c’est Macca !

2009, bilan musical

Toutes les revues musicales y vont de leur classement annuel, concernant les albums de l’année, et c’est le disque Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective qui fait le grand chelem en Angleterre. Le disque est en tête des classements de Mojo, Uncut et de Clash, fait rarrissime.

En France, Magic ne le classe même pas parmi les 30 et place en tête Album de Girls (à signaler en 5ème position Common Use des Original Folks) ; les Inrockuptibles optent pour XX par The XX.

Mon propre classement :

1. Bill Callahan, Sometimes I Wish We Were An Eagle

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2. Original Folks, Common Use
3. Lee Fields & The Expressions, My World
4. Jeremy Jay, Slow Dance
5. The Drums, Summertime EP
6. Julian Casablancas, Phrazes For The Young
7. Arctic Monkeys, Humbug
8.
Tinariwen, Imidiwan: Companion
9. Benjamin Biolay, La Superbe
10. Girls, Album

11. The XX, XX
12.
Yacht, See Mystery Light
13. Fever Ray, Fever Ray
14.
Grizzly Bear, Veckatimest
15.
DM Stith, Heavy Ghost
16. Lhasa, Lhasa de Sela
17. Staff Benda Bilili, Très Très Fort
18. The Flaming Lips, Embryonic
19. Toy Fight, Peplum
20. Fuck Buttons, Tarot Sport
21. The Horrors, Primary Colors
22. Moderat, Moderat
23. Passion Pit, Manners
24. Wild Beast, Wild Beast
25. The Pains Of Being Pure At Heart, The Pains Of Being Pure At Heart

Année de transition, au cours de laquelle on constate peu de confirmations, mais l’émergence de groupes qui affirment le style des années à venir : l’inspiration est psychédélique, arty et minimaliste, sur la base de compositions complexes, qui aiment les détours multiples et les superpositions. Les années 2010 sont annoncées…

Après, du fait de la crise du disque sans doute, on a pu constater un soin particulier apporté aux rééditions en tout genre. Voilà un classement qui manifeste la richesse des disques et compilations édités en 2009 :

1. The Beatles, The Beatles Remasters (Stereo & Mono Boxset)

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2. Buddy Holly, Not Fade Away, The Complete Studio Recordings and More [6 CD Boxset]
3. Big Star, Keep an Eye On The Sky [4 CD Boxset]
4. Kraftwerk, The Catalogue [8 CD Boxset]
5. The Doors, Live In NY 1970 [6 CD Boxset]
6. Neil Young, Archives #1 [10 CD Boxset, 1963-72]
7. The Feelies, Crazy Rhythms / The Good Earth
8. Bauhaus, Mask / In The Flat Fields [2 & 3 CD Boxset]
9. The Raincoats, The Raincoats
10. R.E.M., Murmur / Reckoning
11. Billie Holiday, The Complete Commodore & Decca Masters [3 CD Boxset]


12.
Tricky, Maxinquaye [Deluxe Edition]
13. The Slits, Cut [Deluxe Edition]
14.
The Who, Sell Out [Deluxe Edition]
15. Bo Diddley, Ride On, The Chess Masters 1960-61
16. Chuck Berry, You Never Can Tell. His Complete Recordings 1960-66 [4 CD Boxset]
17. Betty Davis, Nasty Gal
18. The Marvelettes, Forever, the Complete Motown Albums vol.1 [3 CD Boxset]
19. Madness, One Step Beyond [Deluxe Edition]
20. V/A Can You Dig It? The Music and Politics of Black Action Films 1968-75

Tout a été dit sur la remastérisation des Beatles, attendue depuis plus de 20 ans. Le travail est à la hauteur de l’attente, il permet de redécouvrir le plus beau des catalogues pop, avec une chaleur nouvelle, inespérée.

mots&sons_BuddyHolly_littleBig Star, les Feelies, les premiers R.E.M., c’est un pan de la culture pop américaine qui est à nouveau révélée aux oreilles du grand public, avec une mention spéciale pour le superbe coffret de Big Star qui réévalue clairement la position de ce groupe maudit dans l’histoire.

Signalons le travail remarquable du label Hip-O Select, qui ne cesse de nous émerveiller avec ses compilations. Les dernières en date, le sublime Buddy Holly, un coffret de 6 CD dans un packaging historique, Billie Holiday, sous la forme d’un coffret 3 CD, et le troisième volume de la réédition intégrale des enregistrements de Bo Diddley. Pour les trois, le travail du son est à la hauteur des emballages pensés par des passionnés de la musique. Dans tous les cas, il s’agit d’éditions limitées, très vite convoitées sur le net, donc de réels collectors. Chez le même label, d’autres perles : James Brown, Live At The Garden / Live At The Casino, un coffret 3 CD des Marvelettes et le second volume de l’intégrale de Chuck Berry.

En ce qui concerne Kraftwerk, là aussi, une attente enfin récompensée : ces rééditions sont annoncées depuis des années, et le travail de remastérisation confirme ce que certains savent depuis longtemps, l’existence d’une œuvre pionnière, cohérente et visionnaire, unique dans l’histoire. Seul bémol, un packaging fainéant pour le coffret qui n’apporte rien de plus que les belles pochettes d’origine.

Enfin, The Raincoats, The Slits et Madness, qu’on resitue comme des groupes majeurs dans l’after-punk : une manière de rappeler l’importance de leurs productions respectives, trente ans après leurs sorties. Les rajouts, B-sides, enregistrements live, dub, nous confortent dans un plaisir d’ensemble.