L’hommage de Robyn Hitchcock à Alex Chilton

L’hommage très émouvant de Robyn Hitchcock à Alex Chilton décédé le 17 mars dernier :

‘It’s difficult to accept that Alex Chilton is gone and won’t be back. He was always around, in his wry, low-key way, decorating the music world with his casual brilliance. From Norway to San Francisco to Milan he would be standing out there by the flight cases to greet you with his quizzical smile. He had something of the ex-patriot in him: even at home in the US, he seemed like a gentleman visiting from the past, most comfortable on the fringe of things. His refusal to stand centre-stage in Big Star was typical of this: he was too big a star to need to prove it, perhaps.

The fount of indie-rock stems from him as much as from Arthur Lee, The Velvet Underground, and Syd Barrett. His lack of interest in stardom and all the steps up to it was, and will be, a constant inspiration to many of us, as much as his sweet, dark, soulful music. Myriad musical roads met in Alex, and he diverted their course to his own artistic purposes with much grace and few illusions. (…)

He and I enjoyed many smoky moments over the years – it’s sad and perplexing to think that  there’ll be no more. Last time I saw him we were exhaling out of a window in Shepherd’s Bush after the triumphant Big Star gig there in 2008. I can’t believe he’s not here any more. Alex?… Alex?’

Robyn Hitchcock, March 24 2010

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Philippe Manœuvre et Marie Meier, Angel Hearts

« Let me introduce myself… » Tout le monde connaît les premières paroles de Sympathy For The Devil des Rolling Stones. Le diable côtoie-t-il l’histoire du rock, depuis ses origines blues ? Philippe Manœuvre le démontre malicieusement dans Les Enfers du Rock, un livre qu’il co-signe avec l’illustratrice strasbourgeoise Marie Meier. Échange à l’occasion d’une séance de dédicace à Strasbourg…

D’après vous, le diable serait destinataire des meilleures compositions depuis l’avènement du rock…
Philippe Manœuvre : Dans la musique, on rencontre des gens qui ont des aptitudes surnaturelles, tel Jimi Hendrix. Ces grands musiciens donnent le sentiment de ne pas être de ce monde. Par ailleurs, le thème du diable est éternel : avant Robert Johnson, il y avait Faust. Ça m’a donc semblé très excitant de chercher à savoir comment le diable s’était manifesté dans le rock. Quant à Marie Meier, c’est l’un de ses thèmes de prédilection.

L’ouvrage accorde autant d’importance au texte qu’à l’illustration : comment vous y êtes-vous pris tous les deux ?
Philippe Manœuvre : Ça, c’est la leçon de Métal Hurlant ! J’ai travaillé pendant dix ans avec une génération de dessinateurs fabuleux, Moebius, Druillet, Frank Margerin, Hugo Pratt, Serge Clerc et Yves Chaland. Avec Marie, j’ai retrouvé le même plaisir : je lui raconte mes visions, et elle, elle les dessine ! Ça ouvre des portes, vous voyez…

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Pour une illustratrice comme vous, Marie, un tel ouvrage c’est du pain béni !

Marie Meier : Oui, l’approche est vite devenue instinctive. Avec Philippe, l’échange est d’une facilité presque déconcertante. J’avais des pistes, et j’essayais de les interpréter.
Philippe Manœuvre : Au départ, il y avait des images fortes qu’on voulait replacer dans un contexte rock : Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin ou des motifs de Klimt. Après, nous avons fait un travail de recherche iconographique. Pour figurer Brian Jones par exemple, nous n’arrivions pas à trouver l’expression que j’estimais être la bonne. Mais j’ai envoyé à Marie une image que j’avais prise avec mon téléphone et nous sommes parvenus à dessiner Brian Jones tel que je le voyais. À partir de là, Marie est arrivée à capturer absolument tout le monde. C’est donc elle qui portait le bouquin.

Le trait de Marie, avec celui de Thierry Guitar, dans Rock&Folk, est désormais un élément identifiant du magazine.
Philippe Manœuvre : Marie fait partie d’une nouvelle génération de dessinateurs. Elle a une grande aisance à jouer avec les signes qui viennent du rock’n’roll et du gothique, le tout brassé avec des influences diverses. Des gamins au Gibus ou dans les groupes de rock parisiens, et même certains journalistes, se font réaliser des tatouages à partir de ses dessins, c’est incroyable !

Vous-même, Marie, vous avez découvert des anecdotes méconnues…
Marie Meier :
J’en connaissais déjà certaines, mais j’en ai découvert d’autres. Ça m’ouvrait des perspectives intéressantes sur les artistes, comme pour Jim Morrison par exemple.

On a le sentiment d’avoir affaire à une véritable histoire du rock.
Philippe Manœuvre : Oui, c’est une histoire du rock, racontée au travers des affreux “jojos” du diabolisant. Après, je n’invente rien, je regarde, je mets bout à bout, et maintenant aux lecteurs de me dire si ça constitue une thèse, une théorie ou un grand article. Les fans de rock sont des animaux que je connais bien. Leur grand plaisir, c’est d’écouter un disque en lisant quelque chose sur l’artiste qu’ils sont en train d’écouter. Et là, je serais content si ça donnait envie de réécouter Beggars Banquet des Rolling Stones, Led Zeppelin IV ou des vieux disques de blues.

Y a-t-il une image qui se détache ?
Philippe Manœuvre :
La plus belle image est celle de Robert Johnson au Crossroads. Marie me l’a envoyé de nuit en me disant : « Ça y est, je le tiens ! » C’était un chapitre pour lequel nous n’avions pas d’illustration. Je lui avais fait parvenir les deux malheureuses photos existantes de Robert Johnson, très sombres, avec le sentiment que nous étions dans l’inconnu. Au moment où je découvre l’image de Marie, elle m’a semblé d’une luminosité absolument étonnante. Quand on crée ainsi à deux, on se retrouve parfois dans de vrais moments d’absolu !

Il y a bien des figures qui traversent l’ouvrage, dont certaines qu’on ne soupçonnait guère d’être en relation avec le malin. La première, Buddy Holly…
Philippe Manœuvre :
Oui, Buddy Holly, c’est de l’ordre de la malédiction. Pour l’anecdote, le producteur Joe Meek avait eu une vision de l’avion en flammes. Il a suivi la tournée de ville en ville, en disant : « attention, j’ai une prémonition ! »

Une autre surprise, Syd Barrett, figure presque angélique.
Philippe Manœuvre :
Oui, et en même temps, il y a le morceau Lucifer Sam. Il décrit un chat, un animal qu’on retrouve avec les penseurs, les philosophes… Avec cette chanson, il nous connecte avec tout ce qui nous intéresse chez les félins. Pourquoi Lucifer ? Il aurait fallu l’interroger, mais l’ami était resté bloqué de l’autre côté. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un fondamental du rock qui me poursuit depuis des années.

Une troisième figure maudite, Chris Bell.
Philippe Manœuvre :
Ah, Chris Bell de Big Star et le club des 27 [les artistes rock décédés à l’âge de 27 ans, ndlr]. Lui c’est pareil, foudroyé comme tant d’autres. La maman de Kurt Cobain lui disait : « J’espère que tu ne rejoindras pas le club des 27 ans. » Et pourtant, il l’a rejoint lui aussi…

Dans votre parti-pris plutôt Stones que Beatles, vous privilégiez les premiers et occultez presque les seconds, et pourtant les signes sont là – le signe du diable sur la tête de Lennon dans Yellow Submarine, notamment, des messages subliminaux, etc…
Philippe Manœuvre :
Oui, et la présence d’Alester Crowley  sur la pochette de Sgt Pepper. Pourquoi la présence de ce mage de seconde zone parmi les 50 personnalités du siècle ? Les Beatles, on ne pense jamais à eux, sauf les théologiens qui se sont intéressés aux bandes à l’envers et les messages qu’on découvre ainsi. Et puis, il y a la fameuse phrase de Lennon sur les Beatles plus célèbres que le Christ. Je me souviens, en 1966, j’ai douze ans ; mon père qui était instituteur rentre de l’école. Il appelle ma mère : « Viens, il faut que je te parle, c’est très grave ! » Il y a un conciliabule. « Les Beatles… plus célèbres que le Christ ! » Ma mère est consternée… Nous les gamins, on savait que c’était vrai. À partir de là, le mal envahit les Beatles, ces Chevaliers du bien qui finissent avec l’histoire de Charles Manson et son crime abominable. Lequel annonce la fin des sixties et de tout ce qu’on avait espéré de mieux.

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Photo : Christophe Urbain
Article publié dans Zut #4

Les Enfers du Rock
, Tana Éditions

2009, bilan musical

Toutes les revues musicales y vont de leur classement annuel, concernant les albums de l’année, et c’est le disque Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective qui fait le grand chelem en Angleterre. Le disque est en tête des classements de Mojo, Uncut et de Clash, fait rarrissime.

En France, Magic ne le classe même pas parmi les 30 et place en tête Album de Girls (à signaler en 5ème position Common Use des Original Folks) ; les Inrockuptibles optent pour XX par The XX.

Mon propre classement :

1. Bill Callahan, Sometimes I Wish We Were An Eagle

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2. Original Folks, Common Use
3. Lee Fields & The Expressions, My World
4. Jeremy Jay, Slow Dance
5. The Drums, Summertime EP
6. Julian Casablancas, Phrazes For The Young
7. Arctic Monkeys, Humbug
8.
Tinariwen, Imidiwan: Companion
9. Benjamin Biolay, La Superbe
10. Girls, Album

11. The XX, XX
12.
Yacht, See Mystery Light
13. Fever Ray, Fever Ray
14.
Grizzly Bear, Veckatimest
15.
DM Stith, Heavy Ghost
16. Lhasa, Lhasa de Sela
17. Staff Benda Bilili, Très Très Fort
18. The Flaming Lips, Embryonic
19. Toy Fight, Peplum
20. Fuck Buttons, Tarot Sport
21. The Horrors, Primary Colors
22. Moderat, Moderat
23. Passion Pit, Manners
24. Wild Beast, Wild Beast
25. The Pains Of Being Pure At Heart, The Pains Of Being Pure At Heart

Année de transition, au cours de laquelle on constate peu de confirmations, mais l’émergence de groupes qui affirment le style des années à venir : l’inspiration est psychédélique, arty et minimaliste, sur la base de compositions complexes, qui aiment les détours multiples et les superpositions. Les années 2010 sont annoncées…

Après, du fait de la crise du disque sans doute, on a pu constater un soin particulier apporté aux rééditions en tout genre. Voilà un classement qui manifeste la richesse des disques et compilations édités en 2009 :

1. The Beatles, The Beatles Remasters (Stereo & Mono Boxset)

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2. Buddy Holly, Not Fade Away, The Complete Studio Recordings and More [6 CD Boxset]
3. Big Star, Keep an Eye On The Sky [4 CD Boxset]
4. Kraftwerk, The Catalogue [8 CD Boxset]
5. The Doors, Live In NY 1970 [6 CD Boxset]
6. Neil Young, Archives #1 [10 CD Boxset, 1963-72]
7. The Feelies, Crazy Rhythms / The Good Earth
8. Bauhaus, Mask / In The Flat Fields [2 & 3 CD Boxset]
9. The Raincoats, The Raincoats
10. R.E.M., Murmur / Reckoning
11. Billie Holiday, The Complete Commodore & Decca Masters [3 CD Boxset]


12.
Tricky, Maxinquaye [Deluxe Edition]
13. The Slits, Cut [Deluxe Edition]
14.
The Who, Sell Out [Deluxe Edition]
15. Bo Diddley, Ride On, The Chess Masters 1960-61
16. Chuck Berry, You Never Can Tell. His Complete Recordings 1960-66 [4 CD Boxset]
17. Betty Davis, Nasty Gal
18. The Marvelettes, Forever, the Complete Motown Albums vol.1 [3 CD Boxset]
19. Madness, One Step Beyond [Deluxe Edition]
20. V/A Can You Dig It? The Music and Politics of Black Action Films 1968-75

Tout a été dit sur la remastérisation des Beatles, attendue depuis plus de 20 ans. Le travail est à la hauteur de l’attente, il permet de redécouvrir le plus beau des catalogues pop, avec une chaleur nouvelle, inespérée.

mots&sons_BuddyHolly_littleBig Star, les Feelies, les premiers R.E.M., c’est un pan de la culture pop américaine qui est à nouveau révélée aux oreilles du grand public, avec une mention spéciale pour le superbe coffret de Big Star qui réévalue clairement la position de ce groupe maudit dans l’histoire.

Signalons le travail remarquable du label Hip-O Select, qui ne cesse de nous émerveiller avec ses compilations. Les dernières en date, le sublime Buddy Holly, un coffret de 6 CD dans un packaging historique, Billie Holiday, sous la forme d’un coffret 3 CD, et le troisième volume de la réédition intégrale des enregistrements de Bo Diddley. Pour les trois, le travail du son est à la hauteur des emballages pensés par des passionnés de la musique. Dans tous les cas, il s’agit d’éditions limitées, très vite convoitées sur le net, donc de réels collectors. Chez le même label, d’autres perles : James Brown, Live At The Garden / Live At The Casino, un coffret 3 CD des Marvelettes et le second volume de l’intégrale de Chuck Berry.

En ce qui concerne Kraftwerk, là aussi, une attente enfin récompensée : ces rééditions sont annoncées depuis des années, et le travail de remastérisation confirme ce que certains savent depuis longtemps, l’existence d’une œuvre pionnière, cohérente et visionnaire, unique dans l’histoire. Seul bémol, un packaging fainéant pour le coffret qui n’apporte rien de plus que les belles pochettes d’origine.

Enfin, The Raincoats, The Slits et Madness, qu’on resitue comme des groupes majeurs dans l’after-punk : une manière de rappeler l’importance de leurs productions respectives, trente ans après leurs sorties. Les rajouts, B-sides, enregistrements live, dub, nous confortent dans un plaisir d’ensemble.