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		<title>Ariel Wizman face au monde</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Feb 2011 10:03:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avec un sens inné du contre-pied, le chroniqueur télé, DJ, musicien et acteur Ariel Wizman mêle punk attitude et extrême rigueur du propos. Dans le cadre d’une interview restée inédite, il évoque son passé alsacien, Jean-Pierre Léaud et Emmanuel Levinas.
On ne le soupçonne guère, mais Ariel Wizman a un passé alsacien. Quand sa famille a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Avec un sens inné du contre-pied, le chroniqueur télé, DJ, musicien et acteur Ariel Wizman mêle punk attitude et extrême rigueur du propos. Dans le cadre d’une interview restée inédite, il évoque son passé alsacien, Jean-Pierre Léaud et Emmanuel Levinas.</strong></p>
<p>On ne le soupçonne guère, mais Ariel Wizman a un passé alsacien. Quand sa famille a quitté le Maroc en 1962, elle s’est installée à Wittelsheim, dans le Haut-Rhin. Il a été de toutes les aventures, celle d’<em>Actuel</em>, de <a href="http://www.novaplanet.com/" target="_blank">Radio Nova</a>… À la télévision, à <em><a href="http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3355-l-edition-speciale.html?kwid=google_1226508_341480822_E&amp;esvcid=S1296899967_ADOGOE_AGI1226508_CRE3088179838_TID341480822_RFDd3d3Lmdvb2dsZS5mcg%3d%3d_RAWbCUyNyVjMyVhOWRpdGlvbiUyMHNwJWMzJWE5Y2lhbGU%3d&amp;ESVreferrer=www.google.fr&amp;gclid=COic9-7g8KYCFUoKfAod_nCIDw" target="_blank">L’Édition Spéciale</a> </em>sur Canal+, chacune de ses interventions semble à la limite de l’irrévérence, et pourtant le personnage dégage une extrême courtoisie, une écoute comme on en rencontre peu. Très loin de l’idée généralement admise d’une forme de dandysme<em> </em>le concernant, il nous affirme ne pas soigner son image. Même si on n’est pas forcé de le croire complètement, à l’occasion d’un sujet pour <em><a href="http://www.zutmag.com" target="_blank">Zut !</a>, </em>il nous exposait sa vision très personnelle de la relation qu’on peut entretenir au vêtement : <em>« J’ai eu à un moment de ma vie cette passion-là, pas forcément glorieuse ni très intéressante, d’aimer être regardé, mais j’ai cherché à en faire quelque chose d’autre. C’était le moyen pour moi de fréquenter des milieux auxquels je ne pensais pas avoir accès et de me donner de l’assurance. Chaque matin, en mettant nos vêtements, on peut inventer quelqu’un d’autre et ça aussi c’est l’enseignement du punk. Le vêtement donne l’occasion de se trahir et de changer complètement ce qu’on est. C’est une forme de prière, on fabrique quelque chose. »</em></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;"> </span></strong></p>
<p><strong><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2433" title="mots&amp;sons_ArielWizman1" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman1.jpg" alt="mots&amp;sons_ArielWizman1" width="350" height="350" /></a><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2434" title="mots&amp;sons_ArielWizman2" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman2.jpg" alt="mots&amp;sons_ArielWizman2" width="350" height="350" /></a><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman3.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2435" title="mots&amp;sons_ArielWizman3" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ArielWizman3.jpg" alt="mots&amp;sons_ArielWizman3" width="350" height="350" /></a>Après son départ du Maroc, votre famille a rejoint l’Alsace. Où vous êtes-vous installés et avez-vous des souvenirs alsaciens ?</strong><br />
Nous étions installés à Wittelsheim, J’ai le souvenir d’un enfant qui venait des plages et d’une société pleine de joie et de soleil et qui arrivait dans un endroit très froid, très villageois, où les gens parlaient alsacien ou le français avec un accent allemand. C’était un certain traumatisme, mais c’était intéressant. Je pense ça fait partie des contrastes qui font qu’on est armé pour la vie ! Certaines choses étaient tout de même amusantes comme aller en luge à l’école !</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Dans l’ouvrage <em>Des Jeunes Gens Mödernes</em>, j’ai découvert une photo où vous devez avoir 17 ou 18 ans. Que reste-t-il de vos amours punks dans ce que vous faites aujourd’hui ?</strong><br />
Il en reste une attitude décomplexée, le sentiment qu’on peut tout se permettre et une certaine inconséquence qui convient assez bien à ce que je fais, et à mon époque. Je n’ai jamais l’impression que je ne peux pas faire quelque chose. Ce n’est pas un sentiment de toute-puissance mais plutôt une dose bien raisonnée de « je m’enfoutisme » et qui, associée à une rigueur dans d’autres domaines, finit par bien fonctionner et me permet d’explorer des choses nouvelles sans avoir de complexes : s’il faut faire du théâtre, je fais du théâtre, s’il faut tourner dans un film, je le fais… Par exemple aujourd’hui, prévenu au dernier moment, je me suis mobilisé pour une fête juive où j’ai pu parler à des religieux. Le goût d’une vie où l’on se lâche, où l’on se dit, comme les groupes punks, qu’il n’est pas nécessaire de jouer de la  guitare pour faire du rock.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>À vous voir quotidiennement sur Canal par exemple, on remarque que vous avez un ton particulier, une forme de cynisme ou du moins de détachement. Un personnage comme Jean-Pierre Léaud dans <em>La Maman Et La Putain </em>a-t-il pu vous inspirer dans votre approche des choses ?</strong><br />
J’aime beaucoup Jean-Pierre Léaud mais je n’ai pas son innocence, que j’envie pourtant. J’ai malheureusement été beaucoup plus dressé par la vie. Jean-Pierre Léaud est quelqu’un qui se sent étranger partout, moi mon étrangeté j’ai appris à la dompter, à la calculer et à l’utiliser d’une certaine manière. Je l’admire parce qu’il est unique, sans forcément avoir envie de m’en inspirer. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup touché quand j’étais jeune, je le vois de temps en temps autour d’un café à Paris, mais dans cette catégorie de gens je me sentirais plus proche de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=eDRS4Wufvas" target="_blank">Charles Denner</a>.</p>
<p><strong><a href="http://www.levinas.fr/levinas/biographie.asp" target="_blank">Emmanuel Levinas</a> semble avoir été une figure qui a énormément compté pour vous. Pourrions-nous avoir un mot sur votre rencontre ?</strong><br />
Très jeune, je me suis détaché de mes parents. Non pas contre eux, mais parce que je ressentais le besoin d’être seul face au monde. J’ai pu intégré une école où j’étais interne, c’était une forme de communauté que dirigeait Emmanuel Levinas. J’ai eu la chance d’avoir une quotidienneté d’adolescent avec l’un des plus grands penseurs du XX<sup>e</sup> siècle. Après avoir connu l’homme, j’ai beaucoup étudié sa pensée. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de m’immerger dans sa pensée ou de la comparer à d’autres. Naturellement, j’en ai été imprégné et ça m’a apporté des sentiments très forts de responsabilité, mais peut-être aussi de facilité. Quand on a vu quelqu’un avec un si haut degré de concentration et d’accès à la pensée, écrire des articles, faire de la télévision ne semble pas si compliqué…</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Propos recueillis avec Françoise Abela-Keller, le 10 mars 2009, au Palais des Congrès<br />
Mes remerciements à Caroline Levy et à <a href="http://stanislassia.blogspot.com/">Sophie Ruch</a>.<br />
Photos : <a href="http://www.urbainc.com/" target="_blank">Christophe Urbain</a></strong></p>
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		<title>Hommage à John Lennon au Cinéma Star, avec flux4 et Herzfeld</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 17:24:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Lennon_Beatles.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2185" title="mots&amp;sons_Lennon_Beatles" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Lennon_Beatles.jpg" alt="mots&amp;sons_Lennon_Beatles" width="350" height="528" /></a>Il nous arrive de vivre des expériences tout à fait inouïes : quand Flore Tournois du cinéma <a href="http://www.cinema-star.com">Star</a>, à Strasbourg, m&#8217;a évoqué la possibilité de créer un événement pour la commémoration de la disparition de John Lennon, je ne supposais pas l&#8217;émotion de ce qui a suivi. Naturellement je pense radio et naturellement je pense concert hommage. Après que les choses se fassent aussi rapidement, et dans les meilleures conditions, dans les moindres de mes fantasmes, j&#8217;étais loin de me douter.</p>
<p>Mon John Lennon à moi, à Strasbourg, n&#8217;est autre que Jacques Speyser des <a href="http://www.myspace.com/originalfolks" target="_blank">Original Folks</a> – il ferait assurément un excellent Paul McCartney –, et spontanément je me tourne vers lui pour lui soumettre l&#8217;idée d&#8217;une émission enregistrée dans les conditions live. Nous avons été tous deux animateurs à Tomawak, et ce passé radio commun nous lie forcément. En moins de trois jours, il me confirme la possibilité de monter une formation <a href="http://www.hrzfld.com/" target="_blank">Herzfeld</a> pour l&#8217;occasion. Si je regrette l&#8217;absence de Pierre Walther alias Spide, autre figure lennonienne du label, je suis ravi d&#8217;apprendre que Franck Marxer (des <a href="http://www.myspace.com/originalfolks" target="_blank">Original Folks</a> et de <a href="http://www.myspace.com/marxermusic" target="_blank">Marxer</a>), mais aussi Sarah Dinckel (de <a href="http://www.myspace.com/romeosarah" target="_blank">Romeo &amp; Sarah</a>) et Olivier Stula (de <a href="http://www.myspace.com/asecondofjune" target="_blank">Second of June</a>) nous rejoignent pour constituer les fab four d&#8217;un soir, sous l&#8217;appellation du Beatles Orchestra&#8230;</p>
<p>Pendant qu&#8217;ils répètent un certain nombre de morceaux – une set-list quasi idéale pour moi ! –, la question se pose des plateaux à créer : le but n&#8217;est pas forcément de constituer une table ronde d&#8217;experts, mais des personnes qui ont vécu une expérience particulière ou qui ont envie de formuler quelque chose sur John Lennon.</p>
<p>Là aussi, je constate que la chance nous accompagne au flux, comme ça a été le cas déjà à EntreVues et à maintes occasions : à l&#8217;issue de la projection du long métrage <em>Nowhere Boy </em>de Sam Taylor-Wood, sur l&#8217;adolescence de l&#8217;ex-Beatle assassiné, Jérôme Mallien, critique cinéma et journaliste aux <em><a href="http://www.dna.fr" target="_blank">Dernières Nouvelles d&#8217;Alsace</a>, </em>mais aussi <a href="http://www.philippepoirier.com/" target="_blank">Philippe Poirier</a>, ex-Kat Onoma, qui vient de publier un album remarquable chez Herzfeld, <em>Les Triangles Allongés, </em>Jean-Luc Billing, complice de toutes nos années radio à RBS, Strasbourg Contact, Tomawak et <a href="http://www.radioeurodistrict.com/" target="_blank">Radio EuroDistrict (R.E.D.)</a> se prêtent au jeu de l&#8217;interview spontanée.</p>
<p>Ces interventions sont entrecoupées d&#8217;intermèdes musicaux remarquables, qui montrent que le Beatles Orchestra a intégré ce qui fait l&#8217;essence même de l&#8217;écriture de John Lennon, ce lien entre pop mainstream et avant-garde poétique. C&#8217;est ce que me confirme un spectateur-auditeur, visiblement sous le charme à l&#8217;issue de l&#8217;émission : <em>“J&#8217;écoute les Beatles depuis le primaire, et je peux vous dire que ces musiciens-là, présents ce soir, ont tout compris !” </em></p>
<p>La set-list :</p>
<p><em>Dear Prudence<br />
</em><em>Oh My Love<br />
</em><em>Across The Universe<br />
Tomorrow Never Knows<br />
Jealous Guy<br />
Norwegian Wood</em></p>
<p>Un grand merci à <a href="http://www.consultant-multimedia.com/" target="_blank">Olivier Legras</a> pour la mise en son en direct et le mix final. Je savais qu&#8217;il avait la capacité de tout faire en radio, je ne savais pas qu&#8217;il pouvait également sonoriser un groupe live. Décidément, ce garçon est plein de ressources.</p>
<p>Je vous invite à revivre ces instants sur <a href="http://www.flux4.eu/" target="_blank">flux4</a> ; voilà le lien vers l&#8217;émission :<a href="http://www.flux4.eu/Emissions/olivier-zadat-pour-son-film-fading.html" target="_blank"><strong><br />
</strong></a><a href="http://www.flux4.eu/Emissions/" target="_blank"><strong>Émission John Lennon au Cinéma Star, avec flux4 et Herzfeld</strong></a><br />
___</p>
<p>Je rajouterai que rien n&#8217;est jamais innocent : cet anniversaire est double pour moi ; bien sûr, il y a la commémoration – la célébration, que sais-je ? – de cette disparition tragique, et en même temps la découverte de l&#8217;œuvre des Beatles résulte pour moi de cet événement dramatique. Je peux dater précisément l&#8217;achat de mon premier LP des fab four, le lendemain de la mort de John Lennon, donc le 9 décembre 1980. De manière frileuse, j&#8217;avais opté pour un disque sur laquelle ils arboraient de jolies cravates – seul critère du jour pour le néophyte que j&#8217;étais – et du coup, j&#8217;étais tombé sur <em>Something New, </em>un pressage allemand qui comprenait des extraits de <em>A Hard Day&#8217;s Night </em>et quelques compléments.</p>
<p>Les mois qui ont suivi ont été marqués par l&#8217;acquisition de la quasi intégralité des albums et d&#8217;une vraie affection pour le groupe qui n&#8217;a pas seulement changé ma vie, mais exposé clairement le cycle de la création artistique : primitivisme (prémices rock&#8217;n'roll), classicisme (période pop 1962-1965), maniérisme (1966-1968), déclin et mort (1969-70). Et quand on parle de déclin, quel déclin magnifique ! <em>Abbey Road, </em>tout de même. Cette classification en périodes distinctes m&#8217;a permis d&#8217;appréhender l&#8217;Histoire, l&#8217;histoire de la musique, l&#8217;Histoire de l&#8217;art, et de manière universelle l&#8217;évolution des cycles de la vie.<br />
___</p>
<p>Un dernier souvenir : une autre commémoration de la disparition de John Lennon, sans doute le 5ème anniversaire, donc en 1985. Ça se passe au Bandit ; des groupes se succèdent sur cette scène devenue mythique. Je ne pourrai plus les citer tous (il y avait parmi les Parisiens, ceux qui allaient devenir les Innocents). Ce que je sais, c&#8217;est que nous sommes au premier rang, avec Bruno Chibane, et qu&#8217;on n&#8217;en perd pas une miette !</p>
<p><em>(je ne sais qui a décidé d&#8217;entourer ma bobine dans ce document, dont   on ne peut contester la portée hautement historique, mais ça n&#8217;est pas   moi ! On reconnaît Bruno à ma gauche, donc sur la droite, bref sur la   photo, et comme tout le monde connaît Bruno&#8230;).</em></p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Lennon_Bandit_DNA.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2180" title="mots&amp;sons_Lennon_Bandit_DNA" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Lennon_Bandit_DNA.jpg" alt="mots&amp;sons_Lennon_Bandit_DNA" width="590" height="395" /></a></p>
<p><em><br />
</em></p>
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		<title>EntreVues 2010, journal de bord #5 : Benoît Grimalt, Virgil Vernier, Catherine Bizern</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2010 08:09:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Depuis notre arrivée à EntreVues, je ne cessais de m&#8217;interroger sur le nom de Benoît Grimalt, le réalisateur de Not all fuels are the same. Son nom me semblait familier, je cherchais parmi les réalisateurs, mais je faisais fausse route. Il est l&#8217;auteur d&#8217;un petit livre sur Syd Barrett, le fondateur du Floyd, Do you [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis notre arrivée à EntreVues, je ne cessais de m&#8217;interroger sur le nom de Benoît Grimalt, le réalisateur de <em>Not all fuels are the same. </em>Son nom me semblait familier, je cherchais parmi les réalisateurs, mais je faisais fausse route. Il est l&#8217;auteur d&#8217;un petit livre sur <a href="http://www.sydbarrett.com/" target="_blank">Syd Barrett,</a> le fondateur du Floyd, <em><a href="http://www.mots-et-sons.com/tag/david-gilmour/" target="_blank">Do you know Syd Barrett?</a>, </em>publié chez Poursuite Éditions. Ce petit livre de photographies nous renseigne sur deux aspects de son travail : l&#8217;amour de la musique et de l&#8217;Angleterre. Son court métrage suit précisément la tournée d&#8217;un groupe de musiciens performers, très proches de la scène bruitiste improvisée, dans le pays de la pop.</p>
<p>Les images bucoliques de l&#8217;Angleterre tranchent nettement avec les stridences du groupe sur scène, et il en résulte une étrange carte postale sonore – l&#8217;approche photographique garde son importance –, mêlée de crispations soniques, extrêmes, et d&#8217;instantanés ruraux presque comiques. Benoît Grimalt adopte la posture du néophyte dans ce premier court métrage spontané, et bien qu&#8217;il s&#8217;en défende, la démarche est réfléchie ; elle pose la question de l&#8217;improvisation et de la maîtrise, pour un résultat très encourageant. Il nous a annoncé sur le plateau la volonté de suivre un groupe en tournée, tout en restant chez lui à Paris. Nous lui avons demandé de réaliser son <em>Syd Barrett, </em>loin du biopic, loin du documentaire traditionnel. Gageons qu&#8217;il ne s&#8217;attelle à la tâche un de ces jours !<br />
___</p>
<p>En accueillant Virgil Vernier en plateau pour son film <em>Pandore, </em>je fais de suite le lapsus, en parlant d&#8217;un court métrage de fiction ; le réalisateur rebondit gentiment sur cette petite erreur. Il est vrai qu&#8217;une dramaturgie s&#8217;installe autour de Mathieu, le physionomiste à l&#8217;entrée d&#8217;une boîte parisienne. Le dispositif qui a pour but de capter le réel brut – une caméra placée sur le trottoir d&#8217;en face pendant près d&#8217;une semaine, de 23h à 5h du matin – s&#8217;attache à de vrais personnages, le “physio”, les videurs et les visiteurs. Qu&#8217;on ne cherche pas à comprendre les critères d&#8217;entrée ; ils ne sont ni physiques – deux jolies filles se font refouler au début du film –, ni sexuels – garçons et filles logées à la même enseigne –, ni sociaux, ni même liés à un quelconque réseau – on a beau connaître le patron, on entre éventuellement, mais on n&#8217;est pas les bienvenus –, ni non plus liés à des questions de volume et de turn-over !</p>
<p>Les codes nous échappent, et ce qui semble inadmissible, et forcément très crispant, c&#8217;est ce culte de l&#8217;arbitraire. Mathieu gère les entrées à l&#8217;instinct dans l&#8217;instant ; la probabilité est infime, elle révèle une forme d&#8217;absurdité. Personne n&#8217;est épargné et ce qui semble encore moins admissible, c&#8217;est cette obstination masochiste à vouloir y entrer quand même. Le danger à le revoir, c&#8217;est de guetter, en sadique, cette capacité du “physio” à remballer les visiteurs avec des formes rhétoriques choc, rarement chic ! Les situations sont malheureusement révélatrices de l&#8217;évolution de notre temps – le cynisme est total, et une forme de désespoir latent s&#8217;installe sur la courte durée de la projection. Ce seuil prend une dimension métaphysique : les élus sont rares, mais le pire c&#8217;est qu&#8217;ils n&#8217;ont aucun mérite ; le juge – et souvent bourreau – sanctionne comme bon lui semble. Le plus amusant, c&#8217;est que le spectateur du film n&#8217;a qu&#8217;une seule certitude : lui-même n&#8217;entrera jamais dans la boîte ; seule la musique qu&#8217;il entend grâce au micro placée sur Mathieu lui offre la porte d&#8217;entrée d&#8217;un monde dont il est forcément exclu&#8230;<em> Pandore </em>est une très grande réussite, un film fascinant à bien des égards, comme une multitude de tableaux dont le clair-obscur n&#8217;empêche de s&#8217;attarder sur les réactions – la joie, le dépit, l&#8217;indifférence, la colère, l&#8217;indignation – des protagonistes de cette fable moderne&#8230;<br />
___</p>
<p>Dernier plateau flux4 de cette édition 2010 du <a href="http://www.festival-entrevues.com/" target="_blank">festival international du film de Belfort</a> : Catherine Bizern, la directrice artistique d&#8217;<a href="http://www.festival-entrevues.com/" target="_blank">EntreVues</a>. Elle s&#8217;est amusée durant toute notre présence à nous rappeler qu&#8217;elle souhaitait intervenir en radio – elle aime la radio, ça se sent physiquement à l&#8217;antenne – ; le rendez-vous était pris, elle devait intervenir en fin de festival. J&#8217;avais décidé de laisser Philippe Schweyer se charger d&#8217;un entretien spontané, comme il en a le secret. La rencontre radiophonique des deux était surprenante d&#8217;intimité, comme si l&#8217;objet radiophonique retrouvait toute sa vocation première : instant parlé, instant chuchoté, là au milieu du public, au cœur du festival. Un grand moment de radio, attachant – dont j&#8217;aurai souhaité m&#8217;extraire totalement pour en apprécier la portée à distance –, sobre et intelligent, comme la confirmation de l&#8217;existence d&#8217;un festival vrai, résistant, combatif, nécessaire&#8230;</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_VirgilVernier_Pandore.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2167" title="mots&amp;sons_VirgilVernier_Pandore" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_VirgilVernier_Pandore.jpg" alt="mots&amp;sons_VirgilVernier_Pandore" width="600" height="337" /></a></p>
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		<title>EntreVues 2010, journal de bord #4 : Coney Island de Marion Naccache</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Dec 2010 15:34:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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		<category><![CDATA[11-Septembre]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Lors de notre entretien en plateau avec F.J. Ossang, le réalisateur affirmait qu&#8217;il avait recommencé à tourner quand le siècle avait débuté, c&#8217;est-à-dire en 2006 – il l&#8217;avait déjà formulé dans un micro-trottoir avec Philippe Schweyer. Rappelant que les siècles ne débutent jamais à date fixe – tout comme les décennies d&#8217;ailleurs –, il restait cependant assez évasif concernant le moment fondateur du début du XXIe siècle. Pour nous, il reste évident qu&#8217;historiquement, il a débuté avec le 11-Septembre, mais il est vrai que culturellement la question reste posée. Je me la posais encore au moment de la projection de <em>Fading </em>d&#8217;Olivier Zabat, et là, la coïncidence d&#8217;un certain nombre d&#8217;événements, me fait penser que ce siècle a bien débuté, notamment avec la remise en cause des classifications cinématographiques&#8230; À EntreVues 2010, cette classification ne sert plus le spectateur. La plupart des films que je vois se situent dans un <em>ailleurs, </em>tant les documentaires imposent une dramaturgie, tant les fictions se laissent happer par une vocation documentaire.</p>
<p>Ce sentiment est confirmé à la vision de <em>Coney Island </em>de Marion Naccache. Je ne reviendrai pas sur les conditions savoureuses de notre rencontre avec cette jeune cinéaste française, elles sont exposées dans un autre <a href="http://www.mots-et-sons.com/2010/12/entrevues-2010-journal-de-bord-2/" target="_blank">billet</a>, mais il est vrai que j&#8217;abordais son film avec une bienveillance initiale – celle-ci n&#8217;empêchait aucune forme d&#8217;objectivité –, et dès les premières images, je fus séduit. Il s&#8217;agissait pour elle de saisir les derniers instants d&#8217;exploitation du célèbre parc d&#8217;attraction proche de New-York, avec un dispositif simple : une caméra sur pied posée à des endroits précis pour des durées variables. Les événements se multiplient hors-champ, parfois de manière décadrée : des gens entrent dans le champ, en sortent indifféremment. On s&#8217;attarde sur les détails saisis de manière très spontanée, comme autant de motifs plastiques, dont on dé-contextualise visuellement la fonction narrative dans le plan : ici, la forme circulaire de la grande roue, les formes courbes du grand huit, les couleurs, le vert, l&#8217;orange, les figures floues qui traversent le champ au premier plan. Le plaisir visuel est constant, le regard est titillé de toutes parts.</p>
<p>On pense à Michael Snow, mais Marion Naccache nous rappelle l&#8217;importance de Frederick Wiseman, ainsi que celle de la photo américaine. <em>&laquo;&nbsp;L&#8217;idée était de fabriquer un dispositif d&#8217;observation. Assez rapidement, le choix du plan fixe constituait, avec un cadre qui prenait en compte à la fois la dimension humaine et architecturale, un système d&#8217;observation qui permettait au spectateur de choisir les éléments qu&#8217;il avait envie de regarder.</em>” Ce dispositif installe une mélancolie qui est sans doute liée à ce dernier été, mais qui vient aussi, d&#8217;après Marion, du <em>“hiatus qui existe entre l&#8217;architecture de l&#8217;endroit et la façon qu&#8217;ont les gens de l&#8217;habiter.” </em>Le décalage qui existe entre l&#8217;architecture des années 60 et la population très diversifiée, qui vient l&#8217;investir, provoque selon la durée des plans un profond sentiment de langueur, malgré l&#8217;extrême vitalité de l&#8217;instant.</p>
<p>Le son a son importance et l&#8217;on parcourt près d&#8217;un siècle de musique populaire avec des sons jazz, pop, salsa, hip hop, qui assurent le lien d&#8217;un plan à l&#8217;autre, comme si le temps n&#8217;avait plus d&#8217;importance, ni la géographie, dans un espace-monde intemporel. On comprend dès lors cette inscription sur un mur : <em>Si Paris est la France, Coney Island est le monde</em>. Du coup, on prend conscience avec Marion Naccache de la fin de ce monde, sans nostalgie ni jugement sur l&#8217;avenir, comme un simple constat distancié, plein de vérité et même de beauté. Je le disais en fin d&#8217;entretien avec elle, son <em>Coney Island </em>mérite d&#8217;être vu après <em>Le Petit Fugitif</em> (1953) de Morris Engel, comme s&#8217;il bouclait la boucle d&#8217;une forme de modernité, tout en annonçant de belles perspectives d&#8217;avenir. Oui, ce siècle a débuté culturellement, là tout récemment, et nous sommes pressés de le vivre&#8230;</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ConeyIsland_MarionNaccache.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2152" title="mots&amp;sons_ConeyIsland_MarionNaccache" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_ConeyIsland_MarionNaccache.jpg" alt="mots&amp;sons_ConeyIsland_MarionNaccache" width="600" height="337" /></a></p>
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		<title>EntreVues 2010, journal de bord #3 : Fading d&#8217;Olivier Zabat</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Dec 2010 10:38:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma M&S]]></category>
		<category><![CDATA[Radio M&S]]></category>
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		<description><![CDATA[2 décembre – Le choc Fading d&#8217;Olivier Zabat !
Touché d&#8217;emblée par un poème de Czeslaw Milosz :
Qui veut dépeindre le monde dans toutes ses tonalités
Ne devrait jamais regarder le soleil de face
Ou il perdra le souvenir de ce qu’il a vu.
Seules resteront dans ses yeux des larmes brûlantes.
Qu’il s’agenouille et baisse son regard vers la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>2 décembre – </strong>Le choc<em> Fading </em>d&#8217;Olivier Zabat !</p>
<p><em><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Fading2.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2136" title="mots&amp;sons_Fading2" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Fading2.jpg" alt="mots&amp;sons_Fading2" width="350" height="196" /></a></em>Touché d&#8217;emblée par un poème de Czeslaw Milosz :</p>
<p><em>Qui veut dépeindre le monde dans toutes ses tonalités<br />
Ne devrait jamais regarder le soleil de face<br />
Ou il perdra le souvenir de ce qu’il a vu.<br />
Seules resteront dans ses yeux des larmes brûlantes.<br />
Qu’il s’agenouille et baisse son regard vers la terre.<br />
Il y trouvera ce que nous avons perdu :<br />
les étoiles et les roses, les crépuscules et les aubes.</em></p>
<p>Le réalisateur Olivier Zabat croise deux récits : un SDF se photographie avec son portable en déformant son visage percé et tatoué et pose la <em>“question de la fictionnalisation de sa propre image”</em><!-- @font-face {   font-family: "Cambria"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 10pt; font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman"; }div.Section1 { page: Section1; } --><em> </em> ; deux agents de sécurité, Marco et Verlisier effectuent leur ronde, identifient des signes lumineux, se mettent en quête d&#8217;une présence et plongent dans une forme d&#8217;angoisse qu&#8217;ils alimentent eux-mêmes de contours empreints de mysticisme. La charge plastique crée une forme de pesanteur, une tension particulière qui culmine dans une scène sublime : sur fond de musique baroque, nos vigiles entament une prière dans une petite chapelle.</p>
<p>À échanger avec Olivier Zabat en plateau, on mesure le malentendu qui peut naître de notre propre vision : là où je voyais un travail d&#8217;écriture, il me répond “improvisation” – <em>ils ne jouent pas autre chose que ce qu&#8217;ils sont – </em><em> </em>; là où je voyais une quête plastique, il me répond gentiment qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une <em>“interprétation de [mon] regard”. </em>Et pourtant, je continue de penser que malgré la légèreté du dispositif, les figures – celle du SDF, mais aussi et surtout celles des vigiles – apparaissent magnifiquement sculpturales dans un environnement d&#8217;une très grande sobriété.</p>
<p>La lumière joue un rôle essentiel tout au long du film : les tentatives clair-obscur, contrairement au baroque, n&#8217;ont pas pour vocation à marquer l&#8217;instantanéité, mais au contraire d&#8217;installer quelque chose sur la durée et peut-être d&#8217;insister sur les instants de passages. <em>“Le film est une succession de passages”, </em>nous confirme Olivier Zabat, tout en rappelant la neutralité du cadre. <em>“On peut avoir le sentiment d&#8217;une esthétique qui est voulue, mais je cherche avant tout à être attentif à ce qu&#8217;il se passe et à restituer les choses de manière claire et relativement précise.”<br />
___</em></p>
<p>Le lendemain, nous poursuivons notre conversation de manière très cordiale, au petit-déjeuner à l&#8217;hôtel des Capucins. Je lui rappelle l&#8217;émotion éprouvée au moment de citation de Czeslaw Milosz, au tout début du film. <em>“Oui, toute la différence est là ; alors qu&#8217;à Hollywood, on cherche Dieu en levant la tête et en regardant vers les nuages, Andreï Tarkovski, lui, le cherche en posant sa caméra vers le sol.” </em>Je me suis souviens de ma perplexité à la lecture il y a de cela plus de vingt ans de cela du <em>Temps Scellé, </em>le livre-manifeste du célèbre auteur russe. Je ferai bien de le relire aujourd&#8217;hui&#8230;<br />
___</p>
<p>Interview intégrale à écouter sur flux4 <a href="http://www.flux4.eu/Emissions/olivier-zadat-pour-son-film-fading.html" target="_blank">ici</a><br />
Son et photo : <a href="http://www.consultant-multimedia.com/" target="_blank">Olivier Legras</a></p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_OlivierZabat_flux4.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2141" title="mots&amp;sons_OlivierZabat_flux4" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_OlivierZabat_flux4.jpg" alt="mots&amp;sons_OlivierZabat_flux4" width="600" height="394" /></a></p>
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		<title>EntreVues 2010, journal de bord #2</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Dec 2010 21:38:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma M&S]]></category>
		<category><![CDATA[Radio M&S]]></category>
		<category><![CDATA[Abdesselem Bounouacha]]></category>
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		<description><![CDATA[1 décembre – Magie du  festival EntreVues : je prends mon petit déjeuner et fais le point sur les  rencontres à venir. Je cherche Marion Naccache dans le guide du  festival, me répétant à voix haute son nom en parcourant l&#8217;index : Marion Naccache, Marion&#8230;  Et au moment où je découvre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;"><strong>1 décembre –</strong> Magie du  festival EntreVues : je prends mon petit déjeuner et fais le point sur les  rencontres à venir. Je cherche Marion Naccache dans le guide du  festival, me répétant à voix haute son nom en parcourant l&#8217;index : <em>Marion Naccache, Marion</em>&#8230;  Et au moment où je découvre la photo de la réalisatrice, je lève la tête et prends  conscience que la jeune femme à côté, qui est en train de me sourire avec un  brin de malice dans le regard, n&#8217;est autre que&#8230; Marion Naccache.</p>
<p style="text-align: left;">Le rendez-vous est pris en plateau le lendemain pour parler de son film <em>Coney Island (Last Summer)<br />
___<br />
</em></p>
<p>Premier choc du festival : <em>Fissures </em>d&#8217;Hicham Ayouch, la rencontre de trois personnes à Tanger, Abdesellem, un homme brisé qui sort de prison, Marcela (la sublime Marcela Moura), une brésilienne qui vit dans l’excès permanent, Noureddine, l’ami d’Abdesellem…</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Fissures_ayouch_Hicham_2009.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2093" title="mots&amp;sons_Fissures_ayouch_Hicham_2009" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Fissures_ayouch_Hicham_2009.jpg" alt="mots&amp;sons_Fissures_ayouch_Hicham_2009" width="350" height="466" /></a></p>
<p>Tous trois sont prêts à donner leur amour, mais vivent dans l&#8217;incapacité d&#8217;en recevoir en retour. Les scènes sont tournées au plus près des sentiments, avec un réalisme parfois cru, mais toujours avec une tendresse manifeste. Certains partis pris formels sont troublants comme cette scène d&#8217;intérieur où la tonalité rouge révèle la tension palpable entre les deux amants. On s&#8217;interroge sur cette capacité incroyable du réalisateur à faire se toucher les corps, et affirmer ainsi une double volonté : volonté de vie et de liberté.</p>
<p>Dans le film, on nous raconte une histoire d’amour impossible, mais on nous raconte aussi l&#8217;amitié profonde qui lie Abdesellem et Nourredine. Cette relation semble la plus difficile à tourner, les rapprochements et les séparations sont vécues avec plus d’intensité encore du fait des indécisions de Marcela. Et puis, il y a cette scène d&#8217;égorgement de mouton, à laquelle Abdesselem invite Marcela, forcant ainsi l&#8217;instant de partage. Comme dans certaines scènes baroques, la violence s&#8217;inscrit dans sa soudaineté, tranchant ainsi avec une autre forme de violence plus latente, récurrente, qui se manifeste tout au long du film.<br />
<em>___</em></p>
<p>Abdesselem : <em>Ce tableau, je peux le peindre avec mon zizi&#8230;<br />
</em>Marcela :<em> C&#8217;est moi qui l&#8217;ai fait !<br />
___</em></p>
<p>Coïncidence : autre scène d&#8217;égorgement du mouton dans <em>Kurdish Lover </em>de Clarisse Hahn ; les bouts de viande sont découpés et distribués de la main à la main, comme le veut la tradition. Ce très beau long métrage documentaire est une plongée au cœur du Kurdistan, qu&#8217;on découvre dans toute sa complexité, entre archaïsme et modernité, entre pragmatisme et superstition.</p>
<p>En plateau, Clarisse Hahn s&#8217;insurge quand je lui parle d&#8217;une vision apaisée, normalisée, du conflit. Naturellement, la guerre est là, en arrière-fond, mais la présence militaire – avec de jeunes appelés plutôt souriants – semble maintenue à distance. Clarisse nous précise les conditions de ces instants de tournage, son insistance à filmer ces militaires malgré eux et à provoquer la rencontre qui se solde par un « <em>I speak a bad english ! </em>»<em> </em>Une forme d&#8217;injonction diplomatique qui clôt toute discussion possible.</p>
<p>De manière générale, la présence de sa caméra été plutôt bien acceptée, sans doute aidée par la présence de son ami, Oktay. À quelques rares exceptions près, la famille de ce dernier, ses amis, ses voisins ont vécu de manière très naturelle le fait d&#8217;être filmés, ce qui a permis à la cinéaste de capter quelques instants qui relèvent des pratiques magiques ancestrales. Avec sa grande capacité à s&#8217;abstraire ou se faire discrète, elle a su fixer sur la pellicule une beauté plastique naturelle – la caméra hésitante des premiers plans gagne en maîtrise et trouve sa place –, comme c&#8217;est dans le cas des soins que se prodigue la mère d&#8217;Oktay avec une sangsue dans un bac d&#8217;eau. Une fois dépassé le sentiment de rejet, on s&#8217;attarde longuement sur le rouge sang révélé dans toute sa splendeur.<br />
___</p>
<p>Clarisse Hahn a inauguré les premiers plateaux de <a href="http://www.flux4.eu" target="_blank">flux4</a>, suivie par Abdesselem Bounouacha, Luc Moullet, Elvire et F.J. Ossang, Jean-Marie Teno, Thierry Jousse – ces deux derniers sollicités spontanément par Philippe Schweyer.<br />
___</p>
<p style="text-align: left;">En conclusion de son entretien radiophonique, Abdesselem Bounouacha<em> : </em><em>« Avec Hicham Ayouch, je peux aller jusqu&#8217;au bout ; nous n&#8217;avons peur de rien. Nous dévoilons la société et nous essayons de communiquer, d&#8217;aimer les gens et d&#8217;êtres aimés. Oublions celui qui nous dicte : vous allez vous retrouver en enfer, vous allez au paradis. Tout cela n&#8217;existe pas. Celui qui veut choisir l&#8217;enfer n&#8217;a qu&#8217;à le dire, celui qui veut aller au paradis n&#8217;a qu&#8217;à le dire. Il y a de la place pour tout le monde, on ne sait pas qui a raison.<em> </em>»<br />
</em>___</p>
<p>Merveilleux silence que celui d&#8217;Elvire ! L&#8217;actrice-égérie de F.J. Ossang refuse d&#8217;intervenir en plateau, elle est assise, presque méfiante, puis très souriante, visiblement amusée par l&#8217;ambiance détendue du plateau ; je la taquine quand elle tente de regarder mes notes sur ordinateur. Elle acquiesce avec beaucoup de conviction chaque fois que je cite l&#8217;un de ses groupes fétiches, Throbbing Gristle, qui apparaît dans les bandes sons des films de F.J. ou Lucrate Milk, le groupe avec lequel MKB avait publié un split-album à l&#8217;époque de <em>L&#8217;Affaire des Divisions Morituri. </em>Alors qu&#8217;on découvre qu&#8217;elle était elle-même au clavier de MKB, elle confirme quand j&#8217;insiste sur la nécessité de réévaluer Lucrate Milk. F.J. nous rappelle ce qu&#8217;on avait oublié : Helno, futur chanteur des Négresses Vertes, n&#8217;était autre que l&#8217;un des éructeurs de Lucrate Milk – <em>« Fuck you ! I love you ! »</em><br />
___</p>
<p style="text-align: left;">La phrase du jour, on la doit à Luc Moullet : <em>« J</em><em>e ne cherche pas tant à me situer, mais plutôt à être.</em> »<br />
___</p>
<p style="text-align: left;">Photos : Olivier Legras (dans l&#8217;ordre Abdesselem Bounouacha, Luc Moullet, Philippe Schweyer et Jean-Marie Teno)</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_OlivierLegras_flux4.JPG"><img class="alignleft size-full wp-image-2117" title="mots&amp;sons_OlivierLegras_flux4" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_OlivierLegras_flux4.JPG" alt="mots&amp;sons_OlivierLegras_flux4" width="600" height="338" /></a></p>
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		<title>EntreVues 2010, journal de bord #1</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Dec 2010 10:29:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma M&S]]></category>
		<category><![CDATA[Radio M&S]]></category>
		<category><![CDATA[Belfort]]></category>
		<category><![CDATA[Docteur Chance]]></category>
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Arrivée en douceur, dans un froid sibérien – la ville est sous la neige, comme une partie de l&#8217;Est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>1. / 30 novembre 2010 – </strong>Avec <a href="http://www.consultant-multimedia.com/" target="_blank">Olivier Legras</a>, nous sommes au Festival International du film de Belfort, <a href="http://www.festival-entrevues.com/" target="_blank">EntreVues</a>, jusqu&#8217;au samedi 4 décembre, pour une série d&#8217;émissions enregistrées dans les conditions du direct pour <a href="http://www.flux4.eu" target="_blank">flux4</a>, notre webradio.</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_docteurchance.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2070" title="mots&amp;sons_docteurchance" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_docteurchance.jpg" alt="mots&amp;sons_docteurchance" width="350" height="212" /></a>Arrivée en douceur, dans un froid sibérien – la ville est sous la neige, comme une partie de l&#8217;Est de la France ! Le temps incite à s&#8217;enfermer dans des salles obscures, nous en avons profité pour voir deux films en salle : <em>Docteur Chance </em>de F.J. Ossang et <em>Une Aventure de Billy the Kid </em>de Luc Moullet avec Jean-Pierre Léaud.</p>
<p>F.J. Ossang, je l&#8217;avais découvert en 1984 avec son premier long métrage, <em>L&#8217;Affaire des Divisions Morituri</em>, dont je garde le souvenir d&#8217;un enthousiasme délirant et d&#8217;une bande-son d&#8217;exception – la présence de Throbbing Gristle, notamment.</p>
<p>Avec <em>Docteur Chance, </em>un long métrage en couleur tourné au Chili, nous sommes en présence d&#8217;un road-movie très esthétique – à mi-chemin entre Leos Carax et Jean-Baptiste Mondino –, qui comprend quelques instants de fulgurance, malgré certaines longueurs. Naturellement, la présence rayonnante de Joe Strummer à la fin du film en Vince Taylor, reclus et appareillé, ne peut que nous émouvoir. Elle nous émeut autant que celle d&#8217;Elvire dont l&#8217;extrême sensualité illumine cette escapade onirique à la limite du cauchemar éveillé.</p>
<p><em>Tu dis : il ne reste rien d&#8217;autre que les mots. Mais tu n&#8217;écris plus, adieu !</em></p>
<p>Cette phrase formulée entre deux injonctions de William S. Burroughs, ne cesse de trotter dans la tête, inlassablement durant toute la projection.</p>
<p><em>Tu dis : il ne reste rien d&#8217;autre que les mots. Mais tu n&#8217;écris plus, adieu !</em><em> </em></p>
<p>Le cut-up se construit tout seul, mentalement :</p>
<p><em>“Tu dis adieu</em><em> – Il ne reste rien d&#8217;autre que les mots</em> – <em>que les mots, adieu<br />
mais tu dis rien</em></p>
<p><em><strong>À DIEU,</strong> rien que les mots – </em><em>les mots </em><em> </em><em> </em><em><br />
</em><em>mais tu n&#8217;écris plus – rien</em><em> </em><em> </em><em><br />
adieu<br />
rien”</em></p>
<p>On enchaîne avec <em>Une Aventure de Billy the Kid, </em>un long métrage de 1970 de Luc Moullet. Ce film, je l&#8217;avais déjà vu à l&#8217;époque du ciné-club LimeLight, mais je n&#8217;en gardais aucun souvenir précis. Je retente l&#8217;expérience, et du coup me souviens de ce qui m&#8217;avait plu lors de cette première vision : Jean-Pierre Léaud, au sommet de son art, est génial et outrancier au côté d&#8217;une jeune actrice, Rachel Questerber, qui nous rappelle que le cinéma est surtout une affaire de sens(ualité).</p>
<p>La salle est dissipée, hilare, et se partage entre incrédulité et totale adhésion. Les jeunes gens présents semblent découvrir une forme singulière, qui leur était jusqu&#8217;alors étrangère. L&#8217;esprit piraterie semble se diffuser à travers le festival ; les consciences en sortent parfois ébranlées, mais rien n&#8217;est-il plus profitable qu&#8217;une conscience prête à s&#8217;ouvrir à nouveau, loin des modèles imposées par une société assassine. Avec humour, Luc Moullet nous a conduit vers un ailleurs ; lui, le grand marcheur (et cycliste à ses heures) nous invite à cheminer à ses côtés. Nous sommes prêts à lui emprunter le pas&#8230;</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_AventuredeBillytheKid_Jean-PierreLéaud_LucMoullet.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2078" title="mots&amp;sons_AventuredeBillytheKid_Jean-PierreLéaud_LucMoullet" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_AventuredeBillytheKid_Jean-PierreLéaud_LucMoullet.jpg" alt="mots&amp;sons_AventuredeBillytheKid_Jean-PierreLéaud_LucMoullet" width="600" height="477" /></a></p>
<p><em> </em></p>
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