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	<title>mots et sons &#187; Blondie notebook</title>
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		<title>Magnificence (amours Blondie) / notebook #3</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Aug 2011 13:22:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>À la recherche de l&#8217;album perdu : aussi amusant que ça puisse paraître, j&#8217;ai égaré le vinyle du premier album de Blondie. Et pourtant, je ne l&#8217;ai pas vendu, ni prêté, ni cédé. Largement éprouvé par des heures et des heures d&#8217;écoute adolescente, il était dans un état qui empêchait toute vente : la pochette était abîmée par les déménagements successifs. Pourtant, j&#8217;avais le sentiment qu&#8217;il faisait partie du dernier lot de vinyles en ma possession.</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/MotsSons_Blondie-debut-album-back-cover.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2932" title="Mots&amp;Sons_Blondie-debut-album-back-cover" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/MotsSons_Blondie-debut-album-back-cover.jpeg" alt="Mots&amp;Sons_Blondie-debut-album-back-cover" width="350" height="258" /></a>Malheureusement, je suis incapable de dire où j&#8217;ai bien pu l&#8217;égarer. J&#8217;ai donc décidé d&#8217;en acquérir une nouvelle édition, et tant qu&#8217;à faire, une belle édition. À l&#8217;occasion d&#8217;un voyage à Londres pour le compte du film qu&#8217;on tournait sur <a href="http://www.rodolpheburger.com/" target="_blank">Rodolphe Burger</a>, <em><a href="http://ledeuxiemesouffle.blogspot.com/2010/09/bande-annonce-and-i-ridemov.html" target="_blank">And I Ride And I Ride</a>, </em>je profitais d&#8217;un instant de balade en plein Camden avec Christophe Urbain pour faire les disquaires avec cet objectif avoué : acheter cette belle édition du premier <a href="http://www.blondie.net/" target="_blank">Blondie</a>. Qui ne connaît l&#8217;attachement au disque (qu&#8217;il soit vinyle ou même CD) ne peut mesurer la solennité de l&#8217;instant.</p>
<p>Nous rentrons dans une première petite boutique ; nous y découvrons quelques bacs à CD de dub épars, mais rien dans bien engageant. Au fond de la boutique, trois marches d&#8217;escalier nous donnent accès à ce qu&#8217;on croit être une extension et là, j&#8217;échange avec un bonhomme un peu décalé qui défend ses 5 vinyles et 3 sérigraphies – dont une de Blondie, réalisée à partir d&#8217;une photo de <a href="http://www.robertabayley.com/" target="_blank">Roberta Bayley</a>. J&#8217;hésite et lui achète un badge des Clash, la version métallique qu&#8217;on trouvait à l&#8217;époque de <em>London Calling. </em>Mais tout en discutant avec lui, je constate qu&#8217;un autre espace clôt semble receler de vrais trésors vinyliques.</p>
<p>Peut-on y avoir accès ? <em>“Non pas encore, </em>me répond-il, <em>la personne en charge de cette boutique arrive dans quelques instants.” </em>Et là, je prends conscience que je ne suis pas dans le même magasin, mais dans une suite labyrinthique inouïe de petites boutiques qui s&#8217;enchaînent et s&#8217;enfoncent sous le sol. Je glousse bêtement, un peu comme pourrait le faire Sean Connery dans <em>le Nom de la Rose, </em>confronté à un volume des commentaires de Beatus de Liébana dans la bibliothèque d&#8217;un monastère italien<em>. </em>Dès lors, j&#8217;en suis persuadé : ma belle édition se trouve-là, quelque part, sur les rayonnages derrière les barreaux.</p>
<p>Un autre gars, de petite taille, ne tarde pas à arriver, et nous invite à pénétrer dans sa caverne. Avec Christophe, on parcourt les bacs frénétiquement : tout y est, 45T, LP d&#8217;origine. Je l&#8217;invite à faire l&#8217;acquisition du premier Roxy Music ; lui-même, complète sa collection de hits soul-funk ou plus rock pour ses propres sets. Par contre, nulle trace du premier Blondie. Que des disques tout-venant, des éditions assez banales de <em>Parallel Lines </em>ou <em>Eat To The Beat, </em>mais je ne désespère pas.<em> </em>Je pose donc la question au disquaire. <em>“I&#8217;ve got one! But where? Let me check!” </em>Et là, je le vois fouiller dans ses bacs, puis dans les nombreux sachets qu&#8217;il entrepose à l&#8217;arrière de son petit comptoir. Je reste dubitatif, mais au bout d&#8217;un moment, alors que je n&#8217;y croyais plus : <em>“I&#8217;ve got it!” </em>Et de me tendre une belle édition chez Private Stock, l&#8217;édition originale sortie fin 1976 ! Il me précise qu&#8217;il n&#8217;a jamais été écouté, je m&#8217;interroge longuement sur le parcours d&#8217;un disque qui arrive ainsi vierge entre mes mains après plus de 30 ans de mise en circulation, mais qu&#8217;importe, je tiens enfin ma belle édition. Je guette aujourd&#8217;hui la belle occasion – une belle platine Technics, une tête de lecture neuve –, mais rien ne m&#8217;engage à déflorer un tel sillon. Dans l&#8217;attente, ce très beau vinyle est posé face à moi, sur mon bureau, et le regard froid des membres du groupe sur la pochette, notamment celui de Debbie Harry, maintient une distance respectable, inspirante à bien des égards.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, je mesure la part de fantasme que j&#8217;attache à la dimension purement visuelle de ce disque : j&#8217;ai passé des heures et des heures à explorer le dos de cette pochette ; les poses, les attitudes, les tenues vestimentaires, la sobriété du graphisme, tout me semblait en rupture par rapport aux modèles existants, ceux imposés par la mode du début des années 80 ; il y avait quelque chose de désuet qui renvoyait aux années 60, et en même temps j&#8217;y voyais l&#8217;expression d&#8217;une grande modernité.</p>
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		<title>Magnificence (amours Blondie) / notebook #2</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Aug 2011 16:04:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le grand Lester Bangs n&#8217;a signé que deux monographies ; la première est consacrée à Blondie. Elle a provoqué une fâcherie avec le groupe qui s&#8217;estimait trahi par le célèbre rock-critic. Aujourd&#8217;hui, à la lecture de cet ouvrage publié en pleine Blondiemania en 1980, un tri sérieux s&#8217;impose entre ce qui relève du récit objectif, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le grand <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Lester_Bangs" target="_blank">Lester Bangs</a> n&#8217;a signé que deux monographies ; la première est consacrée à Blondie. Elle a provoqué une fâcherie avec le groupe qui s&#8217;estimait trahi par le célèbre rock-critic. Aujourd&#8217;hui, à la lecture de cet ouvrage publié en pleine Blondiemania en 1980, un tri sérieux s&#8217;impose entre ce qui relève du récit objectif, du règlement de compte presque gratuit de la part d&#8217;un bel idéaliste rock – le meilleur sans doute, parmi ses contemporains –, qui voit justement ses idéaux rock s&#8217;effondrer les uns après les autres, à quelques mois de sa disparition tragique, le 30 avril 1982.</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_LesterBangs.jpeg"><img class="alignleft size-full wp-image-2905" title="mots&amp;sons_Blondie_LesterBangs" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_LesterBangs.jpeg" alt="mots&amp;sons_Blondie_LesterBangs" width="350" height="453" /></a>Et pourtant, ça et là, l&#8217;émotion pointe, notamment quand il situe Blondie dans la filiation des formations pop sixties. Naturellement, il fait clairement le distinguo entre ses affections profondes pour un son garage, celui des <a href="http://www.youtube.com/watch?v=gsLMuH82us0" target="_blank">Count Five</a> ou du <a href="http://www.youtube.com/watch?v=cYh5oMDlWwQ" target="_blank">13th Floor Elevator</a>, celui du punk séminal, les <a href="http://www.youtube.com/watch?v=N1oLQ55IfPA" target="_blank">Ramones</a> aux États-Unis, les <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Lp8JbW6ZxEo" target="_blank">Sex Pistols</a> et les<a href="http://www.youtube.com/watch?v=16u0wwCfoJ4" target="_blank"> Clash</a> en Angleterre, et la production de Blondie qu&#8217;il situe lui-même dans un style <em>old <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ge-Xl8MTLoo" target="_blank">Beatles</a>Spector<a href="http://www.youtube.com/watch?v=UiJaNSXlYuQ&amp;feature=related" target="_blank">Shangri-La&#8217;s</a>TurtlesBeachBoys</em> inspiré par la pop mainstream mid-sixties (p.23). En revanche, si cette approche distingue le groupe des autres formations qui se produisent au CBGB&#8217;s, les Ramones, les Heartbreakers (qui comprennent parmi ses membres Richard Hell et Johnny Thunders), Television, les Talking Heads, les Miamis, Lester Bangs lui témoigne une affection profonde, dans un premier temps, toutefois&#8230;</p>
<p>Avec le narcissisme qui le caractérise – personne ne lui reproche –, il débute son ouvrage par l&#8217;évocation de sa propre chronique en janvier 1977 du premier album de Blondie, publié chez Private Stock. Il considère alors ce groupe comme issu du circuit <em>CBGB-nascent punk rock, </em>et formule une critique très favorable. Il se souvient : <em>“I found their first album a charming, even inspiring piece of American rock&#8217;n'roll from traditions as diverse as early sixties girl groups, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=R7uC5m-IRns&amp;feature=related" target="_blank">Question Mark and the Mysterians</a>, and the Velvet Underground.” </em>Cet article intitulé <em>Blondie is more fun, </em>publié dans le <em>Village Voice, </em>opposait le sens de la dérision de Blondie au sérieux affiché par les Ramones ou les Dictators. <em>“Blondie were refreshing.” </em>(on soulignera le pluriel, allusion à un vrai groupe !)</p>
<p>Il relate que peu de temps après, le groupe l&#8217;a appelé pour le remercier. Dans la discussion informelle qui s&#8217;en suivit, Lester Bangs interrogea le groupe sur ce qui pouvait alimenter son approche singulière du rock.</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;La culture japonaise, </em>répondit l&#8217;un des membres.<br />
- <em>Vous voulez dire, comme celle de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=DPAZQ6mhRcU" target="_blank">Yukio Mishima</a> ?</em><br />
- <em>Non</em>, <em>nous voulons dire comme celle des films japonais avec des monstres.”<br />
</em></p>
<p>Bref, de la série Z, celle qui a également influencé <a href="http://www.dailymotion.com/video/x195lt_devo-jocko-homo_music" target="_blank">Devo</a> ou <a href="http://www.youtube.com/watch?v=szhJzX0UgDM" target="_blank">The B-52&#8217;s</a>&#8230;</p>
<p>En mars 1977, le rock-critic assiste à son premier concert du groupe, en première partie d&#8217;Iggy Pop au Palladium, à New York, puis en octobre 1977, il est de la partie quand le groupe se produit à Londres. Il a lui-même passé six jours sur la route avec les Clash, et retrouve Debbie Harry et toute la clique à l&#8217;occasion d&#8217;une émission de radio du dimanche après-midi. L&#8217;instant coïncide précisément avec l&#8217;annonce du premier n°1 du groupe en Australie, <em><a href="http://www.youtube.com/watch?v=kmONePejIIA" target="_blank">In the Flesh,</a> </em>et le début d&#8217;une Blondiemania de trois années.</p>
<p>Dans une ambiance moite digne d&#8217;un sauna, Debbie choisit des singles de Penetration, Richard Hell et les Ramones, auxquels Lester Bangs répond avec des titres de Brian Eno, Ray Charles, Richard Hell (décidément à l&#8217;honneur) et Robert Quine.</p>
<p>Charlie Gillett, auteur, producteur et DJ, qui anime cette émission, pose la question à Debbie Harry : <em>“Is Blondie a punk band?” </em>Elle répond <em>“Definitely not!”</em>, même si d&#8217;après Bangs elle ne semble pas offensée, et poursuit : <em>“We play power-pop!”</em></p>
<p>Lester Bangs reçoit le second album du groupe <em>in the mail </em>en février 1978. D&#8217;emblée, à l&#8217;écoute de <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Plastic_Letters" target="_blank">Plastic Letters</a>, </em>la circonspection l&#8217;emporte : <em>“I began to wonder what was going through their heads.” </em>S&#8217;il exprime sa jalousie devant le succès du groupe, l&#8217;incompréhension s&#8217;installe définitivement. Ce sentiment est exprimé au début de l&#8217;ouvrage dans une chronologie rétrospective rapide, mais au cœur de sa monographie, il ne cessera d&#8217;opposer la force primitive des groupes qu&#8217;il aime vraiment à la solennité fun d&#8217;un groupe dont il ne comprend plus l&#8217;évolution. S&#8217;il voit dans ce succès la porte ouverte à d&#8217;autres groupes punk ou new wave, le débat est largement ouvert sur la notion d&#8217;avant-garde pop. Il relate que dans un taxi il surprend au cours de l&#8217;été 1979, donc peu après le succès planétaire de <em>Parallel Lines,</em> les remarques acerbes de Chris Stein à propos d&#8217;un article publié sur Blondie dans <em>Rolling Stone. </em>Lester Bangs n&#8217;a pas lu cet article, mais sans <em>malice, </em>saisissant la balle au bond, il affirme qu&#8217;il n&#8217;a jamais envisagé Blondie comme faisant partie d&#8217;une quelconque avant-garde. Ce à quoi Chris Stein répond : <em>“Oh, yes we are!” </em>Brian Eno, également présent dans le taxi, confirme. Dès lors, la rupture semble consommée&#8230;</p>
<p>Commentaire de Lester Bangs sur <em>Eat To The Beat, </em>le quatrième album du groupe, en octobre 1979 (p.11)<em> </em>:</p>
<p><em>“While I liked some of the cuts a lot, other didn&#8217;t so much turn me off as escape me entirely. I still couldn&#8217;t see that I was listening to anything more than a decent pop band, whatever Brian Eno thought, though many of the lyrics and little twists in the arrangements of some songs, particularly on the second side, did suggest that at least they were avant-garde enough to be obscure. On the final cut Debbie spat over and over: I&#8217;m not living in the real world.” Was something seriously wrong with these people or was it that I just didn&#8217;t understand them?”</em></p>
<p><strong>Magnificence (amours Blondie), coll. Sublime #1, chez <a href="http://www.mediapop.fr/" target="_blank">médiapop</a>, automne 2011</strong></p>
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		<title>Magnificence (amours Blondie) / notebook #1</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Aug 2011 17:44:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Abela</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Ça fait bien plus de quatre ans que <a href="http://le-retour-du-boomerang.over-blog.com/" target="_blank">Philippe Schweyer </a>m&#8217;a interrogé sur la possibilité de publier un livre sur Blondie ; des textes épars existent, dont certains ont déjà été pré-publiés, y compris à l&#8217;époque de <em>Polystyrène – </em>la plus belle de ces publications étant la boîte L140, de la galerie du même nom à Paris, initiée et mise en œuvre par <a href="http://mariannemaric.tumblr.com/" target="_blank">Marianne Maric</a> et Melissa Épaminondi.</p>
<p>L&#8217;idée d&#8217;un ouvrage est venue à la suite d&#8217;une discussion sur le <em>disque qui a changé ma vie, </em>une chronique régulière dans la revue musicale <a href="http://www.mojo4music.com/blog/" target="_blank"><em>Mojo </em></a>(<em>Last night a record changed my life). </em>Pour Philippe, il s&#8217;agissait de <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/London_Calling" target="_blank">London Calling</a>, </em>un disque qui aurait pu faire partie de ma sélection personnelle. Du coup, il me posait la question en retour. Quel disque avait pu changer ma vie ?</p>
<p><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence_Cover.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2809" title="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence_Cover" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence_Cover.jpg" alt="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence_Cover" width="340" height="340" /></a>J&#8217;aurais pu choisir un disque des <a href="http://www.thebeatles.com/" target="_blank">Beatles</a>, mais comme les fab four ne correspondent pas à ma génération, il me semblait impossible d&#8217;affirmer cette écoute déterminante.</p>
<p>J&#8217;aurais pu citer un disque de <a href="http://www.myspace.com/joydivision" target="_blank">Joy Division</a>, <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Unknown_pleasures" target="_blank">Unknown Pleasures</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Closer_%28Joy_Division_album%29" target="_blank">Closer</a> </em>ou même <em>Still</em><em>,</em> un disque de <a href="http://www.thecure.com/" target="_blank">Cure</a>,<em> <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Pornography_%28Cure_album%29" target="_blank">Pornography</a> </em>(vrai choc adolescent),<em> </em>ou le premier album des <a href="http://www.myspace.com/thesmiths" target="_blank">Smiths</a>, acheté le jour même de sa sortie<em>, </em>mais ce sont là des groupes que j&#8217;ai parcourus en détails alors que ma vision esthétique semblait déjà forgée. Justement, forgée par quoi ?</p>
<p>Quel était le format qui mêlait énergie punk et mélodie pop, annonçant toute la vague new wave, et qui avait pu installer définitivement quelque chose de ma vision du monde ? <a href="http://www.myspace.com/wirehq" target="_blank">Wire</a> ? <a href="http://www.buzzcocks.com/site/index.html" target="_blank">The Buzzcocks</a> ? <a href="http://www.theundertones.com/_/Home.html" target="_blank">The Undertones</a> ? Autant de groupes appréciés rétrospectivement – et avec toujours autant d&#8217;attachement&#8230; Les <a href="http://www.youtube.com/watch?v=-io-kZKl_BI" target="_blank">Talkings Heads</a> qui me fascinaient déjà à l&#8217;époque ? <a href="http://chalkhills.org/" target="_blank">XTC</a> ? <a href="http://www.dailymotion.com/video/x1jfa7_the-police-walking-on-the-moon_music" target="_blank">The Police </a>(le groupe le plus en voque au collège à la fin des années 70) ?</p>
<p>Non, non, <a href="http://www.blondie.net/" target="_blank">Blondie</a>, tout simplement&#8230;</p>
<p>Et plus précisément, le premier album du groupe, dont j&#8217;ai encore en tête les passages de claviers qui venaient agrémenter de courtes chansons, vives et incisives, construites sur la base de pulsations primitives et adolescentes.</p>
<p>Je me souviens de l&#8217;achat de mon premier Blondie. <em>Autoamerican </em>venait de sortir en novembre <em>[1980]</em>, avec le titre <em><a href="http://www.youtube.com/watch?v=pHCdS7O248g" target="_blank">Rapture</a>, </em>mais alors qu&#8217;à la Place des Halles, à Strasbourg, les affiches concernant cette sortie envahissaient les murs du disquaire chez qui je me rendais régulièrement, j&#8217;optais pour le premier album du groupe, sans même savoir d&#8217;ailleurs qu&#8217;il s&#8217;agissait là du premier album. Pourquoi ce choix ? Sans doute par esprit de contradiction : il me semblait impossible de faire comme tous les autres, et me ruer ainsi, en pleine Blondiemania, sur le dernier opus. Mais aussi sans doute par volonté de connaître l&#8217;histoire du groupe, donc les disques qui précédaient. Après, de manière spontanée, je peux l&#8217;avouer : la sobriété de la pochette me plaisait, et j&#8217;étais fasciné par l&#8217;image située au dos. Rien de l&#8217;ordre du fantasme concernant Debbie Harry – effectivement, rien de bien glamour ! –, juste une posture rock qui me semblait en phase avec les aspirations du moment.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: left;"><em><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2827" title="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence.jpg" alt="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence" width="340" height="230" /></a></em><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence.jpg"><em> </em></a><em><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence_1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2820" title="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence_1" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Blondie_Magnificence_1.jpg" alt="mots&amp;sons_Blondie_Magnificence_1" width="340" height="425" /></a></em><em>“Tout le monde le sait&#8230; je suis née à Miami, j&#8217;ai grandi dans le New Jersey où j&#8217;allais à la chorale de mon église, j&#8217;ai habité St Mark&#8217;s Place dans l&#8217;East Village en arrivant à New York quand je me suis émancipée (comprenez par là quand j&#8217;ai quitté mes parents), puis j&#8217;ai bossé </em><em>comme barmaid au Max&#8217;s. Ensuite mon curriculum votae révèle que j&#8217;étais bunny girl. Survivre était le plus important.”</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>“[...] J&#8217;ai connu Chris </em>[Stein] <em>en 73 au deuxième show des Stilletoes, le groupe de gonzesses dont je faisais partie&#8230; Mais es-tu certaine de ne pas vouloir apprendre quelques détails croustillants sur Jimmy </em>[Destri], <em>Frank </em>[Infante] <em>ou Clem </em>[Burke] <em>? Blondie, ce n&#8217;est pas moi</em>. <em>Moi, je suis Debbie et nous voulons être un groupe de rock sans </em><em>tête d&#8217;affiche, ou plus exactement sans leader.”</em></p>
<p style="text-align: left;"><em>“Je porte des mini-jupes et on me considère souvent comme une pin-up, mais est-ce utile de préciser que j&#8217;écoute les conseils de ma maman pour m&#8217;habiller ? Maintenant, je suis photogénique. Avant, j&#8217;étais un vrai gâchis. On m&#8217;a surtout enseigné à être relax, et parfois je suis contente de moi. Les teenagers et les hommes un peu plus mûrs qui ont ma photo au-dessus de leur lit, je trouve ça franchement tragique. Quand je pose, je ne pense qu&#8217;à ça.<br />
J&#8217;ajouterai que nous n&#8217;avons plus le temps de prendre des loisirs depuis deux ans, que du fric on n&#8217;en a pas plus, aussi, que penserais-tu si je poursuivais, comme Farrah Fawcett, tous ceux qui se procurent mes photos à l&#8217;œil ? Au fait, ton regard s&#8217;est-il porté jusqu&#8217;à ma nouvelle coiffure ?”</em></p>
<p style="text-align: left;"><strong>Deborah Harry, propos recueillis par Pascale Jugé dans : <a href="http://www.rocknfolk.com/site/accueil.php"><em>Rock&amp;Folk </em></a>n°153, octobre 1979</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Gilles Riberolles : </strong>On a dit que votre premier album sonnait sixties.<br />
<strong>Debbie Harry : </strong><em>[...] </em>Aucun de nous n&#8217;avait prévu ça, nous voulions faire du pop-rock <em>[sic!] </em>des seventies parce que nous vivons dans le présent.</p>
<p style="text-align: left;"><em><strong>Blondie on Blondie, </strong></em><strong>dans :</strong> <strong><em>Best </em>n°123, octobre 1978</strong></p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: left;">Quelles sont les sources ? En français, pas grand chose à vrai dire : aucune monographie, aucune traduction, ce qui montre bien que Blondie a été pendant bien longtemps délaissé par la rock-historiographie hexagonale. Tout au plus bénéficie-t-on de la traduction de <em>Blondie, Inédits 1976-1980, </em>un recueil de la photographe <a href="http://www.robertabayley.com/" target="_blank">Roberta Bayley</a>.</p>
<p style="text-align: left;">Heureusement, quelques articles ça et là, parus en temps réel dans <em>Rock&amp;Folk </em>(octobre 1979, septembre 1981) et dans <em>Best </em>(octobre 1978, novembre 1980, pour ne citer que les couvertures consacrées au groupe) nous renseignent-ils sur la perception que nous avions en France de Blondie ; perception très partagée, qui ne révèle pas forcément une quelconque idylle entre le groupe et notre pays.</p>
<p style="text-align: left;">Sous le titre, <em>La Marquise des Anges, </em>Francis Dordor n&#8217;est pas d&#8217;une très grande tendresse, quand il chronique <em>Parallel Lines </em>en octobre 1978 :<em> “</em><a href="http://www.youtube.com/watch?v=obwanhb6kww" target="_blank">Sunday Girl</a>, <em>du pop calibré, </em><a href="http://www.youtube.com/watch?v=WGU_4-5RaxU" target="_blank">Heart of Glass</a>, <em>de la disco qui je dois le dire m&#8217;a fait penser à Patrick Juvet </em>[c'est très flatteur pour Patrick Juvet, mon cher Francis, si je peux me permettre, ndlr],<em> I&#8217;m Gonna Love You Too de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ku5UeUT7yIQ" target="_blank">Buddy Holly</a> et vous avez une chronique assise le cul entre deux chaises. Il faudrait être un sombre crétin pour sabrer un tel disque, séduisant, sécurisant et joliment fait. Pour moi, Blondie est le groupe qui interdit tout fantasme ou alors autant les accrocher à une poupée gonflable. (Bon je vais enfin pouvoir remettre le simple de <a href="http://www.myspace.com/siouxsieandthebanshees" target="_blank">Siouxsie and The Banshees</a> !) </em>[Hong Kong Garden, me semble-t-il, ndlr]”</p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Magnificence_Blondie_NewMusicalExpress.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2856" title="mots&amp;sons_Magnificence_Blondie_NewMusicalExpress" src="http://www.mots-et-sons.com/wp-content/motssons_Magnificence_Blondie_NewMusicalExpress.jpg" alt="mots&amp;sons_Magnificence_Blondie_NewMusicalExpress" width="340" height="480" /></a>Alors que je lui proposais en août 2009 un entretien à propos de sa vision de Blondie, le critique déclinait avec beaucoup de courtoisie : <em>“Le groupe m&#8217;a plu à l&#8217;époque mais moins que les Ramones, moins que les <a href="http://www.limbos.org/realkids/" target="_blank">Real Kids</a>, moins que <a href="http://www.willydevillemusic.com/" target="_blank">Mink DeVille</a>. Sans doute parce que plus conceptualisé (Chris Stein, mi-<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Johnny_Thunders" target="_blank">Johnny Thunders</a> mi-<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Phil_Spector" target="_blank">Phil Spector</a>). Le premier concert à Paris au Rose Bonbon était bien mais dans ce même lieu je me souviens surtout de celui des <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Q-GueNOKolo" target="_blank">Saints</a>. Donc aujourd&#8217;hui, Blondie n&#8217;est pas à proprement parlé un aiguillon piquant ma nostalgie et pas du tout un rubik&#8217;s cube pour vieux rock-critic habitué à tourner dans tous les sens les signes d&#8217;un passé glorieux. En somme, je ne pense pas être la bonne personne. Mon fils de 24 ans en connaît plus sur le groupe que moi et surtout lui écoute les disques, ce qui n&#8217;est pas mon cas.”</em></p>
<p style="text-align: left;">Soit, et en même temps, je creuserai bien l&#8217;idée d&#8217;un groupe conceptualisé par Chris Stein. Une idée que développe le grand <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Lester_Bangs" target="_blank">Lester Bangs</a> lui-même dans sa monographie, <em>Blondie, </em>paru en 1980 chez Fireside. De toute évidence, Lester Bangs aime la première période (et on le comprend aisément). Dans la seconde partie du livre, il s&#8217;amuse à démonter la mécanique d&#8217;un groupe et des orientations artistiques qu&#8217;il n&#8217;explique que par une sérieuse crise identitaire. Nous y reviendrons. Quoi qu&#8217;il en soit, la réponse vient de Debbie Harry et Chris Stein eux-même qui publient leur propre biographie en 1982, <em>Making Tracks, The Rise of Blondie. </em>Au-delà de l&#8217;auto-justification, le récit comprend bon nombre d&#8217;anecdotes qui alimenteront mes propres récits à propos du groupe. Le livre constitue une source à éprouver, mais malgré la suspicion initiale, une forme de sincérité se dégage, notamment dans les parties rédigées par Debbie. On peut aisément confronter certains de ses récits à la version qu&#8217;elle en donne de manière plus spontanée, et parfois plus détaillée, dans <em>Deborah Harry, Platinum Blonde, </em>qui résulte d&#8217;une série d&#8217;entretiens avec Cathay Che publié en 1999 chez Andre Deutsch.</p>
<p style="text-align: left;">Après, bon nombre d&#8217;interviews peuvent être consultées à intervalle assez régulier (décembre 2005, novembre 2007) dans <em>Mojo</em>. Un <em>Mojo Classic </em>publié en 2008 faisait le point sur les 30 ans de l&#8217;année 1978, <em>New Wave Special, </em>avec la célèbre photo de Debbie Harry réalisée par <a href="http://www.mickrock.com/" target="_blank">Mick Rock</a>. Blondie y occupe une place centrale, aux côtés de The Police, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=tSsatKLmm70" target="_blank">Pretenders</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=l5zFsy9VIdM" target="_blank">Talking Heads</a>, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Xbt30UnzRWw" target="_blank">Devo</a>, XTC, The Only Ones, The Jam, etc. Et puis, eBay fourmille de publications qui font l&#8217;objet de spéculations, notamment une très belle couverture du <a href="http://www.nme.com/" target="_blank"><em>New Musical Express</em></a> le 4 février 1978, mais là on touche, au-delà de ces interviews d&#8217;époque, à une forme de fétichisation d&#8217;objets qui ne nous apportent que des informations très factuelles, dans le cadre parfois d&#8217;interviews trop distantes pour présenter un réel intérêt éditorial.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: left;">Il reste à savoir ce qu&#8217;on fait de tout cela : rédige-t-on la première monographie en français du groupe ? D&#8217;autres s&#8217;y attacheront sans doute – en tout cas, il faut l&#8217;espérer ! Compile-t-on l&#8217;ensemble des informations ? Ça présenterait un intérêt documentaire, mais la sécheresse de la démarche pourrait rebuter le lecteur. Propose-t-on sa thèse sur le charisme de Debbie qui s&#8217;impose, aujourd&#8217;hui plus encore qu&#8217;hier, comme une figure iconique au même titre que Marilyn Monroe, Brigitte Bardot ou Edie Sedgwick ? Il n&#8217;y a pas une seule publication fashion qui ne fasse allusion à son influence essentielle, mais même si toutefois ce sujet doit être abordé (associé notamment à cette  hypothèse de conceptualisation du groupe par Chris Stein, énoncée par  Francis Dordor) la démarche nous semblerait vaine.</p>
<p style="text-align: left;">Non, il me semble moins intéressant de raconter Blondie que de me raconter moi, dans ma propre relation fantasmée à Blondie. Après, qu&#8217;on écarte vite fait les choses : je ne suis pas fan du groupe au sens je ne fétichise rien et je n&#8217;ai jamais fantasmé sur Debbie Harry – mes amis finissent par le croire, et c&#8217;est devenu un gimmick amusant. Mais Debbie elle-même nous avertissait : <em>&laquo;&nbsp;inutile de fantasmer sur moi, les gars, je ne suis pas l&#8217;affaire que vous croyez !” </em>De même, le premier album du groupe n&#8217;est de loin pas mon disque préféré – on peut chercher du côté de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Madcap_Laughs" target="_blank"><em>The</em> </a><em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Madcap_Laughs" target="_blank">Madcap Laughs</a> </em>de <a href="http://www.sydbarrett.com/" target="_blank">Syd Barrett</a> ou de <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Starsailor_%28album%29" target="_blank">Starsailor</a> </em>de <a href="http://www.timbuckley.com/" target="_blank">Tim Buckley</a>, ce qui constitue le disque ultime à mon goût. <em>Blondie, </em>le disque, représente – et ça n&#8217;est pas rien ! – une étape essentielle de ma compréhension esthétique du monde, et me permet aujourd&#8217;hui encore de privilégier les formes immédiates et primitives aux formes trop abouties. Alors, quel livre ? <em>Magnificence (amours Blondie) </em>se présente sous la forme de récits autobiographiques, récits adolescents plus ou moins longs, récits fictionnels, fragmentaires, parfois elliptiques, d&#8217;une double éducation, artistique et sentimentale, que je mêle à des récits de Blondie et des entretiens. Naturellement, des réflexions émaillent ces récits : des réflexions qui portent sur le groupe, mais aussi sur son environnement artistique et sur l&#8217;évolution d&#8217;une période cruciale de la musique pop. Enfin, ces récits feront l&#8217;objet d&#8217;illustrations et traitements graphiques de <a href="http://jennifer-yerkes.blogspot.com/" target="_blank">Jennifer Yerkes</a>. Cette graphiste dont j&#8217;apprécie (et je ne suis pas le seul) le regard, nous livrera sa propre vision pop de Blondie.</p>
<p style="text-align: left;"><strong>Magnificence (amours Blondie), coll. Sublime #1, chez <a href="http://www.mediapop.fr/" target="_blank">médiapop</a>, automne 2011</strong></p>
<p style="text-align: left;">
<p style="text-align: left;"><em> </em></p>
<p style="text-align: left;">
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