Free Way par Horstaxe, à La Boutique

mots&sons_FreeWay_Horstaxe_350Ce soir à La Boutique, le vernissage de l’exposition Horstaxe : une vente d’affiches sérigraphiées limitées à 33 exemplaires chacune. Première affiche proposée : Free Way.

“Née d’une réflexion sur l’évolution architecturale et sur l’impact environnemental des échangeurs autoroutiers, la série « Four Stack », s’inspire du nom d’un des plus gros et des plus complexe d’entres eux. Apparus en 1930, ces échangeurs répondent à un besoin d’organisation d’un trafic automobile grandissant dans une société de consommation de masse naissante qui se remet à peine d’une crise financière sans précédent : ça ne vous rappelle rien ? 1930-2009, raccourci un peu facile, mais d’une crise spéculative à une autre cela fait réfléchir. Surtout, ces échangeurs nous renvoient à l’évolution de notre société et ses bouleversements éthiques et écologiques.

Au niveau architectural, ces monstres de béton ne laissent pas indifférents. Imposants, ils semblent débarquer d’une autre planète. Écologiquement, ils sont sujets à de nombreuses polémiques, pollution sonore, visuelle… mais aussi indésirables soient-ils, on ne voit pourtant pas comment inverser le sens de la marche.

Témoin d’une époque, cette danse continue, ce flux incessant, ce manège désenchanté doit-il être perçu comme une voie sans issue ou au contraire comme un symbole d’espoir et de re-direction possible ?”

Le vernissage à 19h, à La Boutique (10, rue Ste Hélène à Strasbourg) / Vente des affiches Horstaxe à la boutique en ligne.

Philippe Poirier, Les Aiguilles du passé au Môle Seegmuller

Philippe Poirier, la performance Les Aiguilles du passé, le 20 février au Môle Seegmuller, dans le cadre d’Ososphère.

L’instant est au quasi recueillement : les craquements provoqués par la griffure de l’aiguille des vieux pick-up sur les microsillons des 78 tours et la voix de Peggie Lee rompent un silence d’or. Pour cette performance, Philippe Poirier a investi le Môle Seegmuller ; dans ce lieu déserté, il a fixé sur la pellicule Super 8 la poussière accumulée par le temps. Y résonnent cependant les sons d’antan et y apparaissent des images qu’on croyait oubliées : des vieux posters de John Lennon ou Jimmy Page accrochées sur du papier peint par un jeune résident inconnu, dans une pièce au-dessus. Débute alors une plongée aux sources du blues, du jazz et naturellement du rock, avec l’évocation imagée de tant de figures tutélaires, ici Rahsaan Roland Kirk, là Jimi Hendrix, entre autres géants de la musique. Au cœur du festival Ososphère qui révèle une fois de plus la richesse des arts numérique, ces images Super 8 et ce son des vinyles cultivent le paradoxe ; ils n’en touchent pas moins la très belle assistance d’un soir et laissent en elle une trace émotionnelle durable.

Photo : Stéphanie Linsingh

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John Giorno et Locus Metropole au MAMCS

mots&sons_StéphanieLinsingh_JohnGiorno_LocusMetropole_2Après la Kunsthalle de Mulhouse, Locus Metropole a proposé le 17 mars une série de performances au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, avec trois performances signées Julien Blaine, Valentine Verhaeghe et John Giorno.

Si Julien Blaine, dans toute sa suffisance et semi-conviction, nous a crispés d’emblée avec son propos entre chasse et molard, Valentine Verhaeghe a livré un message plein d’humanité, nous apportant une partie de la réponse à la question que nous avions pu nous poser précédemment : que sommes-nous venus faire ici ? I am here because I’m beautiful. Beauty is not for sale.

Puis, c’était au tour de John Giorno de se présenter sur la scène de l’Auditorium. Là, toute la force de la poésie Beat nous était livrée avec une élégance dont ne soupçonnions plus l’existence : le set était rodé, mais la lecture de The Death of William Burroughs, There was a Bad Tree et le Thanx 4 nothing (un texte qui nous émancipe de tout type d’adulation, et nous invite à aimer plus fort ce qui nous environne), a été vécue avec une émotion sans cesse redoublée…

The beautiful men and women woke up,
and nibbled on the leaves, again;
They ate the leaves, like deer, pausing between bites, looking up at the vast empty sky.
The leaves and fruit increased their clarity and bliss, and introduced the nature of primordially pure wisdom mind.

John Giorno, There Was A Bad Tree [excerpt] (2002)
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America, thanks for the neglect,
I did it without you,
let us celebrate poetic justice,
you and I never were,
never tried to do anything,
and never succeeded,
thanks for introducing me
to the face of the naked mind,
thanx 4 nothing.

John Giorno, Thanx 4 nothing [excerpt] (2007)
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Photos : Stéphanie Linsingh.

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Locus Metropole, la voix démultipliée

Née d’expériences menées à New York, l’aventure Locus Metropole a débuté à Zurich, mais se poursuit dans toute l’Europe sous la forme de démarches itinérantes, avec des grandes figures de la poésie sonore, dont John Giorno. Le point avec l’artiste et théoricien Michel Collet.

Locus Metropole est lancé en 2009 au Cabaret Voltaire, à Zurich. Comment en êtes-vous arrivé à vous produire dans ce lieu historique du mouvement dada ?
Depuis 3 ou 4 ans, nous avons organisé plusieurs événements dans différents lieux, et notamment le festival Blago Bung [dont le nom est emprunté au poème Karawane d’Hugo Ball, ndlr] dans l’ancien loft de George Maciunas, le fondateur de fluxus, dans le quartier de SoHo, en plein cœur de New York. À la suite d’une proposition du Cabaret Voltaire, nous avons décidé que pour l’Europe nous mettrions en place une itinérance, d’où le nom de Locus Metropole.

locus metropole1Le nom nous renseigne sur l’intention : avez-vous ressenti le besoin de réactiver des démarches poétiques autour de la voix ?
Oui, nous souhaitons travailler sur cette question de la voix, du sens, du langage, à la suite de ce que cherche à défendre John Giorno, sous la forme d’un investissement physique, celui de la spoken poetry. Ce qui renvoie pour nous aux trois piliers de la poésie sonore en Europe, Bernard Heidsieck, Henri Chopin et François Dufrêne, avec des branches qui partent du lettrisme et de l’ultra-lettrisme, en passant par le situationnisme. Un travail est mené en Europe autour de la question du corps en train de lire, de souffler, d’éructer ou de susurrer, donc autour de l’artiste, de l’écrivain et du performer, mais il nous semblait important de favoriser une autre dérivation possible dans ce rhizome d’expériences menées ici ou là, et de faire exister des engagements autour de la voix, même si ça semble être un travail sans fin. Il s’agissait de faire entrer de l’extériorité sur la base de questions aussi diverses que : comment créer du relief sur des surfaces dont on ressentirait les aspérités ? comment provoquer une lecture multiple et sortir d’une vision monoculaire ? comment ramener la question du temps et dire qu’il se passe quelque chose à un instant précis ?

En quoi John Giorno a-t-il été séduit par cette démarche ?
John se montre intéressé par la fraicheur et une forme d’activisme. Ce qui le rend sensible, c’est la volonté de faire exister des choses qui ne s’imposent pas d’elles-mêmes, comme cette manière de faire se connecter des interventions à la Kunsthalle à Mulhouse, au MAMCS à Strasbourg, à Milan et plus au sud en Italie. Ce qui importe, c’est de ramener du mouvement comme on le fait à New York où l’on rencontre un vrai succès et de garder cette approche expérimentale – voire expériencielle – avec laquelle on ne joue pas, mais on vit. Pour John, comme pour nous, il s’agit de vivre les choses dans le présent de manière incarnée, tout en invitant celui qui a la chance d’être là d’y participer lui aussi.

Performances de John Giorno, Jürgen O. Olbrich, Michel Collet le 15 mars à la Kunsthalle à Mulhouse, et avec John Giorno, Julien Blaine et Valentine Verhaeghe le 17 mars au MAMCS à Strasbourg

Photo : Patrice Lerochereuil (de gauche à droite, Michel Collet, Valentine Verhaeghe, John Giorno, Larry Litt à Zurich)

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Ida Tursic & Wilfried Mille à Dole #2

Vous aviez aimé la première image signée Ida Tursic & Wilfried Mille publiée sur ce blog. En voici une seconde, intitulée Silver Girl. Le catalogue de l’exposition est annoncé aux Presses du Réel. Article à venir dans Novo #13 qui sort ces jours-ci…

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Ida Tursic & Wilfried Mille à Dole

On attaque la construction du numéro 13 de Novo. Parmi les textes proposés, sur une double page, un compte-rendu de l’exposition Ida Tursic & Wilfried Mille au Musée des Beaux-Arts de Dole, signé Philippe Schweyer, visiblement très inspiré. Extrait : “Allongée sur un sarape, Sasha Grey, star du porno déjà recyclée en girlfriend idéale par Steven Soderbergh, ne demande qu’à rejoindre la longue liste des courtisanes rendues fréquentables par le miracle de la peinture. On songe à l’effet produit en son temps par l’Olympia de Manet.”

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Peter Knapp, L’image au présent

mots&sons_PeterKnapp_by_NovoLa galerie Stimultania consacre une exposition à Peter Knapp à travers les axes du cinéma et du mouvement. Un parcours en diagonale dans l’œuvre foisonnante de ce photographe, graphiste, peintre, cinéaste et vidéaste suisse, véritable touche-à-tout agissant.

Soixante dix-neuf. Il faut se le répéter et aller jusqu’à l’écrire pour se persuader qu’il s’agit bien de l’âge de Peter Knapp. Parce que rencontrant l’artiste pour évoquer son exposition à la galerie Stimultania, on a le sentiment d’être face à un jeune homme. Comme si toute sa trajectoire, de ses études à l’École des Arts Décoratifs de Zurich, à son poste de directeur artistique aux Galeries Lafayette (1955-1959), puis au magazine Elle (1959-1966), ajoutée à ses parcours de photographe, de cinéaste et à ses activités d’enseignement et d’édition n’avaient jamais entamé sa passion et sa curiosité. C’est au sortir d’une discussion stimulante embrassant divers sujets, des piliers endommagés du centre Pompidou-Metz à l’incursion de la photographie aux Galeries Lafayette, qu’on saisit mieux Peter Knapp. Prolongeant Susan Sontag qui disait qu’« Écrire sur la photographie, c’est écrire sur le monde », on oserait avancer que photographier, c’est être présent au monde. Et que cette présence passionnée doublée d’une acuité et d’un regard critique permanents, si Peter Knapp les doit en partie à sa pratique, il ne cesse de nourrir celle-ci en retour. Rencontre inouïe au premier étage du Café de Flore, à Paris.

Avez-vous été surpris par le choix des œuvres sélectionnées par les commissaires de l’exposition Knapp ça tourne ! ?
Ayant enseigné pendant douze ans, j’ai toujours eu le sentiment de recevoir autant que de donner. Revoir mon travail avec des choix ignorant ce que je fais actuellement et remontant jusqu’à quarante ans en arrière est une chose très amusante. Celui qui fait est dans ce qu’il fait et n’a pas souvent de regard sur le passé. Il est toujours dans le présent, avec des doutes, peut-être, mais là où se trouve la tête, se trouve le cœur. Mais c’est aussi lié à mon âge : ayant eu beaucoup d’expositions, j’ai compris que lorsque je décide des œuvres, l’exposition prend toujours un peu le même chemin. Là, comme ce sont des personnes d’une autre génération que la mienne qui choisissent, le chemin est différent et ce décalage me plaît…

Comment définiriez-vous ce chemin qui est le vôtre ?
Je ne travaille pas sur une œuvre et n’ai donc pas l’idée d’une chose précise. J’ai plus le sentiment d’aller d’essais en essais, d’expériences en expériences. L’histoire n’étant pas séparée de nos vies et de notre création, elle amène d’autres outils avec lesquels je travaille. J’avance plus par curiosité que par égo, où alors je vais voir ce que donne mon égo dans le numérique, dans le film, dans le livre, etc. Mais je ne fais pas cela pour mettre un cadre autour, je préfère qu’il n’y ait pas de cadre autour de mon travail… Au départ, j’étais artiste peintre. Ma vie en France a fait que j’ai été plus connu pour mon travail de graphisme que pour ma peinture. Puis, la photographie est arrivée et a été reconnue comme un art. Subitement être un artiste n’était plus uniquement être un peintre, cela désignait aussi le fait de faire des films, des photographies,… Les choses bougent et l’histoire est importante dans nos parcours.

L’exposition vous amène-t-elle à jeter un regard différent sur certains de vos travaux antérieurs ?
Pas tellement. Je suis rarement satisfait de ce que je fais dans le temps présent. Il faut que le temps passe pour que j’accepte mon travail. Sur le temps présent il y a toujours un décalage entre l’imagination et le résultat et je n’arrive jamais à faire mieux que ce que j’imagine. Quand les choses ont vécu dans le temps, la comparaison avec le travail des autres m’aide à les accepter. À leur donner une certaine valeur.

Est-ce pour cela que vous faites de la photographie, art permettant la captation du temps présent ?
Je ne fais pas de la photographie, je fais de l’image. Si je dessine, photographie, filme, mets en page un livre, tout cela relève pour moi de la communication visuelle. Ce n’est pas parce que je sais peindre que je peins, parce que je sais photographier que je photographie. C’est parce qu’un ciel bleu est crédible en photo que je le photographie plutôt que de le peindre. Ce n’est pas l’outil qui me mène, c’est plutôt l’imaginaire qui me mène à l’outil. En même temps, le souci d’authentification n’est pas important pour moi et j’aime beaucoup cette phrase de Picasso « Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge ».

Le principe de la commande est une tradition dans l’Histoire de l’art. D’évoluer dans un cadre, ça semble vous plaire…
Dans le fond, je suis artiste, mais je souffre souvent. Vous savez, récemment, j’ai eu plusieurs expositions personnelles, mais je n’ai quasiment rien fait de nouveau, si ce n’est une ou deux petites choses qui m’ont satisfait. Or, j’ai eu un coup de téléphone d’un PDG de Londres et qui m’a dit : « Ecoutez, j’ai vu votre exposition à Hyères [à la Tour des Templiers, ndlr], et j’ai découvert que vous faisiez des choses totalement décomposées-recomposées. Moi, je suis Pringle Of Scotland, je fais des pull-overs traditionnels depuis 150 ans. Est-ce que vous voulez bien faire un truc pour moi ? » J’étais absolument ravi ! Il m’a sorti du trou. Je devais regarder des pulls et trouver une idée. Il m’a laissé une liberté totale, et du coup j’ai fait 10 images sur commande que je serai capable d’exposer dans une galerie. Avoir un sujet, une date, un format, je trouve ça excitant ! La commande, ça vous sort du doute. Oui, ça vous sort de l’angoisse… Je raconte souvent à mes élèves l’anecdote concernant Jean-Luc Godard et Le Mépris. J’aimerais vraiment croire que c’est vrai… Lorsque Godard a montré Le Mépris à son producteur Carlo Ponti, ce dernier lui aurait dit : « Jean-Luc, ton film est très bien, mais tu ne t’imagines tout de même que je te paie Brigitte Bardot, sans que tu montres son cul dans ton film ! » Godard rappelle Bardot et lui dit : « Il faut que tu reviennes ! Je dois filmer ton cul dans toutes les couleurs ! » Cette scène ouvre le film, elle est celle qu’on retient. Godard a su réinterpréter la critique et trouver la solution. Il faut être suffisamment libre pour introduire des choses positives, même si la contrainte est imposée.

Entretien réalisé avec Caroline Châtelet pour le numéro hors-série #5 de Novo, Peter Knapp by Novo (à se procurer gratuitement à la Galerie Stimultania ou à La Boutique, au 10, rue Ste Hélène, à Strasbourg).

Knapp ça tourne ! de Peter Knapp
Exposition du 21 janvier au 3 avril 2011 à la Galerie Stimultania, à Strasbourg

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Peter Knapp à la Galerie Stimultania, J-1

À l’occasion de l’exposition Peter Knapp ça tourne ! à la Galerie Stimultania, publication de Peter Knapp by Novo, un hors-série de l’équipe Novo, d’après une idée de l’agence Arthénon, avec l’appui de l’équipe Stimultania : des interviews, des articles, des interventionsUn numéro exceptionnel à guetter dès demain soir, au moment du vernissage de l’exposition.

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