SMILE, enfin !
Voilà les SMILE Sessions des Beach Boys viennent d’être éditées officiellement. Nous avions fini par en douter au cours de l’été au moment où l’on découvrait que la date de cette publication était une nouvelle fois différée.
Un document sonore l’atteste : la première date de sortie était prévue… en janvier 1967 ! Le speaker annonçait 1 million de ventes, pas moins, les Beach Boys surfant sur le succès d’un des titres phares de l’enregistrement, Good Vibrations et l’immense réussite artistique de Pet Sounds publié en 1966. La fragilité mentale de Brian Wilson, perceptible dès la fin 1966, sa situation de paranoïa chronique et ses accès de dépression, les tensions entre le parolier, le génial Van Dyke Parks et le chanteur Mike Love, et bien d’autres soucis liés à la consommation de drogue, ont conduit à l’ajournement du projet.
En septembre 1967, une version tronquée – mais quelle version ! –, Smiley Smile, finit par sortir, mais le projet global reste inédit, créant ainsi une frustration sans nom, provocant les plus beaux fantasmes dans le domaine de la pop. Les rumeurs circulaient sur la destruction des bandes originales. Depuis près de 45 ans, les enquêtes et contre-enquêtes s’annulaient, les publications 70’s des Beach Boys révélaient certains morceaux de ces sessions, dont le magnifique Surf’s Up, sans doute l’égal de God Only Knows sur Pet Sounds. Puis, des bandes sont apparues sur le marché, SMILE devenant le bootleg le plus prisé de l’histoire. En 1993, le coffret Good Vibrations, Thirty Years of The Beach Boys, révélaient enfin officiellement quelques uns des plus beaux extraits de l’original. Les publications diverses (et très nombreuses) spéculaient sur l’ordre des morceaux et signalaient l’existence de compléments nécessaires.
La version ré-orchestrée de 2004, sous la direction de Brian Wilson en net regain de forme, confirmait un certain nombre d’informations sans pour autant calmer le désir inassouvi d’une véritable publication officielle construite sur la base des bandes d’époque. Depuis hier, 31 octobre, notre attente est enfin récompensée : plusieurs éditions sont possibles, édition double CD, version coffret extended avec pas moins de 2 LP, 2 45T et 5 CD.
On se posera longuement la question de l’intérêt d’un CD consacré au seul Heroes and Villains (autant de nous fournir les pistes séparément pour recréer un puzzle improbable), mais sinon quel plaisir que d’explorer les recoins de ce qui constitue l’une des plus belles réalisations des années 60.
Ce qui fait jour cependant, au-delà de l’extrême exigence de Brian Wilson presque pénible dans ces recommandations (injonctions ?) harmoniques, c’est la force de l’inachèvement. À l’écoute du tout, il semblait évident que le projet ne devait pas aboutir parce que la force de ce projet, justement, s’inscrit dans une démarche qui conduit à éprouver sans cesse de nouvelles limites, esthétiques et sensorielles.
Avec l’appui de Van Dyke Parks, Brian ne cessait d’élever son propos.
Il ne cessait de s’élever au-dessus d’une masse dont il s’est finalement détaché.
Le résultat ne conduit pas à la cohérence escomptée, l’énigme est loin d’être résolue et de nombreuses questions demeurent, tant mieux ! Bien au contraire, cette publication éparpille un peu plus les pistes d’une œuvre qui ne doit pas être envisagée comme un tout, mais comme une myriade d’intentions, dont certaines antagonistes. C’est en cela sans doute que SMILE reste d’une actualité déconcertante et qu’il constitue une œuvre majeure du siècle passée, et même du siècle en cours.






