Avec A Second of June, la mélodie prend bien des détours, parfois même obscurs, mais se révèle lumineuse. Le second album du groupe installe une forme d’immédiateté qui risque fort de le conduire vers les sommets.

Un groupe ne nait pas forcément d’une évidence, et si Grégory Peltier et Olivier Stula se sont croisés à la fac de lettres à Strasbourg et ont beaucoup parlé littérature et cinéma, ils écoutaient cependant des choses très différentes : de l’indie pop pour le premier, des groupes plus psychédéliques voire franchement krautrock pour le second ; de fait, Grégory écrivait des chansons et Olivier expérimentait dans son studio d’étudiant les possibilités de ses synthétiseurs, délaissant une basse qu’il pratiquait pourtant depuis l’adolescence. L’écriture de la B.O. d’un court métrage les amène à rapprocher leurs points de vue, et à franchir le pas : ils fondent A Second of June. Dès lors, Grégory soumet un disque avec ses démos à Olivier qui repère et isole un certain nombre de titres, lesquels vont alimenter un premier album publié en 2009 sur le label du collectif Kim. À la réécoute aujourd’hui, on sent que l’esthétique du groupe est déjà clairement posée, sur la base d’influences très diverses : les groupes de la Factory ou des chez 4AD, mais aussi certains groupes Creation du début des années 90. « J’ai une écoute douloureuse, parfois amusée, de ce premier enregistrement », nous confie Olivier. « Surtout, ça me permet de me souvenir des conditions d’enregistrement elles-mêmes. » « Ce qui parfois, poursuit Grégory, compte autant voire plus que la musique elle-même. » Ils insistent tous deux sur la nécessité de comprendre que le désir de faire de la musique ensemble l’emportait sur toute autre forme de considération, et que la dimension qui a pu être perçue comme froide dans les compositions était tout à fait fortuite ; en tout cas, elle n’était pas une voie d’exploration délibérée. « On cherchait des solutions en termes de son, et cette approche 80’s s’est imposée comme l’une des solutions possibles, mais là rien de prémédité, aucun calcul de notre part. » Il est vrai aujourd’hui, plus encore sur Psychodrama que sur le premier album, qu’ils semblent assumer pleinement cette orientation qui les conduit, avec l’apport d’Elsa Lion aux claviers et Josh Muller à la batterie, à chercher la pop là où elle se révèle comme une tentation irrépressible, y compris dans le post-punk. Il paraît étonnant d’écouter certains titres de Modern English ou Orange Juice, et de percevoir une forme de réminiscence inconsciente chez A Second of June, loin de tout mimétisme. L’album est sorti au printemps chez Herzfeld, mais il a vécu une belle vie sur nos platines tout l’été, y compris en voiture. La qualité mélodique des titres se révélant un peu plus à chaque écoute – pour autant de hits en puissance –, Psychodrama s’impose déjà comme un classique.

Showcase le 13 octobre chez Colette à Paris ; publication du 33T en coproduction Herzfeld / Specific avec release party le 25 novembre aux Trinitaires, à Metz ; participation à la compilation Terres Neuves avec Malka Spigel, Mark Eitzel, Richard Pinhas, etc.

Article paru dans Novo #16 (septembre-octobre 2011)

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