Née d’expériences menées à New York, l’aventure Locus Metropole a débuté à Zurich, mais se poursuit dans toute l’Europe sous la forme de démarches itinérantes, avec des grandes figures de la poésie sonore, dont John Giorno. Le point avec l’artiste et théoricien Michel Collet.

Locus Metropole est lancé en 2009 au Cabaret Voltaire, à Zurich. Comment en êtes-vous arrivé à vous produire dans ce lieu historique du mouvement dada ?
Depuis 3 ou 4 ans, nous avons organisé plusieurs événements dans différents lieux, et notamment le festival Blago Bung [dont le nom est emprunté au poème Karawane d’Hugo Ball, ndlr] dans l’ancien loft de George Maciunas, le fondateur de fluxus, dans le quartier de SoHo, en plein cœur de New York. À la suite d’une proposition du Cabaret Voltaire, nous avons décidé que pour l’Europe nous mettrions en place une itinérance, d’où le nom de Locus Metropole.

locus metropole1Le nom nous renseigne sur l’intention : avez-vous ressenti le besoin de réactiver des démarches poétiques autour de la voix ?
Oui, nous souhaitons travailler sur cette question de la voix, du sens, du langage, à la suite de ce que cherche à défendre John Giorno, sous la forme d’un investissement physique, celui de la spoken poetry. Ce qui renvoie pour nous aux trois piliers de la poésie sonore en Europe, Bernard Heidsieck, Henri Chopin et François Dufrêne, avec des branches qui partent du lettrisme et de l’ultra-lettrisme, en passant par le situationnisme. Un travail est mené en Europe autour de la question du corps en train de lire, de souffler, d’éructer ou de susurrer, donc autour de l’artiste, de l’écrivain et du performer, mais il nous semblait important de favoriser une autre dérivation possible dans ce rhizome d’expériences menées ici ou là, et de faire exister des engagements autour de la voix, même si ça semble être un travail sans fin. Il s’agissait de faire entrer de l’extériorité sur la base de questions aussi diverses que : comment créer du relief sur des surfaces dont on ressentirait les aspérités ? comment provoquer une lecture multiple et sortir d’une vision monoculaire ? comment ramener la question du temps et dire qu’il se passe quelque chose à un instant précis ?

En quoi John Giorno a-t-il été séduit par cette démarche ?
John se montre intéressé par la fraicheur et une forme d’activisme. Ce qui le rend sensible, c’est la volonté de faire exister des choses qui ne s’imposent pas d’elles-mêmes, comme cette manière de faire se connecter des interventions à la Kunsthalle à Mulhouse, au MAMCS à Strasbourg, à Milan et plus au sud en Italie. Ce qui importe, c’est de ramener du mouvement comme on le fait à New York où l’on rencontre un vrai succès et de garder cette approche expérimentale – voire expériencielle – avec laquelle on ne joue pas, mais on vit. Pour John, comme pour nous, il s’agit de vivre les choses dans le présent de manière incarnée, tout en invitant celui qui a la chance d’être là d’y participer lui aussi.

Performances de John Giorno, Jürgen O. Olbrich, Michel Collet le 15 mars à la Kunsthalle à Mulhouse, et avec John Giorno, Julien Blaine et Valentine Verhaeghe le 17 mars au MAMCS à Strasbourg

Photo : Patrice Lerochereuil (de gauche à droite, Michel Collet, Valentine Verhaeghe, John Giorno, Larry Litt à Zurich)

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