Philippe Poirier, Les Aiguilles du passé au Môle Seegmuller

Philippe Poirier, la performance Les Aiguilles du passé, le 20 février au Môle Seegmuller, dans le cadre d’Ososphère.

L’instant est au quasi recueillement : les craquements provoqués par la griffure de l’aiguille des vieux pick-up sur les microsillons des 78 tours et la voix de Peggie Lee rompent un silence d’or. Pour cette performance, Philippe Poirier a investi le Môle Seegmuller ; dans ce lieu déserté, il a fixé sur la pellicule Super 8 la poussière accumulée par le temps. Y résonnent cependant les sons d’antan et y apparaissent des images qu’on croyait oubliées : des vieux posters de John Lennon ou Jimmy Page accrochées sur du papier peint par un jeune résident inconnu, dans une pièce au-dessus. Débute alors une plongée aux sources du blues, du jazz et naturellement du rock, avec l’évocation imagée de tant de figures tutélaires, ici Rahsaan Roland Kirk, là Jimi Hendrix, entre autres géants de la musique. Au cœur du festival Ososphère qui révèle une fois de plus la richesse des arts numérique, ces images Super 8 et ce son des vinyles cultivent le paradoxe ; ils n’en touchent pas moins la très belle assistance d’un soir et laissent en elle une trace émotionnelle durable.

Photo : Stéphanie Linsingh

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John Giorno et Locus Metropole au MAMCS

mots&sons_StéphanieLinsingh_JohnGiorno_LocusMetropole_2Après la Kunsthalle de Mulhouse, Locus Metropole a proposé le 17 mars une série de performances au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, avec trois performances signées Julien Blaine, Valentine Verhaeghe et John Giorno.

Si Julien Blaine, dans toute sa suffisance et semi-conviction, nous a crispés d’emblée avec son propos entre chasse et molard, Valentine Verhaeghe a livré un message plein d’humanité, nous apportant une partie de la réponse à la question que nous avions pu nous poser précédemment : que sommes-nous venus faire ici ? I am here because I’m beautiful. Beauty is not for sale.

Puis, c’était au tour de John Giorno de se présenter sur la scène de l’Auditorium. Là, toute la force de la poésie Beat nous était livrée avec une élégance dont ne soupçonnions plus l’existence : le set était rodé, mais la lecture de The Death of William Burroughs, There was a Bad Tree et le Thanx 4 nothing (un texte qui nous émancipe de tout type d’adulation, et nous invite à aimer plus fort ce qui nous environne), a été vécue avec une émotion sans cesse redoublée…

The beautiful men and women woke up,
and nibbled on the leaves, again;
They ate the leaves, like deer, pausing between bites, looking up at the vast empty sky.
The leaves and fruit increased their clarity and bliss, and introduced the nature of primordially pure wisdom mind.

John Giorno, There Was A Bad Tree [excerpt] (2002)
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America, thanks for the neglect,
I did it without you,
let us celebrate poetic justice,
you and I never were,
never tried to do anything,
and never succeeded,
thanks for introducing me
to the face of the naked mind,
thanx 4 nothing.

John Giorno, Thanx 4 nothing [excerpt] (2007)
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Photos : Stéphanie Linsingh.

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Roxy Music, laissez faire le Strand

mots&sons_cover.RoxyMusicmots&sons_cover.RoxyMusic_ForYourPleasureEntre autres obsessions tenaces, j’ai une affection particulière pour Roxy Music, groupe dont on a tendance à minimiser l’importance esthétique. Le groupe est majeur, et c’est peu de le dire, pour la décennie des années 70. Si on a souhaité ne retenir que la dimension glamour de Brian Ferry, dans sa version mellow à la fin de la période et surtout au début des années 80, les historiens du rock britanniques savent combien cette formation art-rock a influencé les groupes post-punk, de Magazine à Joy Division.

Ça fait bien une semaine que j’écoute le premier album, Roxy Music, dans la voiture. Je ne suis pas sûr que ça soit le meilleur endroit pour l’écouter et pourtant c’est la première fois que la filiation progressive me paraît si évident. On aura tout dit sur la présence du non-musicien Brian Eno qui constitue avec Brian Ferry et Andy Mackay le trio fondateur, et cette volonté de s’inspirer de Marcel Duchamp pour intégrer la sphère pop, mais je ne m’étais jamais rendu compte à quel point le groupe devait à une formation arty telle que King Crimson. Inutile de chercher bien loin, et rapidement je découvre  dans la biographie de Roxy Music que Brian Ferry avait postulé pour rejoindre la célèbre formation de Robert Fripp, en remplacement de Greg Lake – ce que je méconnaissais totalement –, et qu’il a essuyé un refus, sa tessiture vocale ne correspondant pas au registre des nouvelles compositions. Il n’empêche que King Crimson a aidé le jeune groupe, le réorientant vers son agent de la firme E.G. qui a financé l’album produit par Peter Sinfield et publié chez Island au cours de l’été 1972.

À la réécoute, on sent que le groupe assure une vraie transition entre le rock intellectualisé de la fin des années 60 – qui puise lui-même ses racines dans le folk et le jazz – pour tendre vers une nouvelle esthétique pop (au sens pop art) qui fera, bien au-delà du glam, le lien vers le punk et surtout le post-punk. Cet album, et celui qui le suit, For Your Pleasure, installent quelque chose d’une forme particulière de subversion, qui renoue avec le dandysme britannique, tout en révélant un sens de l’auto-dérision que les paroles de Do The Strand nous confirment aisément… Nijinsky, le Sphinx, Mona Lisa (sans doute dans sa version revue par Duchamp), La Goulue, Lolita nous invitent à la danse, à proximité du Guernica, avec un état d’esprit nonsense que ne renieraient pas les Monty Pythons eux-mêmes. Depuis, tout comme les Esquimaux ou les Chinois, les Anglais ont beau feindre de ne pas y goûter, mais continuent de faire le Strand… Et nous de leur emboîter le pas depuis près de quarante ans… Laissez faire le Strand ! (en français dans le texte)

There´s a new sensation / A fabulous creation / A danceable solution / To teenage revolution / Do the strand love / When you feel love / It´s the new way / That´s why we say / Do the strand /Do it on the tables / Quaglino´s place or mabel´s / Slow and gentle / Sentimental / All styles served here / Louis Seize he prefer / Laissez-faire le strand / Tired of the tango / Fed up with fandango / Dance on moonbeams / Slide on rainbows / In furs or blue jeans / You know what I mean /Do the strand

Had your fill of quadrilles / The madison and cheap thrills / Bored with the beguine / The samba isn´t your scene / They´re playing our tune / By the pale moon / We´re incognito / Down the Lido / And we like the strand / Arabs at oasis / Eskimos and chinese / If you feel blue / Look through who´s who / See La Goulue / And Nijinsky / Do the strandsky / Weary of the waltz / And mashed potato schmaltz / Rhododendron / Is a nice flower / Evergreen /It lasts forever / But it can´t beat strand power / The sphynx and Mona Lisa / Lolita and Guernica / Did the strand

La Fiancée, artiste plurielle

Quand elle vous croise, La Fiancée vous fait la bise d’emblée. L’enthousiasme et la fraicheur de cette jeune artiste qui fait tout doucettement son trou parmi les artistes de la nouvelle vague française n’empêche une franche conviction et une grande maturité.

mots&sons_LaFiancée_StéphaneLouisVous renouez avec la pratique du EP tel qu’il était pratiqué dans les années 60. Pourquoi privilégier ce format ? Est-ce une manière de vous révéler petit à petit ?

Oui, c’est tout à fait cela, et en même temps, d’un point de vue personnel je n’avais pas la patience de publier un album directement. J’avais envie de faire des choses de manière assez spontanée. Et donc d’écrire la musique, de l’enregistrer et de la sortir la plus vite possible. Comme ce sont mes premières armes, j’avais envie d’exploiter ce nouveau format à un moment où l’on se pose la question de la vente de disques. À ce compte-là, autant s’amuser et faire les choses comme on les entend. En plus, j’ai eu la chance de trouver des gens qui m’ont soutenue dans cette démarche, en l’occurrence une major, ce qui est assez rare.

Pour ce troisième EP, vous optez pour des reprises. L’exercice ne présente rien d’innocent. Était-ce une manière pour vous de vous inscrire dans ce qui a nourri votre parcours musical ?

J’avais prévu quatre EP, et au final il n’y en aura que trois parce que j’ai accumulé assez de textes et de musiques pour l’album. Mais au départ, je savais que l’un des EPs serait constitué de reprises. Je souhaitais présenter mon univers et j’aimais l’idée de me lancer un nouveau défi : réinterpréter des chansons que j’aimais. Il s’agissait de savoir ce que je pouvais en faire au niveau des arrangements. C’était également l’occasion de me confronter à l’anglais dans la mesure où j’ai écouté principalement des artistes anglo-saxons dans ma jeunesse.

Il y a notamment cette reprise des Zombies, Smokey Day, une chanson qu’on connaît également dans une version interprétée en solo par Colin Blunstone…

C’est une chanson que nous adorons avec mon amoureux. Nous y associons quelques jolis souvenirs… C’est donc un petit clin d’œil à notre histoire, mais il y avait aussi l’idée d’en faire quelque chose. Les Zombies en avaient proposé une version folk douce, Colin Blunstone l’avait arrangée dans une version pop avec plein de cordes. Avec ma copine Mai [une chanteuse suédoise, ndlr], nous l’avons attaquée avec une touche plus électro.

Justement, est-ce une piste que vous souhaitez explorer par la suite ?

J’expérimente cette dimension électro, toute seule chez moi avec mon ordinateur. Ce qui est génial avec les EPs, c’est la possibilité de tenter des choses et de prendre des risques, quitte à se planter un peu. Et là, ce EP de reprises m’a permis d’aborder des genres un peu différent.

Pour les reprises en langue anglaise, vous vous êtes attachée à Driving Away From Home du groupe It’s Immaterial sous la forme d’un duo avec J.J. Campbell. Mais étrangement, la rencontre n’a pas eu lieu…

Au moment de l’enregistrement en studio, on s’est dit que c’était vraiment stupide de l’interpréter sans voix masculine et comme il fallait chercher une voix masculine autant prendre celle de John Campbell. Mais comme il est professeur d’architecture entre Liverpool et Manchester – il a quitté la chanson depuis longtemps –, ça n’était pas simple. Il était en pleine rentrée scolaire, et du coup nous n’avons pas pu nous rencontrer, et c’est bien dommage. Il n’avait plus entendu parler de sa chanson depuis vingt ans et du coup, il était très touché qu’on la déterre ainsi… Nous lui avons envoyé les pistes et au bout de quelques mails très amicaux, il nous a envoyé sa partie.

On espère que la rencontre aura lieu. Sur scène ?

Oh oui, j’espère ! Ça serait bien…

Vous reprenez Jil Caplan, Benjamin Biolay, Brigitte Bardot, mais vous vous attaquez à un monument, Ouverture d’Etienne Daho, autrement dit la face nord de la pop.

J’avais un peu peur. C’est la première chanson que j’avais choisie ; intrinsèquement, elle me bouleverse à chaque fois. Je me suis dit que les puristes allaient me tomber dessus, mais je l’ai faite quand même. Etienne Daho, que j’ai rencontré un peu plus tard, m’a dit qu’il avait lui-même été très touché. C’était donc une forme d’adoubement de sa part.

Pour la suite, l’album se profile… Il y a une collaboration avec Florent Marchet, quelles sont les pistes ?

Je ne sais pas encore ce qui va être fait, on va sans doute de nouvelles choses avec Florent, mais je travaille également avec JP Nataf. C’est quelqu’un que j’adore ! J’ai lancé des hameçons à droite et à gauche, avec mes musiciens, mais aussi avec Edgar Ficat, qui a composé les chansons sur les autres EPs. Moi-même, je me suis mise à la composition. J’attends de voir ce qui se passe…

L’un des autres aspects de votre créativité, c’est l’illustration. Vous signez les pochettes de vos disques.

De manière générale, je vois des liens entre le graphisme et la musique, mais aussi avec mon autre métier : la mode. [Claire est styliste pour des magazines comme Grazia, ndlr] Tout cela, je l’envisage de manière globale et en cohérence. Pour ces pochettes, je ne me voyais pas avec ma photo dessus. Par contre, j’avais ce dessin qui traînait dans un de mes carnets et comme c’était un autoportrait, j’y voyais une autre interprétation de moi.

Interview réalisée le 18 mars à La Laiterie ; article à paraître dans Zut #9 (printemps 2011)

Photo : Stéphane Louis

Cornershop, & The Double ‘O’ Groove Of

Sans y prendre garde, ça fait près de 20 ans que Tjinder Singh développe une pop dont il est le seul à connaître le secret, qui puise aussi bien dans sa solide culture musicale britannique et dans les sons de l’Inde, pays d’où il est originaire. Avec la présence de la chanteuse Bubbley Kaur, cette orientation prend une nouvelle tournure : les ritournelles qu’il construit à partir d’une grande variété de boucles électroniques et easy-listening aboutissent à un étonnant mélange de saveurs bollypop acidulées. Malgré l’insouciance apparente, l’affaire mérite d’être prise très au sérieux : peut-être tient-on là le premier chef d’œuvre d’un genre nouveau.

Cornershop, & The Double ‘O’ Groove Of – Differ-Ant

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Locus Metropole, la voix démultipliée

Née d’expériences menées à New York, l’aventure Locus Metropole a débuté à Zurich, mais se poursuit dans toute l’Europe sous la forme de démarches itinérantes, avec des grandes figures de la poésie sonore, dont John Giorno. Le point avec l’artiste et théoricien Michel Collet.

Locus Metropole est lancé en 2009 au Cabaret Voltaire, à Zurich. Comment en êtes-vous arrivé à vous produire dans ce lieu historique du mouvement dada ?
Depuis 3 ou 4 ans, nous avons organisé plusieurs événements dans différents lieux, et notamment le festival Blago Bung [dont le nom est emprunté au poème Karawane d’Hugo Ball, ndlr] dans l’ancien loft de George Maciunas, le fondateur de fluxus, dans le quartier de SoHo, en plein cœur de New York. À la suite d’une proposition du Cabaret Voltaire, nous avons décidé que pour l’Europe nous mettrions en place une itinérance, d’où le nom de Locus Metropole.

locus metropole1Le nom nous renseigne sur l’intention : avez-vous ressenti le besoin de réactiver des démarches poétiques autour de la voix ?
Oui, nous souhaitons travailler sur cette question de la voix, du sens, du langage, à la suite de ce que cherche à défendre John Giorno, sous la forme d’un investissement physique, celui de la spoken poetry. Ce qui renvoie pour nous aux trois piliers de la poésie sonore en Europe, Bernard Heidsieck, Henri Chopin et François Dufrêne, avec des branches qui partent du lettrisme et de l’ultra-lettrisme, en passant par le situationnisme. Un travail est mené en Europe autour de la question du corps en train de lire, de souffler, d’éructer ou de susurrer, donc autour de l’artiste, de l’écrivain et du performer, mais il nous semblait important de favoriser une autre dérivation possible dans ce rhizome d’expériences menées ici ou là, et de faire exister des engagements autour de la voix, même si ça semble être un travail sans fin. Il s’agissait de faire entrer de l’extériorité sur la base de questions aussi diverses que : comment créer du relief sur des surfaces dont on ressentirait les aspérités ? comment provoquer une lecture multiple et sortir d’une vision monoculaire ? comment ramener la question du temps et dire qu’il se passe quelque chose à un instant précis ?

En quoi John Giorno a-t-il été séduit par cette démarche ?
John se montre intéressé par la fraicheur et une forme d’activisme. Ce qui le rend sensible, c’est la volonté de faire exister des choses qui ne s’imposent pas d’elles-mêmes, comme cette manière de faire se connecter des interventions à la Kunsthalle à Mulhouse, au MAMCS à Strasbourg, à Milan et plus au sud en Italie. Ce qui importe, c’est de ramener du mouvement comme on le fait à New York où l’on rencontre un vrai succès et de garder cette approche expérimentale – voire expériencielle – avec laquelle on ne joue pas, mais on vit. Pour John, comme pour nous, il s’agit de vivre les choses dans le présent de manière incarnée, tout en invitant celui qui a la chance d’être là d’y participer lui aussi.

Performances de John Giorno, Jürgen O. Olbrich, Michel Collet le 15 mars à la Kunsthalle à Mulhouse, et avec John Giorno, Julien Blaine et Valentine Verhaeghe le 17 mars au MAMCS à Strasbourg

Photo : Patrice Lerochereuil (de gauche à droite, Michel Collet, Valentine Verhaeghe, John Giorno, Larry Litt à Zurich)

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Josh T. Pearson, la quête d’une destination

Certains s’en souviennent : Josh T. Pearson faisait partie d’un groupe texan, Lift To Experience au début des années 2000. Depuis, il tourne en solo, vit à Paris et publie la suite à The Texas Jerusalem Crossroads, dix ans après… Le titre : Last of the Country Gentlemen.

Vous êtes vous-même fils de pasteur, vos chansons demeurent empruntes d’une certaine religiosité.
Oui, absolument. Elles correspondent à une forme de quête : la quête d’une destination ou d’un espace où vivre. Elles évoquent cette manière de chercher et de trouver, mais surtout de chercher.

Votre première expérience musicale, vous la vivez à l’église, lors des célébrations.
Oui, le fait de chanter dans un chœur continue d’avoir une influence sur ma manière d’appréhender la musique. Ça le reste pour le gospel, qui est décidément une musique incroyable. Je n’ai découvert le rock’n’roll qu’à 14 ans.

Quels étaient les premiers groupes rock que vous découvriez adolescent ?
Ma première K7, c’était U2, Under A Blood Red Sky, The Cure, la compilation Standing On The Beach et les Smiths.

C’est drôle, mais ce sont des groupes anglais et irlandais…
Oui, je n’ai découvert le rock américain que dans un second temps. Là, j’écoutais tout ce qui pouvait sonner très américain, les Butthole Surfers, par exemple.

Qu’en est-il de David Eugene Edwards, des Sixteen Horsepower et de Woven Hand ?
Les Sixteen Horsepower faisaient partie de mes groupes préférés. Il y a quelque chose qui me séduit chez David Eugene, c’est cette manière d’accorder de l’importance à chaque note. De même, chaque son a une importance particulière pour moi ; il n’y a donc rien d’expérimental dans ce que je peux faire. Ce que je cherche, c’est de conduire le public à se transcender par l’esprit.

Avez-vous le sentiment d’une dimension prophétique de certaines de vos chansons ?
J’aimerais qu’elles le soient, pas forcément dans l’instant. Je souhaiterais que les choses se produisent dans le futur, mais à un niveau très personnel. Dans ce sens, tous les bons artistes adoptent cette approche prophétique.

Vous avez dit qu’à 19 ans Dieu avait quitté votre corps physiquement, mais que la seule manière de le retrouver, c’était la musique…
Je ne me suis plus posé la question depuis longtemps… Ce que je sais c’est qu’il faisait partie de mes besoins intérieurs et qu’à l’époque je suis retrouvé prostré durant des mois. Quand j’ai fini par admettre qu’il ne se passerait rien, j’ai commencé à jouer de la guitare. Je ne sais pas pourquoi, mais j’aimerais penser qu’il m’a poussé à le faire…

Josh T. Pearson, Last of the Country Gentlemen, Mute

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Kill your pop #8 : Deerhunter, etc…

Parmi les festivals qui mettent l’accent sur les musiques pop indépendantes, Kill Your Pop s’impose comme l’un des événements hexagonaux incontournables. La nouvelle édition garde son niveau d’exigence tout en restant accessible à tous les publics.

La huitième édition de Kill Your Pop ne déroge pas à la règle : la pop y est présentée dans toute sa diversité, électrique, folk ou avant-gardiste. Qu’est-ce qui réunit fondamentalement les Américains Dark Dark Dark, la jeune Française Faustine Seilman ou les Anglais de Southampton sobrement baptisés The Notes, si ce n’est cette volonté de plonger dans les méandres d’un genre qui, sous des apparences parfois insouciantes – la sempiternelle ritournelle pop – n’en révèle pas moins la névrose de chacun ?

À Dijon, les artistes de demain côtoient avec bonheur les têtes d’affiche d’aujourd’hui, même si la notoriété de certains groupes reste à prouver, notamment en France. Au cœur de la programmation se cache sans doute le meilleur groupe du moment, Deerhunter, qui en toute discrétion – discrétion toute relative, vu le succès rencontré notamment en Angleterre et au Japon – se tourne vers le meilleur du psychédélisme passé pour dessiner les contours d’une pop sensuelle et pleine de suite mélodique dans les idées. Le leader de ce groupe d’Atlanta signé chez 4AD, Bradford Cox, qu’on connaît également pour son projet solo, Atlas Sound, est sans doute le plus talentueux songwriter de sa génération. L’un des derniers serions-nous tentés de rajouter, si l’on accorde à ce mot “songwriter” son sens littéral, autrement dit “auteur de chansons”, à une époque où ce format est largement mis à mal pour des raisons esthétiques louables – au profit de l’expérience électronique –, mais aussi, malheureusement, par l’évidente négligence d’un nombre sans cesse croissant d’artistes incapables de produire la moindre ébauche d’un thème musical audible. La seule présence de cette figure que l’histoire resituera plus tard, bien au-delà du culte actuel, à son juste niveau – à l’égal de Brian Wilson, Roky Erickson ou Syd Barrett – justifie pleinement l’existence de ce beau festival, Deerhunter enveloppant de sa majesté l’ensemble des formations invitées.

Qu’on se le dise, Kill Your Pop est un événement annuel, mais il est rare. Il suffit pour s’en convaincre de se tourner un moment vers les éditions passées, et on se souviendra d’y avoir découvert nos artistes fétiches du moment. Prenons date que chacun des artistes présents lors de cette édition 2011 marquera les années qui viennent. Les paris sont ouverts, qui renchérit ?

Kill your Pop #8, du 7 au 10 avril dans différents lieux à Dijon

À charger, les enregistrements home-made d’Atlas Sound (Bradford Cox de Deerhunter)

Atlas Sound, Bedroom Databank vol.1 ;
Atlas Sound, Bedroom Databank vol.2 ;

Atlas Sound, Bedroom Databank vol.3 ;
Atlas Sound, Bedroom Databank vol.4

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