On le sait : la parade des maisons de disques à la crise du support est de soigner les rééditions. Après, il est difficile de faire le tri entre le la publication opportuniste et la vraie démarche de réévaluation d’une œuvre passée. Ce qui semble rassurant, c’est que les concepteurs de ces rééditions se donnent du mal pour offrir des objets – et j’entends là également la partie son qui nous concerne au premier abord – qui soient à la hauteur des espérances des fans…

Après, les critères restent forcément subjectifs : l’artiste représenté, le matériau révélé, le packaging, la charge affective qu’on place dans l’acquisition, etc.

1. Orange Juice, Coals To Newcastle

Il peut paraître étonnant de placer Orange Juice en tête, quand on mesure la portée des artistes qui vont suivre, mais c’est de loin le travail de révélation le plus remarquable : le groupe d’Edwyn Collins méritait d’être resitué à sa juste valeur dans une époque qui a bien voulu nier son importance. Cette intégrale est magnifique, tant du point de vue du matériau (albums, EPs, live, Peel Sessions) que de l’emballage. Décidément, Domino (sans doute aiguillé par le fan Alex Kapranos de Franz Ferdinand) fait œuvre avec des publications de haut vol. Grâce à ce coffret, Orange Juice retrouve sa juste place, pas si loin de ses modèles Television et Talking Heads. Exigeants, impatients, on attend un travail équivalent pour les autres groupes écossais majeurs, Josef K (une première compilation a vu le jour il y a quelques années) et Aztec Camera, ou une rétro Postcard, du fameux label qui les a tous lancés à la fin des années 70.

2. Bob Dylan, The Original Mono Recordings

Que dire ? Peut-être les plus beaux disques du monde, enchaînés à un rythme soutenu de 1962 (Bob Dylan) à 1967 (John Wesley Harding). Présentés à l’identique des originaux en vinyle, sans doute la plus belle édition en CD de ces albums majeurs, avec une qualité de son et une sécheresse qui renvoient au sentiment initial de ceux qui les ont découverts en temps réel – ce dont je ne suis pas, et de loin pas !

3. V/A Elektronische Musik : Experimental German Rock and Electronic Musik 1972-83

Soul Jazz semblait en perte de vitesse ces derniers mois, mais en toute discrétion le label a exhumé des archives krautrock estimables au plus haut point : Can, Tangerine Dream, Neu!, Faust, Ash Ra Tempel mais aussi Harmonia, Cluster, Roedelius pour un tour d’horizon, qui pour être rapide, n’en offre pas moins un éventail complet des avant-gardes pop outre-Rhin dans les années 70.

4. The Fall, The Wonderful and Frightening World of The Fall

Après Bauhaus, c’est au tour de The Fall de faire l’objet d’une Omnibus Edition chez Beggars Banquet : on sait l’importance de The Fall, mais avec cette réédition, on mesure la dimension du groupe de Mark E. Smith. Hors temps, hors espace, avec le sentiment de chaos ultime, essentiel !

5. John Lennon, Plastic Ono Band

On s’est beaucoup attaché à la réédition de Double Fantasy (Stripped Down), mais rien n’équivaut le premier album solo de l’ex-Beatles. Il est restitué avec un son en rapport les paroles, un son qui claque, qui fouette les sens et nous alerte ! Une intimité et une conviction inégalées. Un regret cependant : l’occasion était belle d’une réédition du Plastic Ono Band version Yoko Ono, et même un double CD Deluxe (avec éditions en vinyles, fac-similés, notes d’enregistrements, poster et autres binz, Yoko nue – déjà vu, ah ! –, etc…). Blague à part, ce chef d’œuvre que peu de gens connaissent mériterait un son équivalent !

6. Lee Fields, Problems

Sublime, absolument sublime ! La réédition soul de l’année… Album culte publié en 2002 chez Soul Fire, Problems faisait l’objet de convoitises extrêmes pour le plus grand plaisir des spéculateurs. Le label Truth & Soul nous remet entre les mains ce chef d’œuvre qui sonne comme aux plus belles heures de l’afro-soul seventies !

7. The Stooges, Raw Power [Legacy Edition]

Un coffret 3 CD qui retourne à l’essence même de ce chef d’œuvre de subversion. Raaaaaaaaaaaw Power !

8. Chuck Berry, The Complete Chess Recordings (1969-1974)

L’ami Chuck semble en perte de vitesse en studio – ce qui n’est pas le cas sur scène – et cherche à tirer profit de sa notoriété, mais par moment il donne la leçon à tous ses suiveurs. Sa créativité fonctionne par fulgurances, mais quelles fulgurances !

9. The Teardrop Explodes, Kilimanjaro

En France, on continue d’ignorer The Teardrop Explodes, et pourtant on doit au groupe de Julian Cope le grand virage néo-psychédélique que prendront bien des groupes anglais au début des années 80, les voisins Bunnymen, XTC et tous les autres. Une réédition en 3 CD précieuse à la compréhension de ces années déterminantes !

10. Nick Cave & The Bad Seeds, Tender Prey

L’album qui marque un tournant dans la carrière de Nick Cave : une nouvelle densité autant sonore que textuelle et une forme de maturité pour l’ex-Birthday Party qui expliquent les chefs d’œuvre à venir, dont The Good Son, réédité en même temps.

11. Tammi Terrell, Come on and See Me
12. David Bowie, Station to Station
13. The Rolling Stones, Exile on Main St.
14. Bob Dylan, The Bootleg Series Vol. 9: The Witmark Demos: 1962-64
15. James Brown, The Singles 1973-75
16. The Beatles, Red (1962-66) & Blue (1967-70) Albums

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