Deep End de Jerzy Skolimowski chez Carlotta
29 déc
Il y a carte de vœu et carte de vœu. On peut compter sur le formidable éditeur de films, de DVD et Blue-ray Carlotta pour vous soigner. Je sais que je vais faire des jaloux, mais tant pis ! La carte de vœux grand format pour 2011 concerne l’un de mes films fétiches, Deep End (1971) du cinéaste Jerzy Skolimowski ; on y voit le jeune John Moulder-Brown (Mike dans le film) discuter avec Jane Asher (Susan) dans l’établissement de bain public où ils travaillent tous deux.
Peu de film ont su ainsi magnifier le fantasme adolescent… Voilà une bien belle manière de nous présenter des vœux ! D’autant plus que cette carte annonce la re-sortie du film au cinéma au courant de l’été 2011, sans doute suivie d’une édition DVD (ce qui n’est pas encore arrivé, à ma connaissance). Nous aurons bien sûr l’occasion d’en reparler (et signaler la sublime BO signée Cat Stevens et Can). Dans l’attente, je me programme une vision à partir d’une bonne vieille K7 VHS enregistrée.
À lire la critique du film sur Mots & Sons : I might die tonight!
2010, bilan musical, 2ème partie : les rééditions
25 déc
On le sait : la parade des maisons de disques à la crise du support est de soigner les rééditions. Après, il est difficile de faire le tri entre le la publication opportuniste et la vraie démarche de réévaluation d’une œuvre passée. Ce qui semble rassurant, c’est que les concepteurs de ces rééditions se donnent du mal pour offrir des objets – et j’entends là également la partie son qui nous concerne au premier abord – qui soient à la hauteur des espérances des fans…
Après, les critères restent forcément subjectifs : l’artiste représenté, le matériau révélé, le packaging, la charge affective qu’on place dans l’acquisition, etc.
1. Orange Juice, Coals To Newcastle
Il peut paraître étonnant de placer Orange Juice en tête, quand on mesure la portée des artistes qui vont suivre, mais c’est de loin le travail de révélation le plus remarquable : le groupe d’Edwyn Collins méritait d’être resitué à sa juste valeur dans une époque qui a bien voulu nier son importance. Cette intégrale est magnifique, tant du point de vue du matériau (albums, EPs, live, Peel Sessions) que de l’emballage. Décidément, Domino (sans doute aiguillé par le fan Alex Kapranos de Franz Ferdinand) fait œuvre avec des publications de haut vol. Grâce à ce coffret, Orange Juice retrouve sa juste place, pas si loin de ses modèles Television et Talking Heads. Exigeants, impatients, on attend un travail équivalent pour les autres groupes écossais majeurs, Josef K (une première compilation a vu le jour il y a quelques années) et Aztec Camera, ou une rétro Postcard, du fameux label qui les a tous lancés à la fin des années 70.
2. Bob Dylan, The Original Mono Recordings
Que dire ? Peut-être les plus beaux disques du monde, enchaînés à un rythme soutenu de 1962 (Bob Dylan) à 1967 (John Wesley Harding). Présentés à l’identique des originaux en vinyle, sans doute la plus belle édition en CD de ces albums majeurs, avec une qualité de son et une sécheresse qui renvoient au sentiment initial de ceux qui les ont découverts en temps réel – ce dont je ne suis pas, et de loin pas !
3. V/A Elektronische Musik : Experimental German Rock and Electronic Musik 1972-83
Soul Jazz semblait en perte de vitesse ces derniers mois, mais en toute discrétion le label a exhumé des archives krautrock estimables au plus haut point : Can, Tangerine Dream, Neu!, Faust, Ash Ra Tempel mais aussi Harmonia, Cluster, Roedelius pour un tour d’horizon, qui pour être rapide, n’en offre pas moins un éventail complet des avant-gardes pop outre-Rhin dans les années 70.
4. The Fall, The Wonderful and Frightening World of The Fall
Après Bauhaus, c’est au tour de The Fall de faire l’objet d’une Omnibus Edition chez Beggars Banquet : on sait l’importance de The Fall, mais avec cette réédition, on mesure la dimension du groupe de Mark E. Smith. Hors temps, hors espace, avec le sentiment de chaos ultime, essentiel !
5. John Lennon, Plastic Ono Band
On s’est beaucoup attaché à la réédition de Double Fantasy (Stripped Down), mais rien n’équivaut le premier album solo de l’ex-Beatles. Il est restitué avec un son en rapport les paroles, un son qui claque, qui fouette les sens et nous alerte ! Une intimité et une conviction inégalées. Un regret cependant : l’occasion était belle d’une réédition du Plastic Ono Band version Yoko Ono, et même un double CD Deluxe (avec éditions en vinyles, fac-similés, notes d’enregistrements, poster et autres binz, Yoko nue – déjà vu, ah ! –, etc…). Blague à part, ce chef d’œuvre que peu de gens connaissent mériterait un son équivalent !
6. Lee Fields, Problems
Sublime, absolument sublime ! La réédition soul de l’année… Album culte publié en 2002 chez Soul Fire, Problems faisait l’objet de convoitises extrêmes pour le plus grand plaisir des spéculateurs. Le label Truth & Soul nous remet entre les mains ce chef d’œuvre qui sonne comme aux plus belles heures de l’afro-soul seventies !
7. The Stooges, Raw Power [Legacy Edition]
Un coffret 3 CD qui retourne à l’essence même de ce chef d’œuvre de subversion. Raaaaaaaaaaaw Power !
8. Chuck Berry, The Complete Chess Recordings (1969-1974)
L’ami Chuck semble en perte de vitesse en studio – ce qui n’est pas le cas sur scène – et cherche à tirer profit de sa notoriété, mais par moment il donne la leçon à tous ses suiveurs. Sa créativité fonctionne par fulgurances, mais quelles fulgurances !
9. The Teardrop Explodes, Kilimanjaro
En France, on continue d’ignorer The Teardrop Explodes, et pourtant on doit au groupe de Julian Cope le grand virage néo-psychédélique que prendront bien des groupes anglais au début des années 80, les voisins Bunnymen, XTC et tous les autres. Une réédition en 3 CD précieuse à la compréhension de ces années déterminantes !
10. Nick Cave & The Bad Seeds, Tender Prey
L’album qui marque un tournant dans la carrière de Nick Cave : une nouvelle densité autant sonore que textuelle et une forme de maturité pour l’ex-Birthday Party qui expliquent les chefs d’œuvre à venir, dont The Good Son, réédité en même temps.
11. Tammi Terrell, Come on and See Me
12. David Bowie, Station to Station
13. The Rolling Stones, Exile on Main St.
14. Bob Dylan, The Bootleg Series Vol. 9: The Witmark Demos: 1962-64
15. James Brown, The Singles 1973-75
16. The Beatles, Red (1962-66) & Blue (1967-70) Albums
2010, bilan musical, 1ère partie : les albums
23 déc
On me pose déjà la question du bilan 2010. Or, 2010 a été une bien drôle d’année : beaucoup de promesses, mais peu d’actions concrètes. Dans le marasme ambiant, une bonne nouvelle cependant, venue de France. Nul disque ne m’aura plus touché que celui de Philippe Poirier, dont les contours chatoyants ne cessent de m’envelopper depuis sa sortie début décembre, quelle que soit l’humeur du moment. De même pour Hypernuit de Bertrand Belin, qui place ce compositeur très précieux au sommet de la chanson française. Deux autres publications, notamment celle du duo singulier Arlt et d’Arnaud Fleurent-Didier offrent, elles aussi, de jolies perspectives à une production française sérieusement malmenée par les temps qui courent.
Du côté des anglo-saxons, quelques confirmations, Arcade Fire, Foals, MGMT, Yeasayer, !!!, The Black Keys, avec de très beaux albums, dont certains constituent assurément les classiques de demain, mais rien de fondamentalement sidérant non plus. Je garde cependant une affection particulière pour l’album de Hot Chip et ce parti-pris audacieux qui consiste à puiser dans les sonorités mid-80’s mainstream pour bouleverser les codes mélodiques de la pop indie, tout comme pour le dernier opus de The Coral, Butterfly House, qui aura égayé mon été avec une poignée de délicieuses balades pop psychédéliques.
Heureusement, trois albums se sont distingués et ont relevé le niveau de cette année très moyenne pour nos amis anglo-saxons. Ils sont signés Tame Impala – ou comment la tradition pop continue de déterminer les lignes d’un futur flamboyant –, Gonjasufi, qui réussit à établir chez Warp la jonction entre l’easy-listening d’inspiration 60’s et les stridences de Captain Beefheart, et enfin Anika, dont la froideur dub nous renvoie à nos premiers émois post-punk.
Voilà un classement forcément discutable parce que fantasmé et hautement subjectif, mais mon classement tout de même :
1. Philippe Poirier, Les Triangles Allongés
2. Bertrand Belin, Hypernuit
3. Tame Impala, Innerspeaker
4. Herzfeld Orchestra, Herzfeld Orchestra
5. Gonjasufi, A Sufi And A Killer
6. Anika, Anika
7. Arcade Fire, The Suburbs
8. The Coral, Butterfly House
9. Hot Chip, One Life Stand
10. Arlt, La Langue
11. Romeo & Sarah, Vecteurs et Forces
12. Yeasayer, Odd Blood
13. LCD Soundsystem, This Is Happening
14. !!!, Strange Weather, Isn’t It
15. Brian Eno, Small Craft on a Milk Sea
16. MGMT, Congratulations
17. Pantha du Prince, Black Noise
18. Two Door Cinema Club, Tourist History
19. The Black Keys, Brothers
20. Foals, Total Life Forever
21. John Grant, Queen of Denmark
22. Roky Erickson w/ Okkervil River, True Love Cast Out
23. Little Red Lauter, Slow Down
24. Deerhunter, Halcyon Digest
25. Rubik, Dada Bandits
26. Sufjan Stevens, The Age of Adz
27. Arnaud Fleurent-Didier, La Reproduction
28. Martina Topley-Bird, Some Place Simple
29. Mount Kimbie, Crook & Lovers
30. Isobel Campbell & Mark Lanegan, Hawk
Un prochain billet fera le point sur les singles, les rééditions et les coups de cœur, chanson par chanson.
Ci-dessous, Bertrand Belin, sans nul doute auteur de la chanson française de l’année avec Neige au Soleil.
Photo : Christophe Urbain
No Hell at Xmas, James Brown chante Noël !
19 déc
Je déteste Noël, ça n’est pas une posture, mais j’ai toujours détesté Noël, même petit ! Je n’ai pas cru longtemps au Père Noël… Chez moi, déjà pas de cheminée ! Et je trouvais qu’il était bien pressé, le Père Noël, pour déposer ses cadeaux, alors que j’étais soit dans ma chambre, soit aux toilettes. Du coup, je n’ai découvert les plaisirs de cette fête que bien plus tard, mais tout en gardant une certaine méfiance, mêlée d’appréhension.
C’est avec la même défiance que j’aborde les disques de Noël, y compris ceux concoctés par mes artistes préférés. D’où ma réaction vive quand Mathieu W. me tend The Complete James Brown Christmas : le rejet est quasi immédiat ! L’argument Hip-O Select vient perturber le jugement hâtif. Ce label américain expert en rééditions et trouvailles inédites (cf. l’intégrale des singles James Brown, l’intégrale Chess de Chuck Berry, la réédition en cours des enregistrement Chess de Bo Diddley, les compilations des Supremes ou de Tammi Terrell, etc.) ne peut soumettre aux fans qu’une édition de qualité quand celle-ci se justifie pleinement.
Ici en l’occurrence, rien qui puisse satisfaire les hordes de crétins qui cheminent le long du “christkindelsmärik” (entendez, le “marché de l’enfant Christ”, plus communément appelé “marché de Noël”) à Strasbourg. C’est pure soul ! Quelques balades gentiment acidulées – on n’évitera guère les Lonely Christmas et autre Merry Christmas, I Love you de circonstance –, mais aussi et surtout des funk endiablés, enregistrés entre 1966 et 1970 ! C’est (no) hell at Xmas ! Black Xmas, man ! Un temps enneigé certes, mais un groove à te donner envie de te farcir la dinde… Santa Claus a intérêt à faire fissa, sinon il a vite fait de se faire ramoner la cheminée, pauv’ dude ! Grâce à James Brown, on va lui faire passer l’envie de nous sermonner plus longuement…
Extraits à écouter en rotation sur flux4
Captain Beefheart’s last trip!
19 déc
Putain d’année 2010 ! Elle commence avec les disparitions successives de Lhasa, se poursuit avec celles de Vic Chesnutt et Mark Linkous de Sparklehorse, il fallait qu’elle s’achève avec le décès de Don Van Vliet, alias Captain Beefheart, le 17 décembre dernier, à la suite d’une sclérose en plaque. Sa retraite musicale en 1982 n’a jamais fait oublier l’immense influence de ce compositeur et plasticien unique sur des artistes aussi différents que les Résidents, Pere Ubu ou Tom Waits, mais aussi sur toute la scène post-punk anglaise (Public Image Limited, Joy Division, The Fall, Bauhaus…) et la scène indie américaine de la deuxième moitié des années 80 et du début des années 90 (Sonic Youth, Sebadoh, Pavement, The Flaming Lips…).
On ne reviendra pas sur les conditions d’enregistrements de Trout Mask Replica, son troisième album en 1969, produit par Frank Zappa, disque inécoutable pour certains, chef d’œuvre absolu pour tous les autres – dont je suis ! Les récits les plus farfelus continuent d’être relayés sur le niveau d’improvisation d’un disque plus écrit qu’il n’y paraît. Quoi qu’il en soit, la liberté formelle affichée par cet enregistrement continue de marquer des générations et des générations d’artistes rock et rares sont les exemples d’une vision aussi extrême d’une pop d’inspiration free. Seul, peut-être Starsailor de Tim Buckley explore cette voie esthétique sans nul retour possible d’une poésie anguleuse, à la limite de la stridence.
Trout Mask Replica ne doit pas occulter le reste d’une œuvre compacte, extrêmement cohérente, y compris dans ses débordements : Safe as Milk (1967), Strictly Personal (1968) dans sa version dépouillée, Lick My Decalls Off, Baby! (1970), Mirror Man (1971), et même dans une certaine mesure les tardifs Shiny Beast (Bat Chain Puller) (1978) et Ice Cream for Crow (1982), tout comme sa contribution à Hot Rats (1969), le second album solo de Frank Zappa, constituent des entrées en matière tout à fait appréciables avant de s’attaquer au monstrueux Trout Mask Replica. Aujourd’hui, il reste les disques et quelques images télévisées, assez rares, glanées ici ou là, dont la remarquable performance live en 1980 dans le cadre de Chorus, l’émission initiée pour Antenne 2 par Antoine de Caunes.
Exit the groove !
17 déc
À l’occasion du vernissage de l’exposition de l’illustratrice et plasticienne Lotie, un mix avec Jean-Luc Billing à La Boutique : certains parlent d’une battle, je préfère évoquer ping pong musical très amical. À une époque, à la télévision, une émission confrontait les œuvres des plus grands auteurs de BD, c’était du Tac au Tac, sur le principe du Cadavre Exquis. Là, le principe est simple : 1 titre diffusé en suggère un autre, et ainsi de suite… Reste à savoir ce qu’il faut emporter avec soi : je me suis limité à une quarantaine de disques, sur la base d’une couleur pop psychédélique et hybride, avec moult détours mutants et post-punk.
Je pourrai puiser au hasard dans les disques des groupes et artistes suivants :
Talking Heads, Pere Ubu, The Slits, The B-52’s, Tuxedomoon, Suicide, Liquid Liquid, The Fall, Billy Childish, The Raincoats, Honeymoon Killers (Tueurs de la Lune de Miel), The 13th Floor Elevator, David Bowie, The Residents, Snakefinger, The Undertones, Devo, The Stooges, The Stranglers, Taxi Girl, Magazine, Blondie, Alex Chilton, The Electric Prunes, Le Tigre, !!!, Kraftwerk, Big Youth, Can, Kevin Ayers, Of Montreal, The Olivia Tremor Control, Clinic…
Un seul mot d’ordre pour moi : Exit the groove !
Rendez-vous le 17 décembre à 18h30 à La Boutique
(10, rue Ste Hélène à Strasbourg).
Le site de DJ M&S
Lotie à La Boutique
17 déc
Que ce soit dans le cadre de son activité professionnelle freelance (publicité, édition, web, animation) ou de ses recherches artistiques, Lotie aime voir se mêler les formes organiques qu’elle crée à l’encre de Chine, au crayon ou au feutre.
En multipliant les médias et les supports, dessins numérisés et photographies, cette illustratrice et plasticienne strasbourgeoise nous plonge dans des environnements pleins d’onirisme, à la charge affective subtile, pour des instants de rêverie prolongés.
La démarche qu’elle développe également par le biais de l’animation comme nouvel horizon artistique et la musique pour donner voix à ses dessins, lui permet d’exprimer tout son talent dans le cadre d’expositions à l’échelle européenne, et même au-delà.
Exposition du 17 décembre 2010 au 11 janvier 2011 à La Boutique (10, rue Ste Hélène à Strasbourg – 09 52 17 45 23)
Vernissage le 17 janvier à 18h30 : DJ Mix post-punk et hybrid-pop avec Jean-Luc Billing
www.lotie.com
contact@lotie.com









