Patti Smith publie chez Denoël un ouvrage sur ses souvenirs avec Robert Mapplethorpe, Just Kids. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, cette grande figure rencontre le public à la Librairie Kléber à Strasbourg le 19 octobre à 17h30 et propose une lecture, suivie d’un instant musical, à la Cité de la musique et de la danse à Strasbourg.

mots&sons_PattiSmith_RobertMapplethorpeOn est saisi dès les premières pages de Just Kids de Patti Smith, quand elle évoque la disparition de son ami, frère – et ancien amant – Robert Mapplethorpe, des suites du sida. Il y a une justesse qui touche d’emblée le lecteur. On sait dès lors que le récit qui suit est porteur d’une charge particulière qui mêle intimité, bonheur et drame. Le même coup de téléphone, au début et à la fin de l’ouvrage, encadre à deux instants distincts cette longue chronique des riches heures new-yorkaises, au cours desquelles les deux amis découvrent leur propre mode d’expression avec la même soif créative ; ils cheminent en parallèle – la poésie et la performance pour elle, la photographie pour lui – à une époque où les arts et le rock’n’roll s’entremêlent, et se rejoignent le temps d’une séance mythique pour l’image qui symbolise toute une époque : la pochette du premier album de Patti Smith, Horses.

Cette image solde tout à la fois, les résidus de l’âge d’or – ou supposé comme tel des années 60 – les idéaux qu’on y associait et les illusions qui allaient avec, pour ouvrir une nouvelle ère : celle du punk qui fait table rase, avec cynisme souvent, mais parfois avec lucidité, loin de toute peur – si ce n’est « de la peur elle-même ».

Avec une certaine grandeur, l’image de Patti Smith ce jour-là continue d’incarner cette rupture ; belle et androgyne, la chanteuse et poète s’impose comme la nouvelle icône de son temps, à l’image d’Arthur Rimbaud, modèle et source d’inspiration permanente. « Rimbaud détenait les clefs d’un langage mystique que je dévorais même lorsque je ne pouvais le déchiffrer tout à fait », se souvient-elle au début de l’ouvrage.

Le succès qui suit conduit à la renonciation pour elle, il conduit à la mort pour lui. Il reste le souvenir d’un amour d’une force considérable, qui traverse avec sobriété chaque anecdote : leur rencontre au cours de l’été 1967 à l’heure des enfants fleurs, le premier portrait, les lectures de William Blake, les instants partagés de Brooklyn à Coney Island, la vie ensemble au Chelsea Hotel, et puis les aveux de Robert concernant son homosexualité… Contrairement à d’autres ouvrages qui tentent de retracer la période – on pense notamment à Please Kill Me de Legs McNeil & Gillian McCain –, ici aucune complaisance, mais bien au contraire, une poésie constante qui se construit autour d’une relation sublimée, revécue des années après avec la même intensité.

Article paru dans Novo #10 (septembre-novembre 2010)

Patti Smith, Just Kids, Denoël, sortie le 14 octobre

Dédicace et rencontre le 19 octobre à 17h30 à La Librairie Kléber.

La Ville de Strasbourg et la Librairie Kléber vous invitent à une soirée avec Patti Smith. Lectures, musique, chansons à partir de 20h à la Cité de la musique et de la danse (entrée libre dans la limite des places disponibles).

Info de dernière minute : malgré les grèves annoncées, Patti Smith maintient sa venue à Strasbourg.

À lire : Patti Smith, Amour Suprême