Lancement du blog www.dj-strasbourg.fr

mots&sons_TheClash_1982Ça y est, le blog www.dj-strasbourg.fr est lancé !

En complément du blog Mots et Sons, il permet de suivre l’activité de DJ M&S, avec des anecdotes, des focus sur les morceaux choisis en soirée, des playlists et des previews.

Pour débuter, une première playlist “New York Crossover” qui en 15 titres fait le point sur ces artistes inspirés par le son new-yorkais de la fin des années 70 et du début des années 80, à mi-chemin entre disco, funk, hip hop et pop :

The Clash, The Rolling Stones, Prince, Lipps Inc., The Flirts, Blondie, Tom Tom Club, Anita Ward, Donna Summer, Ian Dury, Kid Creole & The Coconuts…

De quoi alimenter des soirées dansantes réussies avec des versions club “uncut”…

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Jukebox Baby 1967

Pendant très longtemps, je croyais cette image le fruit de mon imagination, ou la vague réminiscence d’un rêve enfoui : un jukebox est posé là dans un salon, au milieu de personnes qui échangent entre elles ; je vois la scène d’en haut, et sans savoir pourquoi j’attribue à l’événement une charge dramatique.

mots&sons_Jukebox_Elvis750Exit l’imagination, exit le rêve, les éléments se recoupent, l’instant est identifiable, il est même clairement identifié : mes parents viennent de vendre le jukebox qu’ils avaient acquis pour leur restaurant à Oberhoffen-sur-Moder. Une fois le restaurant vendu, ils se débarrassent des dernières affaires, dont ce jukebox. L’environnement que je situe précisément, l’entrée dans un immeuble, la montée de l’escalier, le mobilier dans le salon, me conforte dans l’idée que cette vente a bien eu lieu et qu’elle constitue mon tout premier souvenir visuel. Très tôt, alors que je n’ai pas vingt mois.

Pourquoi cette image a-t-elle échappé à l’amnésie infantile ? Pourquoi est-elle demeuré si vivace ? La réponse est peut-être à chercher dans une photo entretemps malheureusement disparue. Celle-ci représentait un groupe de jeunes gens en train de festoyer. La figure centrale du groupe était un jeune homme blond, qui se distinguait par son charisme et son enthousiasme. Quand j’étais enfant, j’interrogeais mes parents sur la présence et le sens de cette photo. Ils me désignaient le jeune homme : « Tu sais, ce garçon venait à tous les bals que nous organisions et il ne manquait pas une occasion de venir te voir dormir et te bercer. »

Un soir, malheureusement, sa mobylette a quitté la route et le jeune homme est tombé dans un ravin. On ne l’a retrouvé que bien des jours après. Des blessures au bout des doigts rendaient compte de ses vaines tentatives pour escalader la paroi. Je ne peux m’empêcher de penser que ces doigts avaient servi par ailleurs à placer une pièce dans notre jukebox pour écouter de la musique ou à effleurer les hanches des jeunes filles avec lesquels ce garçon flirtait dans la salle de bal du restaurant de mes parents. Je donnerai cher pour savoir quel morceau il choisissait à cette occasion-là. Au moment des événements, nous nous situons en 1967 et sur la période nous n’avons que l’embarras du choix : Jacques Dutronc, Françoise Hardy, les Beatles, ou de manière bien plus probable, Petula Clark, Adamo – notre première télévision s’appelait “Adamo” parce qu’elle avait été achetée à l’occasion de la diffusion d’un récital du chanteur belge –, Antoine, Claude François, Sylvie Vartan, Johnny Hallyday… Qu’importe, finalement. J’ai le sentiment aujourd’hui que j’alimente sans cesse inconsciemment ce jukebox, qui dans mes fantasmes prend des proportions infinies, de sélections que j’aimerais ultimes et éternelles.

The Drums, le cycle complet de la pop

The  Drums constituent sans doute l’une des révélations du moment. S’il est assez déconcertant de les voir évoluer sur scène avec toute la panoplie (un son très inspiré par le funk blanc britannique, une esthétique colorée et anguleuse, une gestuelle saccadée mais enthousiaste) des groupes qu’on a aimés dans les années 80, on ne pourra leur reprocher aucun mimétisme véritable. Tout juste s’abreuvent-ils à la même source que The Smiths, Josef K et Orange Juice, entre autres références assumées, et créent leur univers propre pour des émotions qui accordent une importance particulière au visuel, aussi bien le cinéma que la photographie. Le hasard a voulu que pendant l’interview, l’espace VIP très proche de l’espace presse aux Eurockéennes diffuse le Such a Shame de Talk Talk, comme un signe des temps, pour une boucle qui ne cesse de se boucler.

mots-et-sons_TheDrums_OlivierLegras_littleÀ propos de The Drums, on évoque les meilleurs groupes anglais des années 80, The Smiths, Orange Juice, parmi d’autres. Sont-ce là des références que vous assumez pleinement ?
Oui, je pense. Peut-être ces influences sont-elles inconscientes ? Nous avons écouté tous ces groupes en grandissant, il paraît naturel qu’ils nous influencent d’une manière ou d’une autre. Après, on cite ces groupes parce qu’ils sont connus, mais nous avons le sentiment que plein d’autres groupes pourraient être invoqués.

Ce qui est amusant, c’est que tous ces groupes sont britanniques, alors que vous êtes américains.
Oui, et en même temps, nous avons le sentiment que nous puisons à la même source que ces groupes dans les années 80 au Royaume-Uni : la culture américaine des années 50.

Vous affirmez que votre souhait est d’écrire des chansons joyeuses, et pourtant certaines d’entre elles restent pleines de mélancolie, voire de désespoir. Si on prend l’exemple de Let’s Go Surfing, le constat est que “vous ne vous préoccupez plus de rien” (“I don’t care about nothing”).
Vous savez quand vous écrivez, vous ne vous dites pas que vous allez écrire une chanson triste ou une chanson joyeuse, vous l’écrivez. Pour nous, il est difficile d’exprimer une joie pure. Après, un équilibre se crée. Et puis, les autres le confirmeront sans doute, mais nos films préférés restent des films dans lesquels l’expression de la tristesse est très marquée. De même pour les photographes que j’affectionne. Ils situent leur art bien au-delà de la mélancolie.

Justement, on le sait vous appréciez les films de Gus van Sant. En quoi le cinéma alimente-t-il certaines de vos chansons ?
Je pense que The Drums est un groupe visuel. Chaque chanson peut trouver sa source dans d’autres musiques, mais aussi dans un film ou une photographie, y compris pour les paroles. Celles-ci créent parfois des scènes de films qui n’ont jamais été réalisés, mais qui trouvent leur cohérence dans l’ensemble du disque. Aujourd’hui le problème de la musique c’est que souvent elle ne transporte plus nulle part, qu’elle n’exprime plus de sentiment. Elle se résume à de la musique pour de la musique, autrement dit du bruit. Nous cherchons à faire en sorte qu’il se passe quelque chose derrière le son.

Vous disiez récemment que vous cherchiez sur scène une forme de pureté…
La pureté est celle de l’enthousiasme. Nous ne pouvons jamais savoir concrètement ce qu’il va se passer. Au début, nous n’avions l’ambition que d’écrire des chansons pop d’une grande simplicité, mais sans imaginer de finalité à cela en termes de publication. Aujourd’hui, ce qui nous importe c’est de garder cette part de vérité sur la base de ces chansons pop, qu’on décline en singles, en vidéo et sur scène, tout en assurant le lien entre les différents supports.

Entretien réalisé pour France 3 Bourgogne et Franche-Comté (l’émission Nocturne aux Eurockéennes) le dimanche 4 juillet
Photo : Olivier Legras pour flux4
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Playlist The Drums : on ne peut s’empêcher de fantasmer la playlist idéale qui permet de mieux comprendre le background musical du groupe new yorkais…

Aztec Camera, Oblivious
A Certain Ratio, Shack Up
Beat Happening, I love you
The B-52’s, Dance this Mess Around
Blondie, Man Overboard
David Bowie, Boys keep Swinging
The Buzzcocks, Fiction Romance
The Coachmen, Thurston’s Song
Eddy Cochran, Little Lou
The Cure, Plastic Passion
Devo, Working in a Coalmine
The Durutti Column, Sketch for Summer
The Feelies, The Boy With The Perpetual Nervousness
Felt, Primitive Painters
Buddy Holly, Slippin’ and Slidin’
Josef K, Sorry for Laughing
Joy Division, Heart and Soul
New Order, Everything’s Gone Green
Orange Juice, Falling and Laughing
Orchestral Manœuvres in the Dark, Stanlow
Pavement, Range Life
Elvis Presley, Mystery Train
Roxy Music, 2hb
The Smiths, Still Ill
Talking Heads, Houses in Motion
Television, Venus
The Undertones, When Saturday Comes
The Wake, About the past
Wire, The 15th
XTC, Jason and the Argonauts

(nota : Tous les titres sont en rotation sur flux4.)

À lire également : L’esthétique exigeante de The Drums + Eurockéenne 2010, little report.

The Coral, l’ascension côté nord

mots&sons_TheCoral_ButterflyHouse_recordingsIl serait assez judicieux de s’appuyer sur la production de John Leckie pour affirmer que The Coral renoue avec ses racines liverpuldiennes. En effet, cet ancien ingénieur du son d’Abbey Road, producteur par la suite d’un volume d’albums majeurs considérable (Pink Floyd, Simple Minds, XTC, The Fall, Stone Roses, Radiohead…) a travaillé avec les Beatles séparément dès le début des années 70. Et pourtant, l’effet est trompeur. À l’image de leurs voisins Clinic, dans une version cependant moins ouvertement psychédélique, The Coral n’a jamais cherché à sonner véritablement anglais. Si le son est ouvertement revendiqué 60’s – parfois jusqu’à l’anachronisme ! –, le groupe lorgne plutôt du côté des Byrds ou de certaines formations folk-rock américaines.

Le départ en 2008 du guitariste Bill Ryder-Jones – auteur d’un album solo remarquable – n’a en rien affecté la maestria mélodique dont savait faire preuve le groupe jusqu’alors. Bien au contraire, cette assise mélodique semble renforcée, du moins gagne-t-elle en cohérence, y compris dans la diversité des genres qu’aborde subtilement le groupe : le folk et la pop qui s’ouvre à l’ère proto-psychédélique des années 1965 et 1966, comme si The Coral refaisait l’histoire à son rythme. Il en résulte un disque d’une grande richesse, qui rompt avec le marasme ambiant, et dont chacun des thèmes est merveilleusement mis en son par ‘God’ Leckie ; contrairement à Sean O’Hagan des High Llamas pressenti dans un premier temps, le célèbre producteur britannique a su capter la performance pop dans son essence pure, de manière brute, mais sans jamais perdre en délicatesse.

Il est amusant de constater que bon nombre d’entre nous exprimaient une affection secrète à The Coral, avec la conscience qu’il fallait préserver ces outsiders magnifiques, discrets et intègres. Aujourd’hui, loin de toute hype, l’unanimité semble se faire jour et les langues se délient autour d’un cinquième album bien plus attendu qu’il n’y paraissait. C’est sans doute-là le signe d’une vraie reconnaissance et d’un succès à venir.

Butterfly House – Deltasonic / Cooperative

Photo : les sessions d’enregistrements de Butterfly House.
Commentaire facebook du groupe : “Tubular Bellson Rowing Jewel.

Dennis Wilson, Lady (Falling in Love)

mots&sons_DennisWilsonTout récemment, le chroniqueur Joseph Ghosn nous interrogeait via facebook sur notre morceau préféré des Beach Boys. Sans faire preuve de beaucoup d’originalité, je répondais God Only Knows. J’aurais pu répondre Surf’s Up, dans ses deux versions, celle enregistrée pour Smile ou celle qu’on retrouve, plus orchestrée, sur l’album du même titre. D’autres titres auraient pu être cités ; j’ai une affection particulière pour Wind Chimes sur Smiley Smile ou Cabinessence sur Smile – dans sa version originale.

Après, la vie vous réserve parfois des surprises. Je connaissais l’existence de l’enregistrement Pacific Ocean de Dennis Wilson, merveilleusement réédité il y a deux ans, mais j’avais négligé dans les recoins de la compilation de Phoenix pour Kitsuné, Kitsuné Tabloid By Phoenix, la présence de Lady (Falling in Love).

En 1970, le batteur des Beach Boys – le joli garçon du groupe retrouvé noyé en décembre 1983 –, publiait cette b-side du single Sound of Free que  avec l’arrangeur Daryl Dragon sous le nom de Dennis Wilson & Rumbo sur Stateside Records en Angleterre.

Lady (Falling in Love) : la pop incarnée en 2′09, impulsion céleste et désespoir manifeste. Sans doute l’un des plus beaux morceaux jamais enregistrés, qui rejoint les chefs d’œuvre mélancoliques, parfois méconnus, signés Tim Hardin, Tim Buckley ou Phil Ochs.

Lady (Falling In Love) à guetter en forte rotation sur flux4.

Blondie, In the Sun

Les paroles d’In the Sun, morceau fétiche figurant sur le premier LP de Blondie.
On remarque d’emblée l’allusion non dissimulée aux Beach Boys…
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Surf’s up
In the sun I’m waiting for the day
Having fun in warm far away
Moonlight nights water seems so clear
Oh city lights while I’m still waiting here
In the sun it’s for everyone
In the sun were gonna have some fun
In the sun were gonna shoot the tube
I’ll do it for you my paka lola luau love
New York isle is covered by gray
Concrete piles blues play my way
Tropic haze pineapple sky
Perfect wave hurricane eye
In the sun it’s for everyone
In the sun were gonna have some fun
In the sun were gonna shoot the tube
I’ll do it for you my paka lota burning love
In the sun it’s for everyone
In the sun were gonna have some fun
In the sun were gonna shoot the tube
I’ll do it for you my paka lota burning love
Where is my wave?

mots&sons_Blondie77

Ci-dessous, la vidéo d’In the Sun, mélange subtil de l’énergie punk 77, avec tous les gimmicks glamour des sixties. La pop s’en trouve revivifiée !

À signaler, une constante pour Debbie Harry, c’est qu’elle ne sait que faire de son corps, notamment quand il s’agit de tourner un clip. Mis à part les instants les plus punk sur scène, au cours desquels elle bouge merveilleusement bien – des extraits filmés l’attestent ! –, on doit bien admettre qu’elle ne sait pas vraiment danser. Ici, en l’occurrence, son esquisse twist reste bancale. Mais ce constat la rend plus touchante, plus troublante encore.

D’autres vidéos, le clip officiel de Dreaming ou de Rapture, confirment ce sentiment. Après, on affirmera volontiers que le punk, c’est bien ça : l’intuition, loin de toute démonstration. Ça devient simplement un peu plus amusant quand le groupe incarne le disco, dès 1978, avec le hit Heart of Glass.

John & Jehn au Montreux Jazz Festival 2010

mots&sons_John&JehnDécidément, toujours aussi charmants, John & Jehn, au festival jazz de Montreux, avec les Drums… En toute discrétion, notre duo fétiche poursuit sa route vers les sommets.

On se souvient d’une émotion particulière, partagée en radio avec flux4, au moment d’une écoute commune de La fanette de Jacques Brel. C’était au festival C’est dans la Vallée en 2009.

D’autres photos intimistes sur le profil facebook de John & Jehn.

Jean, hey Jean ! (Jean-Michel Basquiat par Nicholas Taylor)

Lors d’une visite à l’exposition rétrospective Jean-Michel Basquiat à la Fondation Beyeler, je tombe sur un tirage limité (300 exemplaires) de l’ouvrage de Nicholas Taylor, Jean-Michel Basquiat through Nicholas Taylor publié par The Inoue Brothers – le studio de design créé par deux frères japonais, Satori et Kiyoshi Inoue, à Copenhague.

On y découvre bon nombre de clichés réalisés par le photographe, alors membre du groupe Gray, aux côtés de Basquiat, Michael Holman, Wayne Clifford et Vincent Gallo, à la fin des années 70.

Le témoignage photographique et écrit qu’il nous apporte rend compte des premières années du célèbre peintre new-yorkais. Celui qu’on appelle “Jean” révèle toute sa fibre créative, notamment quand il se saisit de l’appareil de photo de son ami pour réaliser à son tour quelques photos saisissantes, lui entourant le visage de bande adhésive. Les anecdotes fourmillent et les photos des soirées rendent parfaitement compte de l’ambiance qui régnait à New York à cette époque-là – époque charnière qui voit conjointement l’avènement du punk, de la disco et de la no wave ! Le Mudd Club, 77 White Street, est le lieu de tous les excès dans une frénésie libertaire, qui font se côtoyer Klaus Nomi, David Byrne des Talking Heads, le grapheur Fab Five Freddy, l’ami de Jean-Michel, cité dans Rapture de Blondie, Julian Schnabel, etc.

L’ouvrage est riche en portraits divers : Jean-Michel en concert derrière un clavier, des photos prises en studio, qui montrent un jeune homme, partagé entre son assurance précoce et une forme d’ultime fébrilité post-adolescente.

L’émotion de Nicholas est grande quand il évoque sa rencontre avec Jean-Michel Basquiat dix ans après la fin de Gray. Le peintre, sans doute accompagné de son dealer, fait mine de ne pas le reconnaître malgré ses appels – “Jean, hey, Jean!” – et poursuit sa route sans se retourner ; c’était quinze jours avant sa mort dans son studio, dans la Great Jones st.

mots&sons_Jean-MichelBasquiat_NicholasTaylor