Philippe Manœuvre et Marie Meier, Angel Hearts

« Let me introduce myself… » Tout le monde connaît les premières paroles de Sympathy For The Devil des Rolling Stones. Le diable côtoie-t-il l’histoire du rock, depuis ses origines blues ? Philippe Manœuvre le démontre malicieusement dans Les Enfers du Rock, un livre qu’il co-signe avec l’illustratrice strasbourgeoise Marie Meier. Échange à l’occasion d’une séance de dédicace à Strasbourg…

D’après vous, le diable serait destinataire des meilleures compositions depuis l’avènement du rock…
Philippe Manœuvre : Dans la musique, on rencontre des gens qui ont des aptitudes surnaturelles, tel Jimi Hendrix. Ces grands musiciens donnent le sentiment de ne pas être de ce monde. Par ailleurs, le thème du diable est éternel : avant Robert Johnson, il y avait Faust. Ça m’a donc semblé très excitant de chercher à savoir comment le diable s’était manifesté dans le rock. Quant à Marie Meier, c’est l’un de ses thèmes de prédilection.

L’ouvrage accorde autant d’importance au texte qu’à l’illustration : comment vous y êtes-vous pris tous les deux ?
Philippe Manœuvre : Ça, c’est la leçon de Métal Hurlant ! J’ai travaillé pendant dix ans avec une génération de dessinateurs fabuleux, Moebius, Druillet, Frank Margerin, Hugo Pratt, Serge Clerc et Yves Chaland. Avec Marie, j’ai retrouvé le même plaisir : je lui raconte mes visions, et elle, elle les dessine ! Ça ouvre des portes, vous voyez…

Mots&Sons_MarieMeier_RobertJohnson

Pour une illustratrice comme vous, Marie, un tel ouvrage c’est du pain béni !

Marie Meier : Oui, l’approche est vite devenue instinctive. Avec Philippe, l’échange est d’une facilité presque déconcertante. J’avais des pistes, et j’essayais de les interpréter.
Philippe Manœuvre : Au départ, il y avait des images fortes qu’on voulait replacer dans un contexte rock : Les Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin ou des motifs de Klimt. Après, nous avons fait un travail de recherche iconographique. Pour figurer Brian Jones par exemple, nous n’arrivions pas à trouver l’expression que j’estimais être la bonne. Mais j’ai envoyé à Marie une image que j’avais prise avec mon téléphone et nous sommes parvenus à dessiner Brian Jones tel que je le voyais. À partir de là, Marie est arrivée à capturer absolument tout le monde. C’est donc elle qui portait le bouquin.

Le trait de Marie, avec celui de Thierry Guitar, dans Rock&Folk, est désormais un élément identifiant du magazine.
Philippe Manœuvre : Marie fait partie d’une nouvelle génération de dessinateurs. Elle a une grande aisance à jouer avec les signes qui viennent du rock’n’roll et du gothique, le tout brassé avec des influences diverses. Des gamins au Gibus ou dans les groupes de rock parisiens, et même certains journalistes, se font réaliser des tatouages à partir de ses dessins, c’est incroyable !

Vous-même, Marie, vous avez découvert des anecdotes méconnues…
Marie Meier :
J’en connaissais déjà certaines, mais j’en ai découvert d’autres. Ça m’ouvrait des perspectives intéressantes sur les artistes, comme pour Jim Morrison par exemple.

On a le sentiment d’avoir affaire à une véritable histoire du rock.
Philippe Manœuvre : Oui, c’est une histoire du rock, racontée au travers des affreux “jojos” du diabolisant. Après, je n’invente rien, je regarde, je mets bout à bout, et maintenant aux lecteurs de me dire si ça constitue une thèse, une théorie ou un grand article. Les fans de rock sont des animaux que je connais bien. Leur grand plaisir, c’est d’écouter un disque en lisant quelque chose sur l’artiste qu’ils sont en train d’écouter. Et là, je serais content si ça donnait envie de réécouter Beggars Banquet des Rolling Stones, Led Zeppelin IV ou des vieux disques de blues.

Y a-t-il une image qui se détache ?
Philippe Manœuvre :
La plus belle image est celle de Robert Johnson au Crossroads. Marie me l’a envoyé de nuit en me disant : « Ça y est, je le tiens ! » C’était un chapitre pour lequel nous n’avions pas d’illustration. Je lui avais fait parvenir les deux malheureuses photos existantes de Robert Johnson, très sombres, avec le sentiment que nous étions dans l’inconnu. Au moment où je découvre l’image de Marie, elle m’a semblé d’une luminosité absolument étonnante. Quand on crée ainsi à deux, on se retrouve parfois dans de vrais moments d’absolu !

Il y a bien des figures qui traversent l’ouvrage, dont certaines qu’on ne soupçonnait guère d’être en relation avec le malin. La première, Buddy Holly…
Philippe Manœuvre :
Oui, Buddy Holly, c’est de l’ordre de la malédiction. Pour l’anecdote, le producteur Joe Meek avait eu une vision de l’avion en flammes. Il a suivi la tournée de ville en ville, en disant : « attention, j’ai une prémonition ! »

Une autre surprise, Syd Barrett, figure presque angélique.
Philippe Manœuvre :
Oui, et en même temps, il y a le morceau Lucifer Sam. Il décrit un chat, un animal qu’on retrouve avec les penseurs, les philosophes… Avec cette chanson, il nous connecte avec tout ce qui nous intéresse chez les félins. Pourquoi Lucifer ? Il aurait fallu l’interroger, mais l’ami était resté bloqué de l’autre côté. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un fondamental du rock qui me poursuit depuis des années.

Une troisième figure maudite, Chris Bell.
Philippe Manœuvre :
Ah, Chris Bell de Big Star et le club des 27 [les artistes rock décédés à l’âge de 27 ans, ndlr]. Lui c’est pareil, foudroyé comme tant d’autres. La maman de Kurt Cobain lui disait : « J’espère que tu ne rejoindras pas le club des 27 ans. » Et pourtant, il l’a rejoint lui aussi…

Dans votre parti-pris plutôt Stones que Beatles, vous privilégiez les premiers et occultez presque les seconds, et pourtant les signes sont là – le signe du diable sur la tête de Lennon dans Yellow Submarine, notamment, des messages subliminaux, etc…
Philippe Manœuvre :
Oui, et la présence d’Alester Crowley  sur la pochette de Sgt Pepper. Pourquoi la présence de ce mage de seconde zone parmi les 50 personnalités du siècle ? Les Beatles, on ne pense jamais à eux, sauf les théologiens qui se sont intéressés aux bandes à l’envers et les messages qu’on découvre ainsi. Et puis, il y a la fameuse phrase de Lennon sur les Beatles plus célèbres que le Christ. Je me souviens, en 1966, j’ai douze ans ; mon père qui était instituteur rentre de l’école. Il appelle ma mère : « Viens, il faut que je te parle, c’est très grave ! » Il y a un conciliabule. « Les Beatles… plus célèbres que le Christ ! » Ma mère est consternée… Nous les gamins, on savait que c’était vrai. À partir de là, le mal envahit les Beatles, ces Chevaliers du bien qui finissent avec l’histoire de Charles Manson et son crime abominable. Lequel annonce la fin des sixties et de tout ce qu’on avait espéré de mieux.

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Photo : Christophe Urbain
Article publié dans Zut #4

Les Enfers du Rock
, Tana Éditions

Chairlift, l’émotion par le corps

Chairlift, le trio de Brooklyn, rencontré avec Coline Madec à Strasbourg, à La Laiterie, le 15 octobre pour le magazine Zut !

Après avoir débuté à Boulder dans le Colorado, lieu symbolique de la culture Beat aux Etats-Unis, le trio Chairlift s’est installé à Brooklyn, participant ainsi à la création d’une scène florissante, celle de groupes tels que MGMT ou Yeasayer. « Cette scène n’existait pas avant », nous précise Caroline Polachek, la chanteuse du groupe, dans un français limpide. « Avec ces groupes, nous ne cherchons pas à créer ni une philosophie, ni un son. Nous sommes simplement amis et nous jouons ensemble. » Et pourtant, ce son existe : il s’inspire beaucoup de la pop minimale, mélancolique et psychédélique telle qu’elle est pratiquée sur le continent européen. « Ça n’est pas forcément ce que nous écoutons, mais c’est bien ce que nous écrivons, intuitivement. Nous cherchons une mélodie dans un format pop délicat. »

Aaron Pfenning, un peu frustré par l’échange spontané en français, acquiesce cependant volontiers. Et de citer en exemple Elli & Jacno que lui a fait écouté un ami londonien. La distinction se fait cependant par le registre vocal tout à fait singulier de Caroline, immédiatement identifiable, qui prend sa vraie dimension sur scène. « J’étais impressionnée par la manière de chanter de Björk, puis j’ai découvert l’univers de Meredith Monk. » Le fait de lui relater un concert strasbourgeois de la célèbre chanteuse new-yorkaise rajoute à l’excitation déjà palpable chez cette ravissante jeune femme.

Elle poursuit en anglais : « J’aime cette façon qu’elle a de retranscrire certaines émotions en utilisant sa voix, qui devient chez elle un véritable instrument physique, tout comme pour Michael Jackson dont la voix s’inscrit pleinement dans le rythme. Je crois vraiment en cette façon d’utiliser le corps pour créer des émotions que les gens peuvent ressentir très fortement. »

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Photo : Christophe Urbain

Does You Inspire You, Columbia

Chesnutt (night)mare

« I’m gonna ’ catch that horse if I can”
The Byrds, Chesnut Mare

La nouvelle circule via Facebook : Vic Chesnutt est mort à Noël à l’âge de 45 ans. L’information annoncée par le label Constellation Records a été reprise par le journal Le Monde aujourd’hui même.

On ne peut qu’être attristé par la disparition d’un des songwriters les plus touchants de sa génération. On peut l’avouer : il est l’un des rares dont l’émotion allait jusqu’à nous faire peur, d’où la culpabilité d’avoir occulté délibérément ses derniers enregistrements pourtant remarquables, At The Cut, sorti fin septembre et North Star Deserter, enregistré avec Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra and Tra-La-La Band et publié en janvier 2008.

La réécoute de ces chefs d’œuvre et de ceux qui les ont précédés nous permettra peut-être de faire notre deuil.
Un de plus, mais peut-être pas le moins affectant.

R.I.P. Vic Chesnutt (1964-2009), and thank you for all…

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Vic Chesnutt par Jem Cohen, 2008

DJ M&S, Set Lounge soul-jazz

Repas d’entreprise et commande de la Soprema pour un DJ-set : set-lounge soul-jazz et chansons (avec quelques clins d’œil 80’s). DJ M&S aux platines, playlist :

Billie Holiday, I’m yours
mots&sons_BillieHolidayBrad Mehldau, Wonderwall
The Cinematic Orchestra, To Build A Home [Radio Version]
Serge Gainsbourg, Manon
Juliette Gréco, La Javanaise
Beth Gibbons & Rustin’ Man, Tom The Model
El Michel’s Affair, Walk On By
Lee Fields & The Expressions, These Moments
Eli ‘Paperboy’ Reed & The True Loves, It’s Easier
Marvin Gaye, What’s Going On [Rhythm & Strings Mix]
Chet Baker, Let’s Get Lost
Gotan Project, Diferente
Solal ft. Sam Bush & Melonie Cannon, Psycho Girls & Psycow Boys
Mr. Scruff ft. Alice Russell, Music Takes Me Up
Nicole Willis & The Soul Investigators, If This Ain’t Love [Mr Scruff Remix]
Phonique, Jazzy Vibe [Meitz Remix]
The Art Of Noise, Moments In Love [Quiet Storm Version]
Roxy Music, Avalon
Soft Cell, Say Hello Wave Goodbye [’91 Version]

Koop ft. Ane Brun
, Koop Island Blues
Norah Jones, Don’t Know Why
Melody Gardot, Baby I’m A Fool
Billie Holiday, I Gotta Right To Sing The Blues
Aldo Romano, Paradise For Mickey
Otis Redding, Try A Little Tenderness
Diana Krall, Stop This World
Natacha Atlas, Ghanwa Bossanova
Susan Cadogan, Fever
Bob Marley, Stir It Up
Asa, Jailer
Ayo, Down On My Knees
Sade, Smooth Operator
Grace Jones, Slave To The Rhythm [Hot Blooded Version]
Barbara Acklin, Am I The Same Girl
Aretha Franklin, I Say A Little Prayer
Nino Ferrer, Le Sud
Keren Ann, Que n’ai je

Pendant la remise des trophées au personnel, un court set chanté par Julie Claden : 3 titres, tout en émotion.
Un joli brin de fille, un joli timbre de voix aussi…

2009, bilan musical

Toutes les revues musicales y vont de leur classement annuel, concernant les albums de l’année, et c’est le disque Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective qui fait le grand chelem en Angleterre. Le disque est en tête des classements de Mojo, Uncut et de Clash, fait rarrissime.

En France, Magic ne le classe même pas parmi les 30 et place en tête Album de Girls (à signaler en 5ème position Common Use des Original Folks) ; les Inrockuptibles optent pour XX par The XX.

Mon propre classement :

1. Bill Callahan, Sometimes I Wish We Were An Eagle

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2. Original Folks, Common Use
3. Lee Fields & The Expressions, My World
4. Jeremy Jay, Slow Dance
5. The Drums, Summertime EP
6. Julian Casablancas, Phrazes For The Young
7. Arctic Monkeys, Humbug
8.
Tinariwen, Imidiwan: Companion
9. Benjamin Biolay, La Superbe
10. Girls, Album

11. The XX, XX
12.
Yacht, See Mystery Light
13. Fever Ray, Fever Ray
14.
Grizzly Bear, Veckatimest
15.
DM Stith, Heavy Ghost
16. Lhasa, Lhasa de Sela
17. Staff Benda Bilili, Très Très Fort
18. The Flaming Lips, Embryonic
19. Toy Fight, Peplum
20. Fuck Buttons, Tarot Sport
21. The Horrors, Primary Colors
22. Moderat, Moderat
23. Passion Pit, Manners
24. Wild Beast, Wild Beast
25. The Pains Of Being Pure At Heart, The Pains Of Being Pure At Heart

Année de transition, au cours de laquelle on constate peu de confirmations, mais l’émergence de groupes qui affirment le style des années à venir : l’inspiration est psychédélique, arty et minimaliste, sur la base de compositions complexes, qui aiment les détours multiples et les superpositions. Les années 2010 sont annoncées…

Après, du fait de la crise du disque sans doute, on a pu constater un soin particulier apporté aux rééditions en tout genre. Voilà un classement qui manifeste la richesse des disques et compilations édités en 2009 :

1. The Beatles, The Beatles Remasters (Stereo & Mono Boxset)

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2. Buddy Holly, Not Fade Away, The Complete Studio Recordings and More [6 CD Boxset]
3. Big Star, Keep an Eye On The Sky [4 CD Boxset]
4. Kraftwerk, The Catalogue [8 CD Boxset]
5. The Doors, Live In NY 1970 [6 CD Boxset]
6. Neil Young, Archives #1 [10 CD Boxset, 1963-72]
7. The Feelies, Crazy Rhythms / The Good Earth
8. Bauhaus, Mask / In The Flat Fields [2 & 3 CD Boxset]
9. The Raincoats, The Raincoats
10. R.E.M., Murmur / Reckoning
11. Billie Holiday, The Complete Commodore & Decca Masters [3 CD Boxset]


12.
Tricky, Maxinquaye [Deluxe Edition]
13. The Slits, Cut [Deluxe Edition]
14.
The Who, Sell Out [Deluxe Edition]
15. Bo Diddley, Ride On, The Chess Masters 1960-61
16. Chuck Berry, You Never Can Tell. His Complete Recordings 1960-66 [4 CD Boxset]
17. Betty Davis, Nasty Gal
18. The Marvelettes, Forever, the Complete Motown Albums vol.1 [3 CD Boxset]
19. Madness, One Step Beyond [Deluxe Edition]
20. V/A Can You Dig It? The Music and Politics of Black Action Films 1968-75

Tout a été dit sur la remastérisation des Beatles, attendue depuis plus de 20 ans. Le travail est à la hauteur de l’attente, il permet de redécouvrir le plus beau des catalogues pop, avec une chaleur nouvelle, inespérée.

mots&sons_BuddyHolly_littleBig Star, les Feelies, les premiers R.E.M., c’est un pan de la culture pop américaine qui est à nouveau révélée aux oreilles du grand public, avec une mention spéciale pour le superbe coffret de Big Star qui réévalue clairement la position de ce groupe maudit dans l’histoire.

Signalons le travail remarquable du label Hip-O Select, qui ne cesse de nous émerveiller avec ses compilations. Les dernières en date, le sublime Buddy Holly, un coffret de 6 CD dans un packaging historique, Billie Holiday, sous la forme d’un coffret 3 CD, et le troisième volume de la réédition intégrale des enregistrements de Bo Diddley. Pour les trois, le travail du son est à la hauteur des emballages pensés par des passionnés de la musique. Dans tous les cas, il s’agit d’éditions limitées, très vite convoitées sur le net, donc de réels collectors. Chez le même label, d’autres perles : James Brown, Live At The Garden / Live At The Casino, un coffret 3 CD des Marvelettes et le second volume de l’intégrale de Chuck Berry.

En ce qui concerne Kraftwerk, là aussi, une attente enfin récompensée : ces rééditions sont annoncées depuis des années, et le travail de remastérisation confirme ce que certains savent depuis longtemps, l’existence d’une œuvre pionnière, cohérente et visionnaire, unique dans l’histoire. Seul bémol, un packaging fainéant pour le coffret qui n’apporte rien de plus que les belles pochettes d’origine.

Enfin, The Raincoats, The Slits et Madness, qu’on resitue comme des groupes majeurs dans l’after-punk : une manière de rappeler l’importance de leurs productions respectives, trente ans après leurs sorties. Les rajouts, B-sides, enregistrements live, dub, nous confortent dans un plaisir d’ensemble.

Jacno, un baiser d’éternité

Après Fred Chichin et Alain Bashung l’an passé, c’est au tour de Jacno de nous faire faux bond. La nouvelle est tombée, de manière brutale et implacable. De retour parmi les anges, cet esthète nous envoie un baiser d’éternité.

Jacno a fondé les Stinky Toys en 1976, avec Elli Medeiros au chant, Bruno Carone à la guitare, Albin Dériat à la basse et Hervé Zénouda. Le groupe a participé au premier festival punk londonien au 100 Club, avec les Sex Pistols et les Clash, et fait la une du Melody Maker à l’époque du single Boozy Creed. L’approche déstructurée du premier album évolue vers une pop d’inspiration 60’s, qui rapproche le groupe du style de Television ou Blondie.

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On l’appelait Jacno en référence à Marcel Jacno, le graphiste du casque ailé imprimé sur les paquets de Gauloises, mais son nom était : Denis Quillard. La chanson de Blondie, Denis, lui est dédiée : Denis Denis, je suis si folle de toi / Denis Denis, oh embrasse-moi ce soir / Denis Denis, un grand baiser d’éternité.

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Février 1980 : le journal Actuel célèbre « les jeunes gens modernes » en famille dans son numéro 4. On y voit Jacno entre son papa, chef de contentieux à la retraite, et sa maman, mère de famille, qui relatent qu’un jour il a saccagé leur appartement avec un ami : la télé et les meubles ont été renversés et brisés. « Ici, quand tu ouvres les tiroirs, c’est plein de crucifix », explique-t-il pour exprimer son dégoût. Après, quand il avoue le vol de casiers entiers de disques à la FNAC pour payer son loyer, sa maman l’absout, tout en rappelant que « c’est immonde de voler ». Réponse cinglante de Jacno : « Voler les grands magasins, ce n’est pas du vol. Vous avez eu la guerre pour flasher, il faut bien que j’aie de l’action ! »

*

Après deux albums, Plastic Faces et l’album jaune, les Stinky Toys se séparent en 1979. Jacno sort Rectangle, un mini-album à géométrie variable qui s’inspire selon lui autant de Mozart que des Shadows, puis crée avec Elli un nouveau concept : Elli & Jacno. Le duo publie une poignée de singles mais obtient son premier succès avec Amoureux Solitaires, la traduction de Lonely Lovers, un titre des Toys, repris dans une version pop électronique par Lio.

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Sur Boomerang (l’album orange), on trouve le titre Je t’aime tant, l’hymne romantique de toute une génération :

Je regarde tes yeux, ça me fait pleurer

Ne fais pas cette tête, je ne veux pas te blesser

Je t’aime tant, je t’aime tant

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Jacno a produit Mythomane, le premier album d’Etienne Daho, rencontré à Rennes alors que ce dernier organisait un concert des Toys à Rennes. Sur ce disque, carte postale discographique envoyée à Elli intitulée, on trouve le titre On s’fait la gueule, que Jacno reprend comme un clin d’œil sur le Tribute qui est dédié à Étienne en 2008. Commentaire amusé de l’intéressé : « À l’époque le titre était assez approprié, mais il y a prescription depuis ! »

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Dans la nuit du jeudi 5 au vendredi 6 novembre, Jacno s’en est allé. Sur le site d’Elli Medeiros, une photo et un commentaire : « avec les anges… »

Sélection :
Elli & Jacno, Je t’aime tant
The Stinky Toys, Uruguayan Dream
Jacno, Rectangle
The Stinky Toys, Boozy Creed
Jacno (avec Elli), Anne Cercava L’Amore
The Stinky Toys, Plastic Faces
Elli & Jacno, Les Nuits de la Pleine Lune

Mots&Sons_Jacno

Un baby, my Debbie?

« Hey, Blondie! You know what you are! Just a dirty son of a b… »

Sergio Leone, The Good, the Bad and the Ugly
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Après cet exploit, il tomba amoureux d’une femme de la vallée de Soreq qui se nommait Dalila.

La Bible, Jg – 16,4
___

Ébauche de non-dialogue :

« Hey Debbie, est-ce bien toi ? Tu fais un baby avec moi ?
- What ?
- Enfin Debbie, tu ne te souviens pas de moi ? J’habitais en face de chez toi ! Tu faisais des tours sur ton grand vélo rouge. Tu étais si jolie…
- …
- Avec les amis, nous attendions avec impatience ton retour de vacances. Un jour, j’ai mis un joli pantalon, rien que pour toi…
- …
- Debbie baby, je t’assure, nous étions amis. Tard le soir, tu sortais en pyjama et nous nous promenions ensemble. Don’t you remember ?  À l’oreille, tu me susurrais :

Uh-huh make me tonight / Tonight / Make it right / Uh-huh make me tonight / Tonight / Tonight / Oh, uh-huh make it magnificent / Tonight / Right. »

Mots&Sons_Blondie_DebbieBabyÀ paraître en mars 2010 : In The Flesh (amours Blondie), aux Éditions Médiapop, dans la collection Sublime (#1)

Marxer, la pop en toute modestie

Quatre démos de Marxer arrivent comme par magie sur mon poste tôt le matin, merci You Send It :

dirty hands 1,
la tellier
ragaton répet
und dü

Ce groupe avait été formé à l’occasion du tournage de H.O.M. (Heart Of Mine). Certains se souviennent de ce matin-là, dans la forêt de Bolsenheim. Une répétition, une prise et le soleil qui illumine la scène.

Du coup, une note biographique rédigée à la hâte :

« Quand elle part de vrais sentiments, la pop prend toute sa dimension affective. Sous la forme d’une collaboration prolifique, Franck Marxer et Pierre Walter alias Spide prolongent tous deux un travail entamé au sein de Loyola ou des Original Folks et aboutissent à une forme d’écriture commune épurée, mais fortement chargée en émotions. Rejoints par Mickaël Labbé à la basse, Olivier Bombarda aux claviers et Xavier Fassion à la batterie, ils marchent avec la modestie qui les caractérise sur les traces de certains de leurs devanciers, Neil Young, Will Oldham ou Vic Chesnutt. »

Se situe-t-elle à la hauteur de l’émotion éprouvée par La Tellier ? Pas sûr…