Alex Chilton en toute liberté
19 fév
On se souvient de l’émouvant hommage que Robyn Hitchcock avait adressé à la figure d’Alex Chilton, après le décès de celui-ci en mars 2010. Depuis, les compilations fleurissent et la matière de ce songwriter prolifique est loin d’être épuisée.
Avec Free Again, The 1970 Sessions, on est saisi une nouvelle fois par le brio mélodique de ce génie de la pop. À un moment où il se sent libéré de ses engagements auprès des Box Tops, avec lesquels il a connu le succès dès l’âge de 16 ans, il pose les bases d’un son qui va durablement peser sur la production américaine des années qui vont suivre.
Sur cette sélection enregistrée dans les studios Ardent à Memphis, en génial vétéran de 20 ans, il explore toutes les voies possibles : la pop anglaise tout d’abord – il ne fait pas le choix des Beatles contre les Stones, dont il reprend Jumping Jack Flash, mais conserve les deux modèles –, puis le country-rock façon Byrds ou Flying Burrito Brothers, et enfin le blues, tout en lorgnant déjà vers le bubblegum décadent, à la manière des Archies dont il reprend Sugar Sugar dans une jam enlevée.
Au-delà de cette magnifique synthèse du meilleur de son époque, Alex Chilton montre toute l’étendue d’un talent qu’il mettra au service de Big Star, le groupe qu’il fonde avec son ami Chris ‘I am the Cosmos’ Bell un an plus tard.
Ci-dessous, un clip pour The EMI Song (Smile for me), en guise d’hommage toutes périodes confondues.
Lana del Rey, Born to Die
19 déc
Aujourd’hui, il n’y a plus que notre amie Cécile Becker pour résister à la vague Lana del Rey…
Bien sûr, elle a été refaite ; bien sûr, it’s a girly thing ; bien sûr, it’s a teenage thing ; bien sûr qu’il s’agit d’un produit hautement marketé… Mais quoi, les Beatles ne l’étaient pas peut-être ? Les Rolling Stones non plus ? Qui échappe aujourd’hui à la règle, mis à part Radiohead, qui construit son propre parcours avec un positionnement qui vise également à la consommation de masse ?
Non, aujourd’hui, on lui reconnaît une voix (fragile), une posture, une présence, et surtout une poignée de pop-songs d’inspiration soul et hip hop. Le premier hit, Video Games, nous avait fait chavirer. Le nouveau single confirme l’élégance première, avec un niveau de classe (mais aussi de complaisance) supplémentaire. On ne sait si ça durera, mais la petite continue de nous séduire.
Ironie du sort, le nouveau single sort le 30 janvier, à la date de mon anniversaire. Le titre : Born to Die !
Ci-dessous, le nouveau clip réalisé par Woodkid, autrement dit Yoann Lemoine, vidéaste, cinéaste et musicien français. Le 15 octobre dernier, il était monté sur scène avec Lana del Rey à l’occasion du passage de sa tournée à New York…
SMILE, enfin !
1 nov
Voilà les SMILE Sessions des Beach Boys viennent d’être éditées officiellement. Nous avions fini par en douter au cours de l’été au moment où l’on découvrait que la date de cette publication était une nouvelle fois différée.
Un document sonore l’atteste : la première date de sortie était prévue… en janvier 1967 ! Le speaker annonçait 1 million de ventes, pas moins, les Beach Boys surfant sur le succès d’un des titres phares de l’enregistrement, Good Vibrations et l’immense réussite artistique de Pet Sounds publié en 1966. La fragilité mentale de Brian Wilson, perceptible dès la fin 1966, sa situation de paranoïa chronique et ses accès de dépression, les tensions entre le parolier, le génial Van Dyke Parks et le chanteur Mike Love, et bien d’autres soucis liés à la consommation de drogue, ont conduit à l’ajournement du projet.
En septembre 1967, une version tronquée – mais quelle version ! –, Smiley Smile, finit par sortir, mais le projet global reste inédit, créant ainsi une frustration sans nom, provocant les plus beaux fantasmes dans le domaine de la pop. Les rumeurs circulaient sur la destruction des bandes originales. Depuis près de 45 ans, les enquêtes et contre-enquêtes s’annulaient, les publications 70’s des Beach Boys révélaient certains morceaux de ces sessions, dont le magnifique Surf’s Up, sans doute l’égal de God Only Knows sur Pet Sounds. Puis, des bandes sont apparues sur le marché, SMILE devenant le bootleg le plus prisé de l’histoire. En 1993, le coffret Good Vibrations, Thirty Years of The Beach Boys, révélaient enfin officiellement quelques uns des plus beaux extraits de l’original. Les publications diverses (et très nombreuses) spéculaient sur l’ordre des morceaux et signalaient l’existence de compléments nécessaires.
La version ré-orchestrée de 2004, sous la direction de Brian Wilson en net regain de forme, confirmait un certain nombre d’informations sans pour autant calmer le désir inassouvi d’une véritable publication officielle construite sur la base des bandes d’époque. Depuis hier, 31 octobre, notre attente est enfin récompensée : plusieurs éditions sont possibles, édition double CD, version coffret extended avec pas moins de 2 LP, 2 45T et 5 CD.
On se posera longuement la question de l’intérêt d’un CD consacré au seul Heroes and Villains (autant de nous fournir les pistes séparément pour recréer un puzzle improbable), mais sinon quel plaisir que d’explorer les recoins de ce qui constitue l’une des plus belles réalisations des années 60.
Ce qui fait jour cependant, au-delà de l’extrême exigence de Brian Wilson presque pénible dans ces recommandations (injonctions ?) harmoniques, c’est la force de l’inachèvement. À l’écoute du tout, il semblait évident que le projet ne devait pas aboutir parce que la force de ce projet, justement, s’inscrit dans une démarche qui conduit à éprouver sans cesse de nouvelles limites, esthétiques et sensorielles.
Avec l’appui de Van Dyke Parks, Brian ne cessait d’élever son propos.
Il ne cessait de s’élever au-dessus d’une masse dont il s’est finalement détaché.
Le résultat ne conduit pas à la cohérence escomptée, l’énigme est loin d’être résolue et de nombreuses questions demeurent, tant mieux ! Bien au contraire, cette publication éparpille un peu plus les pistes d’une œuvre qui ne doit pas être envisagée comme un tout, mais comme une myriade d’intentions, dont certaines antagonistes. C’est en cela sans doute que SMILE reste d’une actualité déconcertante et qu’il constitue une œuvre majeure du siècle passée, et même du siècle en cours.
What is Life? George Harrison is Life
15 oct
Au cours de la première partie de Living In The Material World, le documentaire que Martin Scorsese consacre à George Harrison, on sent comme une vraie frustration : oui, nous avons vu les Anthologies des Beatles et la redite en devient presque gênante. Naturellement, le réalisateur américain s’attache à la figure de celui qui était considéré comme le plus timide, the quiet one, à côté du bouillonnant John Lennon, du séduisant Paul McCartney et du facétieux Ringo Starr, mais il semble en difficulté quand il s’agit de le positionner seul dans son parcours.
Après, inutile de blâmer Scorsese : comment réduire l’époque où George was a fab ? On redécouvre alors combien il était difficile pour lui de se frayer un chemin à l’ombre des immenses songwriters qui l’entouraient. Et pourtant, ses chansons gagnent en intensité, parfois en cynisme (comme pour Taxman sur Revolver) et elles trouvent leur place au sein des albums à partir de 1965-66. Parfois, elles constituent des sommets comme If I needed someone, une merveille de maturité pop sur Rubber Soul. Le documentaire aurait peut-être pu s’attarder sur ces sessions d’enregistrements à Bombay qui aboutissent à The Inner Light, face B de Lady Madonna, plutôt que nous ressasser encore une fois le détail de la rencontre avec le Maharishi.
Scorsese a alors le cul entre deux chaises, il ne sait plus où aller, obsédé par l’idée d’en dire trop ou pas assez, d’où des raccourcis qui finissent même par lasser. On finit par se dire que ce grand fan des Rolling Stones est dépassé par son sujet, contrairement à ce qui avait été le cas avec No Direction Home, consacré à Bob Dylan. Puis, les choses finissent par s’éclairer avec bonheur – Here comes the sun –, notamment quand il aborde la question de la fin des Beatles et les premiers instants de la carrière solo de George. Celui qui avait fini par admettre qu’il ne serait pas membre du groupe éternellement, voyait dans l’émancipation la possibilité non seulement de publier la masse des chansons écartées par les trois autres mais encore d’affirmer une position nouvelle, renforcée. La sortie d’All Things Must Pass, sous la forme d’un triple album, a occulté le Plastic Ono Band de John au point d’agacer beaucoup ce dernier, et Paul McCartney ; elle affirme l’existence d’un artiste arrivé au sommet de sa créativité. Ce que nous confirme le témoignage de Phil Spector, visiblemement encore sous le charme plus de quarante après.
La deuxième partie du documentaire nous renvoie à tout ce qu’on aime de la figure complexe de George : ses contradictions, son ambigüité, son extrême fragilité. On en arrive à se poser la question de savoir à quel moment il exprime le moindre bonheur. Puis, on explore les contours de cette figure duelle, cet homme étonnamment visionnaire, à l’humour cinglant, souriant mais grave, jugé adorable par les uns, plus méchant par les autres – Mojo révèle ce mois-ci que Lauren Bacall avait décrété qu’il était the mean one, après une courte entrevue dans les locaux d’Apple Corps à Londres –, en tout cas préoccupé par l’évolution désastreuse de son temps.
Au final, on se laisse transporter par les témoignages très touchants de ses amis, Eric Clapton, Tom Petty, Eric Idle et Terry Gilliam (des Monty Pythons dont il a produit La Vie de Brian), et par le portrait sensible que dresse de lui sa dernière compagne, Olivia, qui a livré à Scorsese des documents souvent intimes. On ne peut s’empêcher d’être saisi par l’extrême émotion de Ringo Starr à l’évocation des derniers instants. Une émotion qui se prolonge bien au-delà de la projection des 3h30 du documentaire, confirmant ainsi, et c’est là sans doute le vrai mérite de Scorsese, tout l’attachement qu’on porte au plus singulier des Beatles.
Living In The Material World, Double DVD ou Blu-Ray Disc, Warner Home Cinema
L’image du film : une photo prise par Astrid Kirchherr dans l’atelier de Stuart Sutcliffe, le 5ème Beatle décédé d’une hémorragie cérébrale le 10 avril 1962. John Lennon, très marqué par la disparition de son ami, se rend chez Astrid et demande à voir l’atelier. La photo de lui, assis sur une chaise, en dit long sur son désespoir. George Harrison, inquiet, le rejoint et la photo suivante les montre tous les deux confrontés au vide, à la mort. Il serait intéressant d’écrire l’histoire des Beatles sous l’angle des disparitions successives : la mère de Paul qui décède alors que le futur bassiste n’a que 14 ans, la mère de John, Julia, qui meurt accidentellement alors que ce dernier n’a que 15 ans, Stuart Sutcliffe, Brian Epstein, sans oublier la disparition de John lui-même à 40 ans et George à 58 ans.
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À l’occasion de la sortie du film de Martin Scorsese, une sélection des meilleurs titres de George Harrison est programmée sur flux4 : If I needed someone, Taxman, Love you to, Within You Without You, The Inner Light, Only A Northern Song, While My Guitar Gently Weeps, I Me Mine, For You Blue, Here Comes The Sun, Here Comes The Sun, Something, My Sweet Lord, Wha-Wha, Isn’t It a Pity etc.












